Burkina Faso: Libération de Madjoari - Encore un mousseur de bière !

Une manifestation pour dire non à l’insécurité à Madjoari, Ouagadougou, le 5 juillet 2021.

Plutôt que de s'occuper de leurs femmes la nuit venue, c'est à croire qu'il y a des Burkinabè qui n'ont rien d'autre à foutre que de débiter leurs salades dans les réseaux sociaux. C'est à se demander s'ils n'ont rien d'autre à faire de la matière qui leur tient lieu de cervelle que pontifier, injurier ou s'amuser de tout et de rien.

La preuve, en fin de semaine dernière, un internaute annonçait avec emphase que la localité de Madjoari, dans la Kompienga en plein cœur du parc W, qui avait été vidée de ses habitants suite aux menaces et exactions terroristes, a été reconquise et libérée par notre armée, sous le commandement du fraîchement installé au ministère de la Défense, le colonel major Aimé Barthélemy Simporé.

Et la joie a retenti dans toutes les chaumières à l'annonce de cette nouvelle qui augurait des lendemains meilleurs après le récent remaniement gouvernemental et l'hécatombe de Solhan. Malheureusement, c'était tout faux. Les habitants de Madjoari sont toujours dans la nature et les terroristes y font leur loi et ont même installé des postes de contrôles dans les 8 villages et les 6 hameaux de culture que comporte la localité. Ce post est tout simplement parti d'un rêve de son auteur qui a même pris soin de demander qu'on ne le réveille surtout pas parce qu'il fait beau temps. Mais il s'agit ni plus ni moins que d'une plaisanterie de mauvais goût. Alors là, par ces temps qui courent, je le dis tout net : on ne peut ni ne doit s'amuser de tout. Pour une fois je suis d'accord avec Sy Chériff : ça me fait mal d'entendre des gens qui moussent leur bière dire que ... Madjoari est libérée.

Le plus rageant dans toute cette affaire est que la plupart des lecteurs ont gobé l'hameçon, et la nouvelle a été amplement relayée jusque par certains médias dits traditionnels. Il faudra donc qu'à l'avenir, les récepteurs soient assez regardants sur la crédibilité de certaines informations. Une de mes connaissances, tombée tout aussi dans le piège, m'a finalement avoué qu'elle n'a lu que le titre du post. Il faut que nous apprenions à avoir un peu de jugeote. Quand bien même Madjoari serait libérée - et c'est notre souhait le plus ardent - il y aurait peu de chances que ce soit sous la conduite d'un ministre délégué à la Défense nationale, qui n'a prêté serment que le mercredi 30 juin dernier et a entrepris dès lors une tournée dans les casernes. Question de bon sens. A moins qu'il ne se prenne pour Super-Déby, ce qui ne serait pas sage au vu de ce qui est advenu du géniteur de Mahamat.

Mais à bien chercher, le post pourrait être d'un certain intérêt pour bien des Burkinabè qui avaient les yeux rivés sur Solhan, oubliant qu'il y a des tragédies muettes dans d'autres localités du Burkina en proie au terrorisme, à l'image de Madjoari.

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