Algérie: 5 juillet 62 à Guelma - 2 mois de festivités pour célébrer l'indépendance

Dans l'Ouest du pays, les étudiants de plusieurs universités ont réaffirmé lors de marches pacifiques hebdomadaires leur implication dans le mouvement populaire et leur adhésion aux revendications du Hirak portant sur "un changement profond du système et le départ de tous ses symboles".

Guelma — Les habitants de la wilaya de Guelma, ayant vécu le 5 juillet 1962, se souviennent en détail des festivités pacifiques et spontanées qui ont duré plus de deux mois, célébrant la joie du recouvrement de l'indépendance de l'Algérie, après plus de sept années de lutte armée contre le colonialisme français et plus d'un siècle d'occupation.

Selon les témoignages recueillis par l'APS auprès de personnes présentes à ces festivités, les habitants des mechtas, des villages et des quartiers de la ville ont attendu depuis le référendum sur l'autodétermination, tenu le 1er juillet 1962, l'annonce de la déclaration officielle de l'indépendance sur les ondes de la radio, suite à laquelle tout le monde est descendu dans la rue, brandissant l'emblème national pour célébrer l'indépendance de l'Algérie après 132 ans de colonialisme.

Aujourd'hui âgée de 95 ans, Hadja Houria épouse Belaid, qui habitait à l'époque le quartier arabe, au centre ville de Guelma, s'est souvenue que "les femmes étaient en tête des groupes de gens descendus dans la rue à ce moment là", affirmant qu'elle-même en faisait partie "portant son bébé dans les bras".

Et d'ajouter: "Tout le monde était descendu dans la rue, au point que certaines femmes qui avaient tellement hâte de fêter l'indépendance n'ont pas eu le temps de se draper totalement dans leurs 'm'laya', en se contentant de se couvrir la tête et les épaules, en sortant en robe d'intérieur".

Hadja Houria se rappelle également que les festivités s'étaient poursuivies pendant plusieurs semaines, notamment après l'arrivée, par train et dans des camions, des habitants des mechtas et des communes éloignées, soutenant également que certains habitants de la région Ouest de Guelma, comme Roknia, Bouhamdane et Hammam Debagh avaient parcourus de longues distances à pied, le long de la voie ferrée pour atteindre le chef-lieu.

Elle a affirmé, dans ce contexte, que le restaurant de M.Bencheikha, situé au centre-ville, avait offert gracieusement la restauration à toutes les personnes venues fêter l'indépendance, au même titre que de nombreuses familles qui préparaient, à l'occasion, des festins à travers toute la ville.

Selon la même source, "le retour, chaque jour, de groupes de moudjahidine qui étaient sur le front dans les montagnes de Maouna, Houara, Beni Salah, Hammam N'bail et Bouhamdane attisait davantage la liesse et la joie des festivités", soulignant le fait que les nombreuses familles ayant compris que "l'indépendance était devenue une réalité et non un rêve", guettaient l'arrivée des moudjahidine pour s'enquérir des nouvelles de leurs enfants faisant partie des combattants.

Actuellement alité, le moudjahid Youcef Benmahdjoub se rappelle, de son côté, avoir appris la nouvelle de l'indépendance et du cessez le feu alors qu'il se trouvait dans la région de Selloua Anouna, où il était blessé et se faisait soigner dans l'un des centres de l'Armée de libération nationale (ALN).

Il s'est remémoré qu'après son rétablissement, il a pris part en compagnie de ses pairs à la liesse populaire qui s'était poursuivie, dit-il, "pendant des jours et des nuits marquées par les chants, les madih et les youyous".

Un encadrement anticipé pour éviter les heurts avec les français

Selon les témoignages enregistrés et fournies à l'APS par le directeur du musée des moudjahidine, Yacine Chaâbane, en dépit de leur spontanéité, les festivités de l'indépendance ont connu un encadrement anticipé par les responsables du Front de libération nationale pour éviter les affrontements avec les français qui n'avaient pas encore quitté l'Algérie, ainsi qu'avec leurs collaborateurs algériens, notamment avec l'escalade des opérations criminelles de l'Organisation de l'armée secrète, menées par les français hostiles à l'indépendance de l'Algérie.

Parmi ces documents d'archives, figure le témoignage de feu le moudjahid Mohamed Haddadi, alias Abdallah, ancien secrétaire de wilaya de l'Organisation des moudjahidine, en compagnie du défunt moudjahid Moussa Hassainia, stipulant qu'"après le cessez-le feu, le Commandement nous a chargé de préparer le référendum, prévu le 1er juillet 1962, de sensibiliser la population afin de voter +oui+ pour l'indépendance d'une part, et de participer d'autre part à l'organisation d'un scrutin sans heurts et éviter les problèmes avec l'armée française".

Le témoignage issu des archives du musée des moudjahidine souligne également que "pour la première fois depuis le déclenchement de la Révolution, nous sommes entrés à Héliopolis sans armes et avons été accueillis par un commandant militaire français, également sans armes, afin de préparer le référendum dont le résultat s'est soldé par un oui massif pour l'indépendance, donnant lieu à des festivités et des youyous dans tous les villages de la région au lendemain de l'annonce des résultats du référendum".

Dans le même contexte, Fatima Zeghdoudi, veuve du chahid Bourahla Bensouilah, de la région de Maouna, affirme que "les militants du Front de libération nationale nous ont contacté, à l'époque, pour participer en force au référendum et nous ont affirmé que la France allait bientôt quitter l'Algérie, mais nous n'y avions pas cru jusqu'à ce que nous voyions l'armée française se retirer du lieu de détention dans lequel nous nous trouvions".

Selon la même source, les femmes avaient alors commencé les préparatifs des festivités conformément aux instructions des militants du Front de libération nationale en "cousant le drapeau national, en préparant des mets culinaires et en entrainant les enfants et les jeunes à défiler pour accueillir les convois de moudjahidine qui étaient au front".

Pour sa part, le moudjahid Boudjemaa Faysli, assure dans son témoignage avoir été chargé par le Commandement de l'ALN, avec un groupe de compagnons, d'encadrer et de sensibiliser la population dans la région de Kalaa Bousbaa, sur la nécessité de voter oui au référendum sur l'autodétermination, affirmant qu'il y avait parmi eux une moudjahida appelée Aicha, issue de la wilaya d'Annaba, dont la mission consistait à sensibiliser les femmes.

Et d'ajouter: "Le résultat du référendum a tranché en faveur de l'indépendance de l'Algérie et nous avons passé la nuit partagés entre la joie et l'appréhension également des représailles de l'organisation 'Main Rouge' qui refusait l'indépendance de l'Algérie en commettant des assassinats".

A l'époque, la ville de Guelma avait une particularité importante dont il fallait tenir compte pour éviter d'éventuels affrontements lors de la célébration de l'indépendance, car elle était divisée en trois communautés principales, dont chacune occupait un territoire déterminé.

Les européens occupaient la majorité des quartiers de la ville, où toutes les conditions de vie étaient disponibles, tandis que la communauté juive était concentrée tout le long de la rue menant de la porte du souk jusqu'au théâtre romain, tandis que les arabes vivaient dans des habitations modestes à la lisière Sud de la ville européenne, à côté de la rue commerçante Anouna.

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