Cote d'Ivoire: Joachim Beugré (Maire de la Commune de Jacqueville) - "Pourquoi Jacqueville sera un bastion imprenable du RHDP"

interview

Premier magistrat de la commune de Jacqueville, Joachim Beugré est aussi Coordonnateur régional associé RHDP des Grands Ponts et délégué départemental de Jacqueville. Dans cet entretien, il dresse le bilan de sa gestion municipale et répond sans détours aux accusations de détournements des fonds générés par le pétrole et le gaz ainsi qu'aux préoccupations de ses administrés. Aussi, explique-t-il pourquoi le RHDP peine à s'enraciner dans cette localité, et porte un regard critique sur le mode de gestion des départements fixé par la direction de sa formation politique.

Le Patriote : Vous êtes à la tête de la mairie de Jacqueville depuis le 21 avril 2013. Quel bilan faîtes-vous de ces huit années de gestion ? Joachim Beugré : En huit années de gestion, je peux dire que Jacqueville revient de loin. Quand j'arrivais à la tête de la mairie, le pont n'existait pas. On ralliait la ville encore par le bac. Et Jacqueville était une ville enclavée. Le tournant dans l'histoire de Jacqueville restera à jamais lié au président Alassane Ouattara, qui, le 21 mars 2015, a inauguré le pont Philippe Grégoire Yacé de Jacqueville. De 2013 à 2015, nous avons vécu une vraie pénitence avec la ville enclavée, et des difficultés d'accès. Et à partir du 21 mars 2015, les choses se sont décantées. Jacqueville a été à nouveau connectée au reste de la Côte d'Ivoire.

Du coup, Jacqueville a commencé à susciter beaucoup d'appétits. En termes de bilan, je dirai que ma mission a consisté à faire en sorte que Jacqueville quitte son état de gros village pour devenir une ville fréquentable. Le pont nous a apporté beaucoup. Mais, il reste encore beaucoup à faire. Dans une ville qui a été enclavée pendant 65 ans, il est évident que ce n'est pas en huit ans qu'on rattrape ce qu'on a perdu pendant presque 100 ans.

LP : Concrètement, quelles sont les infrastructures qui ont été bâties à Jacqueville durant ces huit ans ?

JB : En 2013, il y avait quatre ou cinq hôtels présentables où les gens pouvaient dormir. Aujourd'hui, on en a une cinquantaine et de marque. Des touristes ivoiriens, africains ou du monde peuvent venir à Jacqueville et trouver un environnement correct pour passer des séjours.

Des séminaires se font désormais à Jacqueville. Ce qui était quasi-impossible, il y a huit ans. Ma politique, dès que j'ai pris fonction en 2013, a été de faire de Jacqueville, une destination touristique, parce que la configuration de cette ville s'y prête. Nous sommes entre plusieurs eaux, la mer, la lagune et des lacs. Nous avons estimé que c'est le tourisme qui doit se développer dans cet environnement. Le pont est venu nous aider dans ce sens. En 2013, on recevait les week-ends, environ entre 200 et 300 personnes, qui venaient nous visiter. Mais, aujourd'hui, huit ans après, les week-ends, ce n'est pas moins de 3000 à 4000 personnes que nous recevons. Les hôtels sont quasiment pleins à Jacqueville, à partir de jeudi.

Ce sont des indicateurs qui montrent que la ville connaît un regain de développement touristique. En dehors des infrastructures touristiques, nous faisons, au niveau de la mairie, l'effort d'accompagner l'éducation, la santé, en mettant l'accent sur la démultiplication des centres de santé dans les différents villages qui ont une forte densité de population. Nous réhabilitons certains établissements scolaires primaires pour maintenir l'éducation à un bon niveau.

LP : Mais, Jacqueville manque encore de marchés modernes, d'un vrai marché de poisson...

JB : Quand je suis arrivé en 2013, la mairie avait un budget de 148 millions de FCFA.

A cette époque, la ligne carburant de la mairie du Plateau était à 150 millions de FCFA. Nous avions environ une centaine de millions pour le fonctionnement (salaires, charges incompressibles... ) et 48 millions pour les investissements annuellement. Et cela, c'était avec l'apport du bac qui nous donnait une trentaine de millions par an. Et en 2015, quand nous avons eu le pont, les recettes du bac ont disparu puisqu'il a été envoyé ailleurs. Notre budget a été donc amputé de 30 millions.

Les efforts que nous faisions pour rehausser le niveau du budget de la mairie par nos recettes propres ont été anéantis avec la perte de l'apport du bac. Il faut aussi dire que nous avons, à notre arrivée, trouvé un déficit de 303 millions de FCFA en 2013. Ce déficit a une histoire. Lorsque nous nous sommes renseignés, il nous a été expliqué que l'équipe précédente a reçu la promesse d'un appui budgétaire de 303 millions pour fonctionner.

Et sur la base de l'accord de principe du ministre de l'Economie et des Finances d'alors, M. Charles Diby Koffi, le trésorier d'alors a décaissé les fonds. Mais, le dépôt n'est pas venu de l'Etat. Quand j'arrive aux affaires, le nouveau trésorier de la mairie me fait savoir qu'il n'a pas reçu l'argent et que cette somme devient une dette que la mairie devra rembourser. Donc, j'arrive à peine, le budget est de 148 millions et on me colle un trou de 303 millions que je dois fermer.

Mon premier mandat a été difficile, il a consisté à maintenir le navire Jacqueville à flot afin qu'il ne coule pas. Et on n'a pas coulé. Depuis deux ans, le budget s'est amélioré et nous sommes à un peu plus de 300 millions aujourd'hui. Petit à petit, nous essayons de faire un peu plus de réalisations pour satisfaire les populations.

LP : Quand comptez-vous construire le marché moderne que les populations réclament?

JB : A Jacqueville, j'ai mis la priorité sur le social et cela a impacté les investissements. Je suis conscient que Jacqueville, aujourd'hui, mérite un marché moderne. Nous avons programmé et exécuté la réhabilitation du marché de N'Djem, qui était totalement délabré. C'est la porte d'entrée de Jacqueville.

Dans le prochain programme triennal, nous comptons privilégier la construction du marché moderne de Jacqueville ainsi que le marché type de poissons. Je souhaite que vous reteniez que Jacqueville revient de loin. Il s'agit d'un gros village qui est en train de devenir une ville. Les gens font beaucoup de critiques acerbes, mais ils oublient d'où Jacqueville vient. Quand on sort de 65 ans d'enclavement, cela laisse des traces, surtout qu'il n'y a pas d'appuis exceptionnels pour booster le développement.

LP : Il y a également le chantier de la gare routière...

JB : Vous savez, tout est priorité à Jacqueville. Je suis arrivé dans une commune qui n'a pas de gare routière. Ce sont des terrains de particuliers qui étaient squattés par les transporteurs. Je me demande le site réservé pour la gare routière et on me montre la décharge de la ville. En réalité, le site de la décharge devait abriter la gare routière. Or, c'était un gros trou, un emprunt de sable. C'est là qu'on a pris du sable pour bitumer le tronçon carrefour Jacqueville-Songon. Il fallait donc commencer par fermer cette poubelle. Je l'ai fait à hauteur de 200 millions de FCFA, par des apports de terre. J'ai approché feu le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly qui a accepté, dans le cadre des projets à impact rapide, initiés par le gouvernement en 2020. Ainsi, nous avons eu les fonds à titre personnel pour faire les travaux. Aujourd'hui, après avoir fermé ce gros trou, nous avons totalement achevé la gare routière. Je crois que d'ici un mois, la nouvelle gare routière de Jacqueville sera inaugurée.

LP : Les populations attendent également la réhabilitation de l'hôtel communal. Elles ne comprennent pas qu'en huit ans, vous ne l'ayez pas fait...

JB : Les populations ont l'impression que le maire ne voit pas ce qui se passe. Je voudrais les rassurer que le maire de Jacqueville aime les bonnes choses. Mais, je suis confronté à des questions de budget. Je ne peux pas détruire l'existant sans avoir eu de quoi réhabiliter ou construire le nouvel hôtel communal. Je promets que je me battrai pour que Jacqueville ait un hôtel de ville qui reflète son nom. Je ne suis pas fier de l'actuel hôtel de ville qui est le siège de la mairie. Je me bats pour que de la même façon j'ai reçu des fonds exceptionnels pour construire la gare routière, je continue ma bataille pour recevoir de quoi réhabiliter l'hôtel de ville et faire la fierté des populations de Jacqueville, et aussi de ceux qui nous visitent.

LP : Avec le désenclavement de la ville, les habitants de Jacqueville redoutent une insécurité galopante. Que faîtes-vous justement pour assurer la sécurité de vos administrés ?

JB : Avant même que le pont ne soit inauguré, en 2014, j'ai eu la chance de rencontrer le ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, Hamed Bakayoko, notre Premier ministre, paix à son âme. Je lui ai posé la problématique. Et il a bien perçu le danger. Il a donné des instructions. Un commissariat est en construction. J'aurai aimé qu'il soit là pour l'inaugurer. Malheureusement, il est parti trop tôt. Mais, je voudrais rassurer les populations de Jacqueville et les Ivoiriens que le commissariat de police de Jacqueville est en train d'être construit. Avec la grâce de Dieu, je pense que d'ici la fin de l'année, au plus tard au début de l'année 2022, les travaux s'achèveront. Les forces de l'ordre seront en nombre pour maintenir l'ordre et la sécurité à Jacqueville. Je voudrais profiter de vos colonnes pour lancer un appel aux cadres de Jacqueville. Le ministre de l'Intérieur et les services de police ne font que me relancer. Il faut des maisons pour que les agents de police qui viendront puissent avoir des logements. Je les invite à construire beaucoup de maisons à Jacqueville pour que ceux qui viennent pour y prendre fonction, puissent avoir des logements pour se loger et travailler.

LP : Autre chantier qui préoccupe les populations : le bitumage de l'axe Jacqueville- Toukouzou Hozalem. Qu'en est-il de ce dossier ?

JB : Les populations doivent garder espoir. Toutes les fois que j'ai eu l'occasion de rencontrer le chef de l'Etat, je lui en ai parlé. Avant les élections de 2020, il a dépêché le secrétaire général de la Présidence d'alors, le ministre d'Etat, Patrick Achi, aujourd'hui Premier ministre, à Jacqueville pour rassurer les populations sur ce chantier. De manière symbolique, un coup de pioche a été donné. Je pense que ce chantier va démarrer. Ce n'est pas un projet exécuté par la mairie, mais plutôt par l'Etat de Côte d'Ivoire. Le rôle du maire, c'est de relancer le gouvernement afin que ce chantier démarre. Il va achever le désenclavement de Jacqueville, parce que de Jacqueville à Toukouzou, nous avons une vingtaine de villages et chaque village a ses richesses. Et Toukouzou, qui est la capitale de l'église Papa Nouveau, reçoit du monde deux ou trois fois par an. L'impact de cette infrastructure ne touchera pas que Jacqueville, mais également Grand-Lahou dont Toukouzou fait partie du département. Le bitumage de cet axe sera un acte majeur que les populations retiendront. Ce sera, en réalité, l'achèvement du pont offert par le président de la République.

LP : Vous êtes l'objet de nombreuses critiques. On vous reproche notamment de détourner les fonds générés par le gaz et le pétrole, qui constituent une manne financière pour le développement de Jacqueville...

JB : Quand j'écoute ces critiques, je suis quelquefois meurtri parce que les réseaux sociaux jouent un rôle très dangereux dans la vie sociale aujourd'hui. Avant, pour que de telles informations soient mises sur la place publique, il faut passer par des organes de presse et les journalistes prennent soin de les vérifier et de les recouper pour ne pas servir des ordures. Aujourd'hui, n'importe qui se lève et dit n'importe quoi. Je voudrais profiter de vos colonnes pour vous dire que la mairie de Jacqueville ne reçoit pas un sou du pétrole et du gaz de Jacqueville. En 2006-2007, il y a une grande révolte à Jacqueville. Les populations ont estimé qu'elles ne bénéficiaient pas des retombées des ressources gazières et pétrolières. Cela a amené le Président d'alors, Laurent Gbagbo, à se déplacer à Jacqueville. Ainsi, il a fait des promesses. Il a demandé aux populations de mettre en place une structure qui va gérer les retombées que l'Etat voudrait bien leur donner. Il a été mis en place le « Conseil pétrole-gaz de Jacqueville ». Ce n'est pas le maire qui gère ce conseil...

LP : Mais, vous avez placé, selon vos détracteurs, un de vos « pions » à la tête de cette structure...

JB : (Rire). Non, non. Le fonctionnement du Conseil est tel qu'un pion ne peut rien. Voici le fonctionnement schématisé. Le bureau exécutif de ce Conseil présidé par un président recueille les doléances des différents villages, présente ces doléances au ministère du Pétrole notamment à la direction générale des hydrocarbures. Un comité tranche chaque année les projets qui vont être financés. Ces projets sélectionnés, des entreprises sont choisies par la DGH pour les exécuter. Ces entreprises sont payées par les sociétés pétrolières avec l'accord de la Direction générale des hydrocarbures. En aucun moment, le président du Conseil Pétrole-Gaz et les membres du bureau ne touchent à l'argent. Leur rôle, c'est de recueillir les projets, les déposer au niveau de la Direction générale des hydrocarbures, veiller à ce que le travail ait bien été fait, faire des rapports à la DGH pour qu'elle autorise les sociétés pétrolières à payer ces entrepreneurs. Mais, beaucoup de gens ne connaissent pas ce mécanisme. Le président du Conseil Pétrole-gaz ne manipule pas de l'argent. Mais, l'autre problème, c'est une association qui doit vivre de ses cotisations. Il se trouve qu'aucun des villages ne lève des cotisations. On demande des comptes financiers à quelqu'un à qui on ne donne pas de finances. Ce sont de grosses confusions. Voilà un peu la situation du Conseil pétrole-gaz de Jacqueville. Un audit a été demandé. Je souhaite que le tribunal qui a été saisi de ce dossier, accepte que l'audit soit fait, parce que c'est trop facile de jeter la boue sur les gens. Seul le tribunal peut blanchir ceux qui gèrent cette

structure. Et ce n'est pas le maire qui gère cette structure. Le maire n'a placé aucun pion à la tête de cette structure, parce que c'est par élection qu'on devient président du Conseil Pétrole-gaz. Ce n'est pas le maire qui désigne le président du Conseil Pétrole-gaz.

LP : Mais, il peut user de son influence dans l'élection du président de ce Conseil...

JB : Naturellement que le maire et les autres élus ont un droit de regard sur cette structure afin qu'un voyou ne vienne pas à sa tête. Le maire peut vouloir d'une personne, mais ce sont les populations qui votent : le chef du village, le chef de terre, le président des jeunes, la présidente des femmes et un cadre par village. Voici l'assemblée qui élit le président du Conseil Pétrole-gaz. Donc, celui qui veut se faire élire à la tête de ce conseil devra faire en sorte qu'il ait de bons antécédents et une certaine proximité avec les populations afin qu'elles puissent lui accorder leurs suffrages.

LP : A Jacqueville, les populations ne comprennent pas que la ville ne puisse pas bénéficier d'infrastructures de base alors que son sous-sol est riche de gaz et pétrole. Comment expliquez-vous cette situation ?

JB : Cette situation n'est pas propre à Jacqueville. Dans toutes les villes où il y a des richesses pétrolières, minières et gazières, les populations riveraines posent toujours ces problèmes-là. Mais, ce n'est pas par la violence qu'on les règle. Nous pensons que par la négociation, de doléance en doléance, ce pouvoir qui n'est pas fermé, finira par comprendre le bienfondé d'aider un peu plus Jacqueville, en lui reversant une quote-part plus importante pour son développement. Jacqueville ne doit pas être un foyer de pauvreté. Jacqueville, pour plusieurs raisons, doit être une ville qui reflète son état ou l'état de son soussol.

LP : En plus du pétrole et du gaz, Jacqueville abrite désormais l'Académie internationale de lutte contre le terrorisme (AILTC). Que peut apporter cette structure à votre commune ?

JB : L'installation de cette académie à Jacqueville montre le caractère stratégique de cette ville. Ce ne peut être qu'une fierté pour nous. Maintenant, le fait que cette académie soit installée à Jacqueville, les phares sont désormais sur notre cité. La présence de cette structure a un impact en termes de développement. Jacqueville étant devenue un endroit stratégique, il faut faire en sorte que le développement suive, pour que les populations se sentent à l'aise. Je souhaite que l'AILCT impacte positivement le développement de Jacqueville.

LP : Parlons politique maintenant. Malgré votre élection à la tête de la mairie, votre parti, le RHDP, peine encore à s'imposer à Jacqueville. Qu'est-ce qui explique cela ?

JB : Il faut prendre les choses en deux phases. J'ai adhéré au RHDP en novembre 2018. J'ai été élu maire indépendant en 2013. Durant tout mon mandat, je suis resté dans ma posture d'indépendant. J'ai été réélu maire, dans ma posture d'indépendant en octobre 2018. Ensuite, j'ai rejoint les rangs du RHDP. Cela fait à peine deux ans que je suis au RHDP. Et en 2019, le président du parti m'a fait confiance en me nommant délégué départemental RHDP de Jacqueville et coordonnateur régional associé des Grands Ponts. Je retiens mon titre de délégué départemental qui devient le premier animateur du RHDP à Jacqueville. J'ai cherché à comprendre pourquoi le RDR à l'époque n'a pas pu percer à Jacqueville. C'est du simplement au fait que les militants et les populations se sont sentis abandonnés. Un parti politique est une entreprise, il faut une bonne politique de marketing. Ce sont des personnes qu'on convoite. Les militants de base du RHDP se sentaient seuls, ils n'avaient pas de soutien des cadres.

Ceux-ci ne sentaient pas aussi le soutien de la haute direction du parti. A la limite, ils étaient livrés à eux-mêmes. J'ai parcouru tout le département pour écouter les militants et c'est ce qui ressort. Avec ma nomination, ils se sont dit : « voici quelqu'un de nouveau qui vient d'arriver, et qui est maire. En tant que maire, il a posé beaucoup d'actions et il est connu pour avoir une proximité avec les populations ». Que demandent les populations, c'est une proximité, la solidarité. Je pense que le visage du RHDP, qui m'a été confié il y a deux ans, va radicalement changer à Jacqueville après les législatives partielles qui viennent de se tenir (ndlr : le 12 juin). Vous avez sans doute entendu beaucoup de bruits autour de ce scrutin.

LP : Justement, on vous soupçonne d'avoir soutenu le candidat indépendant qui a battu celui du RHDP...

JB : Ce n'est pas un soupçon. J'ai tenté d'expliquer la situation. Jacqueville n'est pas Tafiré, Korhogo, Boundiali. Dans ses localités, la base est RHDP. Jacqueville, c'est un environnement où les partis politiques n'ont pas beaucoup prospecté. Il y a beaucoup de libres penseurs, de gens qui affirment leur indépendance, qui sont à Jacqueville. Le fait que les différents partis politiques n'aient pas pu séduire les populations, elles sont restées dans une sorte de libre-pensée. Elles s'attachent plus aux hommes qui viennent à eux qu'aux partis politiques. J'ai décidé de prendre les choses par l'autre bout, c'est-à-dire faire rentrer dans le parti des personnes qui ont une certaine notoriété pour que avec ces personnes-là, on prenne notre bâton de pèlerin et qu'on parte à la conquête du territoire départemental de Jacqueville. Je suis convaincu que cette façon de procéder va prospérer. Qu'est-ce qui s'est passé pour les législatives du 6 mars dernier ? Nous sortions de deux élections qui nous ont beaucoup divisés.

En 2018, nous avions eu même trois élections. J'étais indépendant avec la majorité, des jeunes, des vieux de Jacqueville. Nous sommes ensuite allés aux élections sénatoriales. Dans ma posture d'indépendant, nous avons battu le RHDP. Les cadres du RHDP, à l'époque, ont pris cela comme une frustration. Et au lieu d'essayer de faire la paix, ils ont essayé de se venger contre moi. Il y a eu quelques mois après les élections régionales et municipales couplées le 13 octobre 2018.

Dans cet état d'esprit de vengeance, ils ont été malheureusement à nouveau battus. Ils m'attendaient donc au tournant lors des élections législatives. L'esprit n'était pas sain. Mais, entretemps, je suis devenu responsable RHDP. Et le simple fait que j'adhère au parti et je bénéficie de la confiance du président, qui, automatiquement me nomme délégué départemental, a été mal vécu par mes adversaires d'hier. Ils estiment que non seulement il nous bat aux élections, il arrive et c'est à lui qu'on donne le parti. Pour eux, c'en est trop. Il faut le déstabiliser. Très rapidement et dans la précipitation, ils désignent un candidat. La procédure de désignation de ce candidat m'a gêné, mais je n'ai pas voulu en dire plus.

Nous avions quelqu'un qui se préparait, depuis 2016, à gagner les élections. Nous sommes dans un environnement particulier où depuis 2016, ce sont les indépendants qui prospèrent. Quand j'ai dit cela, j'ai lu dans quelques journaux que le maire de Jacqueville dit que le RHDP ne peut jamais gagner des élections à Jacqueville. Ce n'est pas vrai. Je n'ai jamais dit cela. Moi, délégué départemental, je veux implanter durablement le RHDP à Jacqueville. Nous avons un environnement particulier. Nous recrutons tous ceux qui peuvent nous rendre fort.

A partir de ce moment, j'envoie ces personnes sur le terrain pour convaincre les populations à épouser les idéaux du RHDP. Aujourd'hui, le maire et le député sont RHDP. Le sénateur l'est également. Pourquoi les populations ne seraient alors pas RHDP ? Ces cadres vont travailler pour amener les populations à adhérer au RHDP. Je fais mon travail de maire qui impacte positivement ou négativement les populations.

En tant que délégué départemental, je poserai donc des actions afin que les populations adhèrent à mon parti lorsque j'irai vers elles. C'est pareil pour le Sénateur et le Député. Ailleurs, c'est le terreau fertile au RHDP qui fait gagner les cadres. Mais, dans mon cas, ce sont les hommes forts qui vont faire gagner le RHDP à Jacqueville. Aujourd'hui, j'ai fini mon recrutement. J'ai les armes qu'il faut pour implanter le RHDP à Jacqueville. Dans les deux ans qui arrivent, le RHDP sera imbattable par n'importe quel parti politique à Jacqueville.

LP : Sans l'apport des cadres du RHDP avec qui vous êtes en froid, pensez-vous réussir cette mission ?

JB : Pour nous, la phase des élections est terminée. Nous allons entrer maintenant dans la phase d'implantation du parti. Vous verrez que les militants vont adhérer. Je ne suis pas en train de dire qu'il faut exclure ces cadres. Evidemment, nous allons passer obligatoirement d'une phase d'explication à une phase de réconciliation, pour qu'ensemble nous puissions amorcer l'implantation de notre parti. Avant d'aller à ces législatives, il aurait fallu que les frustrations nées de l'échec de ces cadres du RHDP soient vidées. Cela n'a pas été fait. Donc, ils sont venus dans un esprit de vengeance, et j'insiste sur cela.

LP : Mais, vous avez travaillé pour qu'ils perdent...

JB : Je travaille pour gagner et non pour que quelqu'un perde. Si le contentieux des élections précédentes avait été vidé, je pense que celui qui a été candidat du RHDP ne le serait pas, parce que nous allions démontrer de manière sereine que celui qui a gagné les élections est justement la personne qui maîtrisait le terrain. Je vous l'assure et j'insiste là-dessus. Ce n'est pas facile de gagner des élections en étant indépendant, et sans appui financier du parti. Les gens racontent beaucoup de choses. Nous avons démontré que sans moyens, mais avec stratégie et une conviction, on peut gagner une élection. On met aujourd'hui cette rage de gagner à la disposition du RHDP.

LP : Ne pensez-vous pas qu'avec ce genre de situation qu'il faut repenser le mode de désignation des candidats du RHDP aux différentes élections locales ?

JB : En tant que cadre, si le parti peut me le permettre, j'ai pu constater que le mode de gestion de nos départements, et non de désignation des candidats, pose problème. Dans la région des Grands Ponts, trois coordonnateurs régionaux ont été nommés, c'est-à-dire qu'on a mis un banc et trois personnes s'asseyent dessus pour diriger la région. Ça n'a pas marché parce que pour des questions de leadership, il y a eu des bagarres. La direction du parti a trouvé un arrangement en affectant chaque département à un coordonnateur.

Le coordonnateur qui est affecté par exemple à Jacqueville, Dabou, ou à GrandLahou vient se superposer sur le délégué départemental qui fait le travail. Le délégué départemental fait donc son travail et transmet son rapport au coordonnateur régional qui va, à son tour, le remettre au Directeur exécutif. Et quand, il y a des questions, il ne peut pas y répondre. Pour ne pas avoir une relation directe entre les Délégués départementaux et la direction exécutive pour que de manière rapide l'information circule jusqu'au sommet. Les intermédiaires cassent la chaîne de transmission de l'information de la base au sommet.

Mais, il ne faut pas jeter la pierre à la direction du parti. Nous sommes un nouveau parti. Nous existons officiellement depuis 2018. Mais, notre premier congrès date de 2019. On ne peut donc pas reprocher à un enfant qui apprend à marcher de faire des erreurs. L'important, c'est de corriger ces erreurs. Il y a des réglages à faire. Mais, elles ne pouvaient pas se faire avant les élections parce qu'il y a beaucoup de susceptibilités. D'ici les prochaines élections, il faut obligatoirement que le parti se structure pour éviter certains déchets, certaines lourdeurs. Il faut que le fonctionnement du parti soit plus digeste.

Voilà la proposition que je me permets de faire à la direction du parti, notamment le directeur exécutif. Il faut instaurer un contact direct avec les délégués départementaux. Le président du parti fait beaucoup d'efforts. Je ne connais pas un parti dans ce pays dont le président apporte chaque mois un soutien. Lors des récentes élections présidentielles et législatives, le président a fait des efforts insurmontables, mais malheureusement, du sommet jusqu'à la base, les choses ne se passent pas comme il se doit. Cela doit être revu. L'une des choses que les militants ont regrettée par le passé, c'est le manque de solidarité. J'ai fait des tournées et j'ai écouté des militants qui sont en difficulté.

Quand ils perdent un être cher, au-delà de l'aspect matériel, il n'y a même pas un yako. Les gens ne se déplacent même pas pour aller leur exprimer leur compassion. Par exemple, un militant perd un être cher, il informe le délégué départemental que je suis. Même si je ne peux pas me déplacer, il faut que j'envoie une délégation soutenir cette personne même si c'est avec un petit geste de 5000 FCFA. Voilà des choses que les militants demandent. Ils ne demandent pas des choses extraordinaires. C'est ce que je compte faire. J'ai foi que dans quelques années, Jacqueville sera un bastion imprenable du RHDP, par des actions sociales que nous allons poser. Et non par un coup de baguette magique.

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 100 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.

X