Cote d'Ivoire: 22ème anniversaire du quotidien « Le Patriote » - Hamed Bakayoko : Merci l'Etoile d'Etat !

C'est un philosophe français, Samuel Ferdinand-Lop, qui parlait ainsi du Destin : «Il commande aux hommes, on ne peut que subir sa loi. ».

Le 10 mars 2021, un jour de sombre et terrible mémoire, le Destin imposait sa loi, implacable et scélérate, aux Ivoiriens en emportant l'un de ses plus valeureux fils : Hamed Bakayoko.

Celui qui était alors, depuis seulement quelques huit mois, le Premier ministre, chef du Gouvernement, ministre de la Défense de la Côte d'Ivoire, était brusquement arraché à l'affection des siens et de millions de compatriotes, d'abord interloqués par la soudaineté de la nouvelle puis transis par la douleur sans nom qu'elle provoqua en chacun d'eux.

« La grande faucheuse » venait ainsi d'obéir à cette puissance extérieure à la volonté humaine, qui fixe de façon irrévocable, et malheureusement parfois inconsidérée, le cours des événements qui régissent notre existence. Oui, Hamed Bakayoko, fatalement selon donc cette loi du Destin, s'en est allé au royaume des cieux, plongeant du coup tout un peuple - les habitants de sa chère Côte d'Ivoire qui l'a vu naitre voilà 56 ans, mais au-delà ceux de tout un continent africain encore inconsolables - dans un désarroi total.

Le témoignage de l'hystérie collective, des scènes de détresse et de la grande souffrance nationale et internationale que causèrent cette disparition et les moments d'émotion intense vécus par les uns et les autres lors de l'ultime séparation d'avec l'icône ivoirienne, sont encore vivaces dans les consciences.

Comment en aurait-il été autrement quand on sait que Hambak a tiré sa révérence en laissant à la postérité des traces indélébiles, inaltérables voire éternelles, dans la mémoire (mais aussi dans la vie) des Ivoiriens et plus généralement de ses contemporains ? Des traces d'un homme qui a su partir de presque rien pour se hisser au zénith de l'échelle sociale.

Des traces d'un self-made-man qui a brillé par son sens du devoir, sa force du travail, sa fidélité, sa loyauté, son empathie doublée d'une générosité aujourd'hui reconnue légendaire.

Une pépite d'or Oui, le bien nommé « Golden Boy » était pour ainsi dire une pépite d'or pour la Côte d'Ivoire, notamment pour l'un de ses fils les plus dignes, Alassane Ouattara, pour qui il s'est dévoué corps et âme durant plus d'un quart de siècle, et qui le lui a bien rendu ! Car, lorsqu'il crée Le Patriote à l'orée de la décennie 1990, c'est certes pour défendre le PDCI-RDA et son président Félix Houphouët-Boigny qu'une presse de l'opposition n'en finissait plus de brocarder à longueur de parution.

Mais c'est sans doute surtout pour se poser en véritable bouclier contre les adversaires de celui qui, dans son propre camp, s'était vite avéré une épouvante politique aux yeux de certains prétendants au trône présidentiel, qui avaient alors entrepris de mener une guerre sans merci contre le technocrate hors-pair expressément et spécialement dépêché par le « Vieux » pour sortir le pays des eaux de la déroute économique qui le menaçaient.

Un rôle de dernier rempart pour son mentor qu'Hamed Bakayoko a assuré et assumé avec brio et ténacité, parfois au prix de sacrifices personnels. En retour, l'unique Premier ministre d'Houphouët-Boigny ne pouvait qu'investir un important capital de confiance en celui qu'il considérait comme son fils et qui aura ainsi pris part à ses côtés, à tous les combats pour la conquête du pouvoir d'Etat. Et Dieu seul sait combien rudes, parfois cruelles, ont été ces batailles politiques.

La clé de voûte Et quand après cette conquête héroïque du pouvoir, place est faite à son exercice proprement dit, au moment où son « père » prend en main les affaires de l'Etat après une victoire électorale que son adversaire refuse d'accepter, occasionnant la mort de 3000 Ivoiriens, c'est tout naturellement qu'Hamed Bakayoko en devient l'une des chevilles ouvrières, voire la clé de voute.

Car, à lui qui s'était déjà illustré de fort belle manière dans certains gouvernements précédents, notamment au département des NTIC qu'il a su mettre sur orbite, il échoit désormais l'important portefeuille régalien de ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur et de la Sécurité, en avril 2011.

Un poste stratégique et ultrasensible dans un contexte de vide sécuritaire, qu'il occupera sous trois gouvernements - ceux de Jeannot Ahoussou Kouadio, Kablan Duncan et Amadou Gon Coulibaly - jusqu'à 2017 et qui, de l'avis général d'observateurs de notre vie nationale, a été extrêmement déterminant dans la stabilité d'un pays marqué par dix années de partition et une grande insécurité au sortir de la crise postélectorale de 2010-2011.

Son mérite notable : avoir remis de l'ordre dans le pays en faisant chuter l'indice général d'insécurité de l'ordre de 3,8% en janvier 2012 à 1,1% en décembre 2015. Mais aussi, d'avoir fait échec à toutes les tentatives de déstabilisation par les activistes pro-Gbagbo, réfugiés dans les pays limitrophes, qui, régulièrement, lançaient des raids sur les positions des forces armées ivoiriennes.

Et enfin, « but not least », d'avoir organisé des élections sans violences ni incidents, ce qui n'était plus arrivé depuis au moins la disparition du premier président ivoirien. Ultime recours des missions périlleuses Un tel homme-orchestre, véritable forteresse humaine d'une citadelle - la Côte d'Ivoire sous Ouattara - devenue imprenable par ses soins, ont inéluctablement conduit Hamed Bakayoko vers un poste plus décisif : la Défense nationale.

Le chef de l'Etat franchit allègrement le pas en le nommant en juillet 2017, ministre d'Etat, ministre de la Défense. Il lui donne ainsi carte blanche pour la gestion de bon nombre de mutineries au sein de l'armée. Il faut dire que, janvier puis mai de la même année, des bruits de bottes pour le moins assourdissants avaient mis à mal la stabilité du pays.

Plus ou moins maitrisée, l'agitation militaire a fini par se tasser définitivement sous la férule du Golden Boy. C'est que l'homme, tel qu'en lui-même, avait une fois de plus fait opérer sa magie du compromis, mais surtout, comme il l'avait réussi avec l'institution policière, Hambak s'est attelé à redonner aux militaires leur dignité en améliorant considérablement leurs conditions de vie et de travail.

Ce qui a eu pour résultat de resserrer les rangs d'une Grande muette, qui n'a plus jamais autant mérité cette formule. Ce sens du compromis qui lui collait à la peau ne lui avait également jamais fait défaut sur le terrain purement politique. Respecté et apprécié pratiquement de toute la classe politique ivoirienne, Hamed Bakayoko était le bienvenu sous toutes les chapelles partisanes dont les tenants, parfois les plus irréductibles, retenaient de l'homme sa pondération, son sens de l'écoute, sa disponibilité et son engagement à faire avancer les dossiers les plus chauds.

Même dans son propre camp, au sein du Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix, c'est à lui qu'on fait appel, à l'occasion des élections législatives, pour maintenir l'une des deux plus grandes communes populaires du pays, Abobo, dans l'escarcelle du parti au pouvoir.

En octobre 2018 donc, il est élu sans coup férir maire d'Abobo. D'une commune désespérément réputée à la traine du développement socioéconomique de la métropole abidjanaise, voire du pays, Hambak en fait rapidement une destination respectable, où chaque jour sort de terre une infrastructure socioéconomique et où le niveau de vie s'accroit lentement mais sûrement.

Cette double casquette de super ministre et de maire très actif et concret sur le terrain, les Abobolais en sont fiers et le clament partout. Un Premier ministre de devoir Ils seront encore davantage honorés quand leur messie sera nommé, le 30 juillet 2020, Premier ministre en gardant le portefeuille de la Défense.

C'est que, entretemps, une tragique circonstance s'était interposée : le brusque décès, le 8 juillet 2020, du Premier ministre et candidat du RHDP à l'élection présidentielle du 30 octobre 2020, Amadou Gon Coulibaly, tombé à la tâche alors qu'il revenait moins d'une semaine auparavant d'un séjour médical de deux mois en France.

Nommé Premier ministre dans une telle contingence est, il faut en convenir, très difficile pour Hamed Bakayoko. « L'héritage » en est d'autant plus lourd que le contexte de cette nouvelle responsabilité coïncide avec l'un des évènements les plus sensibles en Côte d'Ivoire : l'élection présidentielle.

Entre les activités régaliennes que lui confèrent ses nouvelles charges et cette échéance volatile, Hambak sait - et sans doute le président-candidat du RHDP le lui a signifié - qu'il doit en faire son affaire. «Ma priorité est d'organiser des élections apaisées et sécurisées. J'invite les candidats à faire campagne en respectant les règles du jeu. Il faut que chacun garantisse la sécurité et la liberté de mouvement de tous les candidats », appelle-t-il les protagonistes. Las !

Une opposition radicalisée, qui s'était vautrée dans le confort factice d'un agenda sulfureux alimenté par un opposant en fuite à l'extérieur, n'a rien voulu entendre. Chauffés à blanc par un Henri Konan Bédié plus que jamais rêveur, des jeunes militants, essentiellement issus de quelques supposés bastions de l'opposition, répondant au mot d'ordre de « boycott actif », entreprennent de tout casser pour empêcher le déroulement du scrutin.

Le bilan est lourd : 87 morts ! Pour presque rien, pourrait-on dire, puisque, globalement, le rendez-vous électoral a été un succès. Et la victoire du candidat Ouattara n'a été que plus belle et retentissante. Là encore, il fallait un homme pour éteindre le feu des ressentiments vindicatifs qui couvaient chez les perdants et qui menaçaient le scrutin suivant, les législatives du 6 mars 2021. Hamed Bakayoko réussit à nouveau à ramener l'opposition à la table des négociations pour organiser des élections apaisées, avec la participation de toutes les forces politiques.

Le Patriote : Le référent inextinguible d'HamBak Le souvenir d'un tel homme, d'un tel destin contrarié par cette disparition cruelle que, quatre mois presque après sa disparition, les Ivoiriens continuent de pleurer, ne pouvait être que magnifié par Le Patriote. Ce grand monsieur au grand cœur a été tout pour ce journal. Il l'a créé, il l'a soutenu, il l'a boosté, il l'a poussé, il l'a réconforté, il en a été le porteur d'eau, la boussole, l'âme vivifiante.

Au point où, convenons-en, il a été toujours difficile de dissocier son illustre nom à ce tabloïd, qui reste parmi ceux qui, ces deux dernières décennies, écrivirent les meilleurs pages de l'histoire au quotidien de notre jeune démocratie. Oui, Référent inextinguible d'Hamed Bakayoko, Le Patriote entend le rester. Cela en nous attelant chaque jour que Dieu fait à pérenniser sa mémoire et son œuvre.

Cet hommage que nous rendons à travers ces lignes à « l'Etoile d'Etat » ne sera nullement le dernier. Loin s'en faut. Tous les employés de ce journal ne cesseront jamais d'être reconnaissants à cet homme exceptionnel, qui a donné un sens à leur vie. Ils prieront tous les jours que Dieu fait pour le repos de l'âme de leur bienfaiteur.

Cependant, la page hommage que nous avons initiée dès les lendemains de la disparition de notre « fétiche » sera momentanément retirée, quitte à être reprogrammée quand le besoin se fera sentir. En ce jour anniversaire, le 22ème du genre - Le Patriote, version quotidienne, a été créé le 05 juillet 1999 - nous ne pouvons dire qu'une seule chose : MERCI Patron ! MERCI père ! MERCI pour tout ! Qu'Allah veille sur ton âme !

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