Swaziland: Deux journalistes torturés par les forces de l'ordre

communiqué de presse

Alors que des manifestations pro-démocratie ont lieu dans le royaume d'Eswatini depuis deux semaines, deux journalistes travaillant pour un média sud-africain ont été arrêtés, détenus et torturés par des membres des forces de l'ordre. Reporters sans frontières (RSF) condamne avec la plus grande fermeté ces méthodes de répression et exprime sa plus profonde inquiétude face à la situation extrêmement préoccupante des journalistes et médias qui travaillent dans le pays.

La torture par asphyxie. C'est ce qu'ont subi aux mains des forces de l'ordre les journalistes Magnificent Mndebele et Cebelihle Mbuyisa, respectivement originaires d'Afrique du Sud et d'Eswatinie. Ils étaient venus couvrir pour le média en ligne New Frame le mouvement pro-démocratie qui secoue actuellement le royaume.

Enquêtant sur les nombreuses personnes blessées et tuées lors des manifestations violemment réprimées par les autorités depuis le 26 juin, les deux reporters revenaient de l'enterrement d'une des victimes lorsqu'ils ont été arrêtés et menacés avec un pistolet par des policiers à un barrage routier le 4 juillet. Ils ont ensuite été amenés dans les locaux de police de Sigodvweni, dans le centre du royaume, où ils ont été interrogés, brutalisés et même torturés par les forces de l'ordre, qui les ont étouffés en maintenant des sacs en plastique sur leurs têtes. Avertis de leur détention, les avocats de New Frame ont immédiatement sollicité l'aide d'un de leurs confrères basé en Eswatini, qui a pu obtenir leur libération. Les journalistes ont par la suite regagné l'Afrique du Sud, 48 heures après avoir été relâchés.

Selon la directrice de la rédaction de New Frame jointe par RSF Monica Laganparsad, les deux journalistes, qui font partie des rares reporters étrangers à avoir pu entrer en Eswatini afin de couvrir la situation dans ce pays, connaissent bien la dernière monarchie absolue d'Afrique, car ils s'y rendaient régulièrement pour y couvrir l'actualité politique. C'est la première fois qu'ils y subissent ce type d'abus.

"Ce qu'ont fait endurer les forces de l'ordre à ces deux journalistes est à la fois abominable et criminel, dénonce le responsable du bureau Afrique de RSF, Arnaud Froger. Les traitements endurés par ces deux journalistes s'inscrivent dans un contexte de répression croissante de la liberté de la presse en Eswatini. Nous appelons les autorités à ne pas recourir à des méthodes prédatrices contre les journalistes et les médias qui ne font que témoigner de la situation dans le pays."

Les violences infligées à ces deux reporters ne sont pas des cas isolés. Il y a dix jours, Andile Langwenya et Wonderboy Dlamini, deux journalistes travaillant respectivement pour le média en ligne Independent News et le média d'État Swazi Observer, ont été hospitalisés après avoir été la cible de tirs de gaz lacrymogène lancés par les forces de l'ordre lors de manifestations.

L'augmentation des exactions perpétrées contre la presse, couplée à la récente coupure du réseau internet ordonnée par les autorités, ne font qu'exacerber les difficultés auxquelles se heurtent les journalistes pour exercer leur métier en Eswatini. Zweli Martin Dlamini, rédacteur en chef du journal Swaziland News contacté par RSF, a indiqué avoir été persécuté par les autorités à plusieurs reprises au cours de sa carrière. Il a notamment été contraint de s'exiler en Afrique du Sud en 2020 comme l'avait dénoncé notre organisation après avoir été menacé de mort par la princesse Sikhanyiso, fille aînée du roi Mswati III, et torturé par la police. Il y a quelques mois, le roi a tenté d'obtenir une ordonnance de la Haute Cour de Mpumalanga contre le journaliste et son média afin de l'empêcher de publier des articles critiques du pouvoir. La décision de la Cour n'a pas encore été rendue. Le rédacteur en chef de Swati Newsweek Eugene Dube a lui aussi été confronté aux pressions exercées contres les journalistes eswatiniens. En avril 2020, il avait subi un violent interrogatoire après avoir critiqué la gestion de la crise sanitaire liée à la pandémie de coronavirus par les autorités. Il vit caché depuis.

Face à cette répression grandissante, le journaliste et président du Conseil d'administration régional de l'Institut des Médias d'Afrique Australe (MISA) Golden Maunganidze a adressé le 9 juin dernier un courrier officiel au roi Mswati III, où il exprime sa préoccupation vis-à-vis de la situation de la liberté de la presse dans le pays. Il y implore par ailleurs le roi de laisser les reporters Zweli Martin Dlamini et Eugene Dube rentrer en Eswatini en sécurité. La lettre est restée sans réponse.

L'Eswatini occupe actuellement la 141e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2021.

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