Centrafrique: Grevaï, un village en ruine

communiqué de presse

Grévaï était un village paisible avec ses 5 300 habitants. Ce jour du lundi 17 mai 2021, le village bascule dans le cauchemar.

Grévai était un village très vivant à la tombée du soleil, au retour des champs. Les femmes vendaient les récoltes au petit marché de la place, d'autres préparaient à la cuisine. Les enfants jouaient dans la cour et les hommes se réunissaient en petit groupe pour échanger autour des boissons locales. Les animaux domestiques s'attroupaient par famille et se promenaient dans le village. Aujourd'hui, c'est un village fantôme, entièrement désert. Un silence pesant et total y règne. Les habitants se sont tous dispersés. Les maisons et les petits commerces sont partis en fumée en un laps de temps comme dans un rêve. Beaucoup de familles sont endeuillées. Le village est en ruine !

Les habitants de Grévai ayant fui les violences ont trouvé refuge à Kaga-Bandoro sur le site de déplacés de Bakouté, aménagé pour la circonstance. Des noix de karité et quelques moyens de subsistance étalés au soleil, marmite au feu, les déplacés font la queue pour s'enregistrer auprès des délégués du Comité international de la Croix-Rouge afin d'avoir accès à l'assistance humanitaire.

Contraints d'abandonner leur école et de fuir avec leurs parents, les enfants de Grévaï, n'ont d'autres choix que d'aider leurs familles à trouver de quoi se nourrir. Ils contribuent à l'économie du ménage en aidant leurs parents dans la fabrication de l'huile de karité. Certains vont jusqu'en brousse pour récolter les noix de Karité qu'ils cassent pour en recueillir les amendes. Ils arrivent ainsi à oublier leur traumatisme et à s'adapter à cette nouvelle vie imposée par les violences.

Les noix de karité séchées et épluchées sont ensuite pilées avant d'être transformées en huile de karité et revendues à d'autres déplacés sur le site. Ceci est devenu l'une des activités principales de beaucoup de déplacés de Grévaï. En attendant de recevoir de l'aide humanitaire, ils sont obligés de se livrer à ce type de petits commerces afin de pouvoir subvenir aux besoins de leurs familles. Le produit final (l'huile de karité) est vendu à la somme dérisoire de 500 FCFA le demi-litre.

Quelques familles ont pu se faire de la place sous un hangar qui existe sur le site. Avec le peu de matériels qu'elles ont pu emporter pendant leur fuite, notamment des nattes, des récipients d'eau et ustensiles de ménage, ces familles tentent, tant bien que mal, de s'accommoder dans leur nouvel environnement de fortune. Le Président de la branche locale de la Croix-Rouge centrafricaine de Grevaï, lui aussi déplacé, raconte : « Nous vivons dans de très mauvaises conditions. Il est vraiment difficile d'expliquer comment nous parvenons à survivre. Il y a des enfants souffrant de malnutrition, des personnes affamées. Certains dorment sous des arbres par terre car il n'y a pas de natte. »

Les quelques rares personnes qui ont pu s'enfuir avec leur économie se sont lancées dans un autre type de commerce pour pouvoir apporter le minimum à leurs enfants. A l'exemple de cette famille qui vend des beignets et du café toute la journée. Les soirs, avec les recettes obtenues, elle arrive à manger et à pourvoir à d'autres petits besoins quotidiens.

Environ 1'183 familles ont trouvé refuge sur ce site de fortune avec un accès très limité au service de santé. Les conditions de vie sur le site exposent les enfants, adultes et personnes âgées aux différentes maladies, surtout en cette saison de pluies. Le CICR a mis en place des cliniques mobiles qui se déploient deux fois par semaine pour offrir à ces déplacés un ensemble de services médicaux, notamment des consultations et des donations de médicaments à travers une équipe médicale dépêchée sur place. Les malades nécessitant une hospitalisation sont référés à l'hôpital de Kaga-Bandoro pour des soins approfondis et appropriés.

En plus des services de santé, le CICR a apporté à ces 1'183 familles déplacées une assistance en vivres et en articles essentiels de ménage entre le 9 et le 11 juin 2021. L'assistance était composée entre autres de riz, d'huile, de sel et d'un kit d'articles essentiels de ménage. Cette assistance va permettre à ces déplacés, à court terme, d'avoir de quoi se nourrir pendant deux semaines ; et à moyen et long terme, de pouvoir utiliser les articles de ménage reçus pour leur réinstallation s'ils parvenaient à retourner chez eux.

Le CICR a également installé un dispositif de distribution d'eau d'urgence composé d'un réservoir souple de 10'000 litres et de deux rampes de distribution pour permettre à ces personnes déplacées d'avoir un meilleur accès à de l'eau potable. Mais cela est loin de couvrir tous leurs besoins. « L'eau que nous prenons à la pompe ne suffit pas pour tous nos besoins, on l'utilise juste pour boire, faire la cuisine et la vaisselle. Comme j'ai un bébé j'en réserve un peu pour le bain du bébé. Nous sommes obligés d'aller à la rivière Nana qui est proche du site pour nous baigner. » raconte Chancela, vivant sur le site avec son enfant.

02 juillet 2021

Grévaï était jusque-là un village paisible avec ses 5 300 habitants. Situé à 30 km de Kaga-Bandoro au centre de la Centrafrique, l'axe qui y mène est très endommagé, il en faut 1h30 mn en véhicule tout-terrain pour s'y rendre en saison pluvieuse et 1h pendant la saison sèche.

Ses habitants sont réputés pour être de grands travailleurs. Ils mènent différentes activités génératrices de revenus, dont la chasse et la cueillette. 95% d'entre eux sont des agriculteurs. Le village dispose d'un centre de santé soutenu par le CICR pour faciliter l'accès aux soins de santé primaires pour les habitants. Il dispose également d'une infrastructure scolaire avec deux enseignants seulement.

Ce jour du lundi 17 mai 2021, le village bascule dans le cauchemar. Les paisibles habitants sont réveillés par des crépitements d'armes. Leur village vient d'être attaqué par des hommes armés. Leurs maisons sont incendiées et plusieurs personnes tuées. Au total 12 personnes sont mortes et plus de 500 maisons brûlées. Impuissants, les habitants voient partir en fumée tous leurs biens, acquis après de longues années de travail acharné.

L'attaque a causé le déplacement de plus de 98% de la population de Grévaï vers la ville de Kaga Bandoro. La majorité de ces familles se sont installées sur le site de Bakouté, tandis que les autres ont trouvé refuge dans des familles d'accueil, le temps que le calme revienne dans leur village.

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