Congo-Kinshasa: Pytshens Kambilo - «Mon rêve est de vulgariser leurs styles, les présenter, les faire connaître partout dans le monde»

interview

La guitare dans le sang et la RDC dans le cœur, quoiqu'il réside en France, Pytshens Kambilo a résolu de relancer le Festival Lindanda organisé en trois éditions entre Kinshasa et Lubumbashi à partir de 2010. Promouvoir les jeunes guitaristes et mettre en avant le travail des anciens à l'instar de Luambo est l'objectif qu'il poursuit. Avec Le Courrier de Kinshasa, il revient sur l'ambition qui l'anime et les contours de la rencontre dont il veut faire un rendez-vous annuel.

Le Courrier de Kinshasa (L.C.K.) : Après plusieurs années de silence, peut-on continuer à croire au Festival Lindanda ?

Pytshens Kambilo (P.K.) : Si, si ! Cela va faire dix ans que nous avions envie de revenir sur la beauté et la joie du festival de la guitare. La remettre en avant-plan comme nous l'avions pensé mais je crois qu'il faut des fois laisser le temps au temps et laisser les choses bien se faire quand tout est prêt. Je suis convaincu que c'est le moment de relancer le Festival Lindanda, son concours et tout ce qu'il y a autour. Si ce n'était la covid-19, nous l'aurions tenu cette année. Nous l'avons juste reporté à 2022.

L.C.K. : Pourriez-vous nous rappeler les contours du Festival Lindanda ?

P.K. : L'idée des trois éditions que nous avons organisées, c'était trois jours de festivités avec en amont un concours de guitare. Nous avons tenu des ateliers avec des musiciens. Pour l'édition à venir, nous avons fait appel à un luthier qui va travailler avec ses homologues d'ici. Nous visons un partage d'expérience et le traditionnel concours de guitare pour motiver les jeunes à rêver aux compétitions internationales, relever leur niveau. Leur donner envie d'y prétendre à travers des ateliers. Au bout, il y a le trophée accompagné du prix du jury, une guitare électrique ou électro-acoustique, avec les accessoires qui vont avec décerné au meilleur des concurrents.

L.C.K. : Guitariste vous-même, Lindanda ne serait-il pas aussi le lieu d'un hommage rendu aux grands musiciens qui vous ont devancé, comme cela se dit ?

P.K. : Oui, je suis guitariste, j'ai beaucoup travaillé avec Jean Goubald. Il m'a donné certaines pistes que je n'avais pas à l'esprit au départ, de sorte que je pense mettre en avant nos musiciens à l'instar de Luambo et bien d'autres. Ailleurs leurs techniques sont valorisées et donc mon rêve est de vulgariser leurs styles, les présenter, les faire connaître partout dans le monde. Et, même s'ils sont déjà connus ici, faire comme dans d'autres pays où ces grands guitaristes sont l'objet d'études. Ici, ils passent trop souvent inaperçus, l'on se contente de commémorer leurs anniversaires de mort. Mon idée, c'est de mettre en avant le savoir-faire de tous les grands guitaristes de notre pays.

L.C.K. : Dans le cas de Luambo, il faut dire que sa notoriété tient surtout à ses textes. L'on retient qu'il était satirique, un peintre de sa société sans mettre l'accent sur sa guitare. Comment percevez-vous cela ?

P.K. : Je pense que c'est un manque d'information. Lorsque tu es à la fois guitariste et chanteur, les gens retiennent plus le fait de te voir chanter. Guitariste, je fais des recherches scientifiques sur la guitare et je sais que le style de Luambo à la guitare est à considérer même si l'on n'en parle pas. C'est ce qui caractérise aussi son œuvre artistique. Ses interventions à la guitare, les guitaristes savent que même sans le texte, il y a déjà tout. Le texte ne servait qu'à appuyer sa musique. Les deux combinés, cela formait un tout qui l'identifiait. Sans entendre le texte, rien qu'avec l'intro de la chanson, l'on savait que l'on avait affaire au Grand Maître Luambo. Il suffisait d'écouter la phrase et savoir que c'est Dr Nico qui joue.

Aujourd'hui, l'on n'a pas cette différence de son, de jeu de guitare. Actuellement, la différence entre les chansons que l'on écoute dans la rue réside dans la voix des chanteurs et non la guitare. Tout est dans notre manière de percevoir la musique. Autrefois, les musiciens avaient leur place et s'imposaient. De nos jours, les chanteurs le font dans les groupes avec leurs textes et dédicaces. Les guitaristes ne travaillent plus comme c'était le cas avant, c'était eux qui donnaient la ligne de la chanson. Désormais, c'est le compositeur qui emmène les chansons dans le groupe avec une mélodie toute faite, le guitariste n'a plus rien à dire. Il interprète le morceau sans plus.

L.C.K. : À partir de la prochaine édition, le Festival Lindanda deviendra-t-il plus régulier ? Et la philosophie reste-t-elle la même ?

P.K. : Oui, je crois que nous allons garder la même philosophie. Rajouter une autre ville à Kinshasa et Lubumbashi. Nous pensons négocier pour associer Kisangani ou Goma. Organiser des ateliers en fonction des partenaires que nous aurons. Nous voulons respecter un agenda annuel et donner la chance au plus grand nombre de guitaristes de participer, leur redonner confiance. A présent, je chante et je compose mais à la base, je suis guitariste et je suis fier de me défendre en tant que tel. Je ne suis pas guitariste attaché à un groupe particulier mais je participe plutôt à plusieurs projets. C'est ce que je veux inculquer aux guitaristes. Ils peuvent travailler avec plusieurs groupes à la fois et gagner leur vie.

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