Swaziland: Eswatini - «C'est la première fois qu'il y a de telles manifestations à travers le pays»

Drapeau d'Eswatini (ancien Swaziland)

La tension monte dans le royaume d'Eswatini, cette enclave au milieu de l'Afrique du Sud autrefois appelé le Swaziland. Depuis plusieurs semaines, des centaines de jeunes protestent contre cette monarchie absolue. Cette semaine plusieurs personnes ont été tuées et des dizaines blessées, selon les militants. Le calme est revenu dans la capitale, mais l'armée est omniprésente, raconte une manifestante, qui souligne que ces manifestations sont sans précédent.

Aujourd'hui, la capitale est calme, seuls quelques magasins sont ouverts pour permettre de se ravitailler. Et l'armée est partout, témoigne cette jeune manifestante de 23 ans qui souhaite rester anonyme. « L'armée est partout et nous a dit de rester à la maison. Il y a un couvre-feu à partir de 6h le soir, et si l'armée vous trouve dans la rue, elle vous tire dessus, sans poser de question, ça lui est complètement égal. »

« Mon grand-père s'est fait tirer dessus trois fois, alors qu'il rentrait à la maison après son travail, raconte-t-elle. Heureusement qu'il s'agissait de balle en caoutchouc. Vous imaginez si cela avait été des balles réelles ? Et un ami à moi est décédé mercredi 30 juin à Ngwenya, on lui a tiré dessus. De nombreuses personnes sont mortes, sauf que les autorités essayent de le dissimuler. Tout peut arriver, personne n'est à l'abri. »

Le faste de la famille royale

Cette manifestante rappelle que les Eswatiniens se mobilisent notamment pour dénoncer les inégalités entre l'élite du pays et la population, confrontée au chômage et à la pauvreté. « Le roi fait tout ce qu'il veut, il dépense de façon extravagante, alors que nous n'avons rien. Nous allons à l'université, et après cela nous restons à la maison à ne rien faire, car il n'y a pas de travail. Alors que les enfants du roi accèdent à des postes élevés, alors qu'ils ne sont même pas si éduqués que cela. Toute la famille royale, ils ont tout ce qu'ils veulent. Et nous on nous dit d'aller travailler aux champs. On peut juste faire une croix sur une carrière. »

Le pouvoir monarchique est donc l'une des principales cibles de la colère des manifestants, explique la jeune femme. « Il y a vraiment beaucoup de mécontentement et de frustration vis-à-vis de la famille royale, qui dépense sans compter. Ses membres achètent des voitures, des montres. Des fois, ils disent qu'il s'agit de cadeaux, comme une fois un hélicoptère. Mais est-ce vraiment le cas ou est-ce qu'ils utilisent l'argent de l'État ? Parce que c'est également un autre problème ; il n'y a pas de séparation entre les caisses de l'État et celles de la famille royale. Ils prennent ce qu'ils veulent quand ils veulent. »

Des manifestations sans précédent

C'est une première qu'il y ait des manifestations d'une telle ampleur, poursuit la jeune femme, qui habite la capitale. « C'est la première fois qu'il y a de telles manifestations à travers le pays, organisées par de simples citoyens. Auparavant, elles étaient organisées par des syndicats, par la société civile et elles se déroulaient dans le calme. Cette fois-ci c'est différent, il y a eu beaucoup de saccage, de pillage. Cela montre à quel point les gens sont pauvres et n'ont pas accès au service minimum. Certains manifestants ont utilisé cette opportunité pour piller et prendre ce qu'ils pouvaient. »

« Mais c'est vraiment une première dans le pays, insiste la jeune femme. Et d'ailleurs la police ne savait pas trop comment réagir, car elle n'avait jamais été confrontée à ce niveau de détermination de la part des manifestants. »

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