Burkina Faso: Marche de l'opposition - Le « général » Eddie met Roch en joue

Marche de l'opposition burkinabé contre l'insécurité

L'appel du chef de l'Etat n'aura donc servi à rien. Pas plus que le léger réajustement ministériel auquel il a procédé. Dans son adresse le dimanche 27 juin 2021, le président du Faso avait en effet « demandé instamment à tous ceux qui s'organisaient dans ce sens, notamment les partis politiques et les organisations de la société civile, de surseoir aux marches et meetings projetés afin de ne pas faire le lit de notre désunion face à l'ennemi commun ».

« Nous allons marcher pian ! » lui a pratiquement rétorqué le chef de file de l'opposition, Eddie Komboigo, que même l'éviction de Chérif Sy et d'Ousséini Compaoré des ministères de la Défense et de la Sécurité, ainsi que la nomination du colonel-major Aimé Barthélemy Simporé au ministère de la Défense n'auront attendri.

Après de petites répétitions localisées dans les régions à déficits sécuritaires comme le Sahel, l'Est, le Centre-Nord et le Nord, les Burkinabè sont sortis le 3 juillet dernier pour une marche aussi bien à Ouagadougou, la capitale, que dans les villes de l'intérieur du pays. On peut voir dans cette manifestation une sorte de défiance vis-à-vis de l'autorité, mais cette colère est à la hauteur de l'exaspération grandissante face au désastre sécuritaire auquel nous assistons presque impuissants. De ce point de vue, en mobilisant ses troupes, le « général » Eddie Komboigo a au moins le mérite de maintenir la pression sur le gouvernement, même si on pourrait y voir une forme de récupération politique comme l'en accusent les autorités. Une façon pour le CFOP d'obtenir par la rue ce qu'il n'a pas réussi à gagner par les urnes.

N'a-t-il pas dit clairement lors de cette journée de protestation que ce n'était là qu'un avertissement et que si les choses ne bougeaient pas dans le sens que lui et ses camarades voulaient, c'est une tête beaucoup plus prestigieuse qu'ils réclameraient, en l'occurrence celle du locataire de Kosyam ? « Nous portons à témoin le peuple burkinabè et à la communauté internationale pour dire que nous ne voulons plus un seul, un seul mort burkinabè du fait du terrorisme », a prévenu le premier des marcheurs pendant son discours. Autant leur dire de préparer d'ores et déjà leur scalpel, car on ne voit pas comment le péril terroriste s'arrêterait brusquement comme sur un coup de baguette magique juste parce qu'on a nommé un militaire à la Défense ou parce qu'Eddie a battu le pavé. Au demeurant, il faut se garder de la surenchère qui peut nous entraîner dans une crise politico-institutionnelle qui compliquerait davantage la situation sécuritaire déjà bien difficile à gérer.

Cela dit, le premier magistrat burkinabè doit continuer de donner des gages à l'opposition et à ses compatriotes de manière générale en poursuivant le nettoyage au sommet de l'appareil sécuritaire du pays et en apportant un supplément de vertu à une gouvernance qui, de l'avis de nombreux Burkinabè, n'a vraiment pas fondamentalement changé de Blaise Compaoré à Roch Marc Christian Kaboré. En attestent justement les nombreuses casseroles tout aussi bruyantes les unes que les autres que traînent certaines huiles de la galaxie Kaboré. Et en période de guerre, la prédation économico-financière est encore plus criminelle qu'en temps de paix.

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