Afrique: Populations marginalisées en détresse : Avec elles, parlons d'elles. Éclairage de Abderahmane WONE

Elles souffrent dans leurs petits coins, loin des projecteurs et des débats supposés les concerner, mais sans leurs voix, sans leur avis. A la troisième personne, d'autres parlent d'elles, disent agir en leur nom. Selon les zones et des agendas, elles peuvent être traitées comme faire-valoir pour des politiciens locaux ou supports de communication dans le marronnier, pour des organisations présumées humanitaires. Femmes, hommes et enfants déplacés ou déportés, ces personnes caressent le rêve toujours renouvelé mais pas (encore) abouti de retour chez elles.

Par milliers, au fil des ans et des circonstances faites d'instabilité quand l'horizon s'assombrit pour les autochtones, des personnes remplissent les prisons, si elles ne noircissent le tableau des victimes de crises pandémiques. Les perspectives s'éloignent, l'avenir s'assombrit quand leur pays d'accueil offre l'hospitalité dans un environnement d'hostilité.

Oubliées dans l'indifférence

Elles végètent dans l'indifférence totale, quand les raisons de penser à eux évoluent en courbe descendante.

Entassées dans les geôles africaines, au demeurant insalubres et à quoi vient s'ajouter le Covid 19, elles sont les victimes de systèmes locaux, nationaux ou international qui les briment, après les avoir créés dans des conflits internes ou sous régionaux, sans fin. Pour elles, il n'existe ni procès équitables, ni prise en charges de leurs dossiers. Des patriotes engagés mais sans ressources autres que des moyens dérisoires de dénonciation, continuent de donner de la voix, sans que jamais ne s'ouvrent de voies pour ces damnées d'une terre qui les condamne à une mort qui, par défaut se transforme en délivrance.

La question est aujourd'hui plus que d'actualité : qui peut s'élever au-dessus des débats de positionnement politiciens, pour parler des populations marginalisées d'Afrique qui souffrent dans un tunnel de pandémie dont le bout fuit devant experts médico-pharmaceutiques et décideurs politiques ?

Qui pour rappeler que les Négro-mauritaniens injustement déportés de leur patrie historique en 1989 et 1990, continuent de croupir dans les camps de réfugiés au Sénégal et au Mali ? Ceux parmi eux qui crurent au plan de rapatriement volontaire, sont devenus des réfugiés dans leur propre pays, grossissant ainsi la liste des victimes du racisme d'Etat érigé en règle en Mauritanie.

Que dire des prisonniers politiques, ceux-là, dont même le Conseil des Droits de l'Homme des Nations-Unies a dit qu'ils étaient arbitrairement détenus ? Leur vie est aujourd'hui en danger, face au Covid 19.

Au Cameroun, Marafa Hamidou Yaya a été récemment hospitalisé à la suite d'une infection due à la pandémie. Il s'en est fallu de peu qu'il ne succombe au coronavirus. N'eussent été les appels indignés de ses concitoyens et amis à travers journaux et médias sociaux, Marafa Hamidou Yaya n'aurait bénéficié d'aucune forme de soin dans sa cellule située dans un camp militaire au cœur de la Capitale, Yaounde.

Le dossier Marafa Hamidou Yaya, nous édifie sur les limites du Conseil des Droits de l'Homme. Il est condamné à 20 ans de réclusion pour une charge aussi grossière que, « complicité intellectuelle » dans un détournement de fonds publics. Une disposition qui n'existe pas dans les lois du pays.

Pour le Groupe de Travail des Nations Unies sur les Arrestations et Détentions arbitraires, Marafa Hamidou Yaya est arbitrairement en prison depuis près de 10 ans. Pourtant, ni ce Conseil, ni le Comité des Droits de l'Homme, ni même les efforts de Michelle Bachelet, Haut-Commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, n'ont réussi à convaincre le Gouvernement Camerounais de remettre en liberté ce Haut dignitaire civil.

Des Marafa Hamidou Yaya se comptent par milliers en Afrique. Ils sont nombreux en Guinée, pays que Alpha Condé a décidé de transformer en prison à ciel ouvert.

C'est notre devoir de nous élever contre les injustices qui sévissent dans notre continent et qui touchent les populations les plus marginalisées. Celles-ci souffrent, continuent de souffrir et en sont arrivées à presque perdre ce qu'il y a de plus important dans la vie : l'espoir.

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