Afrique de l'Est: Que reste-t-il de l'esprit de Kaunda en Zambie?

interview

L'ancien président zambien Kenneth Kaunda doit être enterré mercredi prochain. À la tribune, ce vendredi 2 juillet, l'actuel président Edgar Lungu a été sifflé pendant sa prise de parole. La Zambie organise dans un mois et demi une présidentielle dans un climat tendu « au bord d'une crise des droits humains » selon Amnesty International qui critique les méthodes répressives du chef de l'État en fonction depuis six ans et candidat pour un nouveau mandat. Que reste-t-il de l'esprit Kaunda en Zambie. Décryptage de Nic Cheeseman, politologue britannique, expert en démocratie et élections africaines.

Nic Cheeseman : Comme beaucoup de dirigeants de sa génération, on se souviendra toujours de Kenneth Kaunda comme l'un de ceux qui s'est battu contre la domination coloniale. L'une des choses que les Zambiens pleurent, ce n'est pas seulement Kaunda en tant qu'individu, mais la mémoire de cette époque où les Zambiens étaient vraiment fiers. Ils venaient de gagner leur liberté, ils étaient indépendants, ils étaient sur le point de construire une nation. Et l'une des choses que les gens pleurent, c'est la perte de cela. Car aujourd'hui la Zambie, en défaut de paiement de sa dette, semble presque revenir à une situation où elle est contrôlée par des forces extérieures.

RFI : Kenneth Kaunda, en 1991, accepte des élections libres. Après sa défaite, il quitte le pouvoir. N'est-ce pas aussi une certaine idée de la démocratie que les Zambiens pleurent aujourd'hui ?

Oui et non, car c'est difficile de présenter Kaunda comme un modèle de démocratie alors qu'il avait mis en place un système de parti unique. Je crois que sa mort peut être perçue comme la mort d'un certain style de leadership, inspirant et respectueux. Il n'apparaît pas comme aussi corrompu et irresponsable que les leaders qui lui ont succédé dans la Zambie multipartite. Prenez Edgar Lungu, l'actuel président, il est accusé d'utiliser la répression et la violence dans beaucoup d'endroits pour se maintenir au pouvoir. C'est vrai qu'on aurait pu reprocher à Kaunda la même chose dans les années 1990, mais aujourd'hui il jouit d'une bonne image, car on se souvient de lui comme quelqu'un qui était moins corrompu que Frédérick Chiluba et moins clivant que Edgar Lungu.

Est-ce que les candidats à l'élection présidentielle revendiquent l'héritage de Kenneth Kaunda ?

Il n'est pas certain que les principaux candidats puissent facilement revendiquer son héritage. Nous avons vu le parti au pouvoir tenter le coup, à travers ce voyage sponsorisé par le gouvernement pour exposer le cercueil de Kaunda dans les provinces. Certains ont dit que ce n'était pas la volonté de la famille. Mais Edgar Lungu, en ce moment semble être très mal en point, et il n'a pas fait beaucoup en campagne. D'habitude, des gouvernements ont tendance à exploiter la mort d'une personne au pouvoir pour essayer de renforcer le statu quo. Et je m'attendais à ce que ce soit le cas en Zambie. Mais je pense que c'est probablement parce que Lungu ne va pas bien et qu'il n'est pas en mesure de voyager et de parler que nous n'avons pas vu le genre de choses que nous aurions pu attendre parce qu'il n'était pas en mesure de le faire.

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