Congo-Kinshasa: Panier de la ménagère - Le ministère de l'Économie et la FEC en total désaccord

Lors du débat en conseil des ministres du 25 juin, le gouvernement est passé à l'action en décidant de la réduction de prix des produits surgelés dans la ville de Kinshasa.

Le même vendredi, la Fédération des entreprises du Congo (FEC) a saisi officiellement le Premier ministre, Sama Lukonde, et le cabinet du président de la République pour dénoncer « une décision unilatérale ».

On est bien loin de l'ambiance conviviale de la première réunion de prise de contact du 10 mai entre le ministre de l'Économie, Jean-Marie Kalumba Yuma, et la FEC. Conduite par Éliane Munkeni, la vice-présidente nationale chargée des femmes entrepreneuses, la délégation de la FEC en avait profité d'ailleurs pour remettre un énième mémorandum reprenant les préoccupations de ses membres. La FEC, qui se targue de contribuer à 80 % au budget de l'État en tant qu'organisation patronale représentant le secteur formel, se considère tout naturellement comme une partenaire incontournable. Lors des consultations ayant conduit à la nomination du gouvernement Sama, elle a été consultée directement par l'actuel Premier ministre. Depuis un certain temps, elle participe également aux réunions des commissions techniques du gouvernement.

Première crise un mois après le premier contact

Au sujet du premier couac entre le ministère de l'Économie et la FEC, tout part du 9e conseil des ministres. Le compte-rendu a fait état d'un réajustement de prix des produits surgelés à Kinshasa. Des chiffres ont été présentés au grand public, représentant « l'option » finalement trouvée entre les deux parties lors des discussions. Les consommateurs de cuisses de poulet achèteront le carton de 10 kg à moins de 10 dollars, contre 21 dollars auparavant. Les côtes de porc coûteront autour de 15 dollars par carton, contre 22 dollars auparavant. Quant aux chinchards 16+, son prix ne dépassera plus les 17 dollars par carton, contre 42 dollars. Autant parler d'une petite révolution du panier de la ménagère plutôt bien accueillie dans les milieux des consommateurs, même si nombre d'experts s'interrogeaient déjà sur les stratégies pour combler les pertes des opérateurs privés.

Pas de compromis sans engagements clairs

Dans cette effervescence, la FEC a tenu à faire une mise au point. Le ministre de l'Économie aurait annoncé une « option » qui n'en était pas une, du moins jusqu'à la fin de la réunion. Pour preuve, l'absence de la signature du secteur privé dans le PV final qui leur a été présenté par le ministère. Pour la FEC, le document ne répondait pas justement à certaines préoccupations concernant principalement les engagements de l'État. Il s'agit de savoir les taxes et autres perceptions supprimées effectivement. « On ne sait pas pourquoi le ministre de l'Économie a présenté le problème au conseil des ministres. Je ne sais pas comment il l'a présenté pour que le gouvernement arrive à prendre acte de ces réductions de prix que nous jugeons unilatérales », a expliqué le secrétaire général de la FEC, John Nkono. A première vue, les mesures gouvernementales semblent trop globales : levée des barrières routières irrégulières, rationalisation des prélèvements parafiscaux, etc.

Faciliter l'importation ou promouvoir la production nationale

Il est vrai aussi que l'application d'une telle mesure ne rassure pas tout le monde. Déjà très critique sur certaines pratiques « litigieuses », Egal RDC a trouvé un moyen de relancer le débat sur la concurrence déloyale qui continue de dérégler le marché de vente à Kinshasa. Un accent particulier est placé sur certains produits alimentaires surgelés d'origine des États-Unis d'Amérique, en l'occurrence les fameuses cuisses de poulet. « Ils sont vendus localement à un prix anormalement moins cher par certains concurrents ». Ces pratiques ont contribué à encourager l'importation des produits alimentaires étrangers au détriment des produits locaux similaires. Et la tendance baissière négociée par l'autorité ne va pas arranger les choses.

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