Ethiopie: Au Tigré, le conflit décime les services de santé maternelle et submerge les soignant·e·s

Mme Merhawit (à droite) patiente en compagnie de sa tante à la maternité de Suhul, à Shire. © UNFPA Éthiopie/Paula Seijo

SHIRE, Tigré, Éthiopie - « Lorsque le conflit a éclaté, j'étais enceinte de deux mois. Nous avons dû fuir et marcher pendant des jours sous un soleil de plomb, pour trouver un endroit sûr et nous protéger », raconte Merhawit Gebremedhin, originaire de Dansha dans le Tigré occidental, la région éthiopienne en proie à un conflit armé depuis novembre 2020.

Mme Merhawit était comptable et avait économisé pour donner à son enfant un foyer sûr et aimant, un début prometteur dans la vie. Le conflit a dévasté la ville, empêchant tout accès aux services essentiels de santé.

« On ne sait jamais quand la vie va nous jouer un mauvais tour. J'ai abandonné tout ce pour quoi j'avais travaillé dur juste pour sauver ma vie et celle de mon bébé. C'est tout ce que je possède », dit-elle à l'UNFPA, montrant du doigt quelques affaires dans un sac.

Aujourd'hui, cette femme de 23 ans vit avec son mari dans une école de la ville de Shire. C'est l'un des nombreux refuges temporaires mis en place pour héberger les personnes et les familles déplacées par la crise. Sur toute la région du Tigré, on estime que ce sont 1 918 220 personnes qui ont été déplacées à l'intérieur de leur propre pays, vivant dans des centres surpeuplés et insalubres, notamment des écoles et des églises.

Son accouchement pouvant désormais se déclencher à tout moment, une seule pensée préoccupe Mme Merhawit : que va devenir son enfant ?

« Je pense à ma situation jour et nuit. Comment vais-je pouvoir faire vivre mon enfant alors que je n'ai aucun revenu et que je vis dans des conditions éprouvantes ? »

La santé maternelle en danger

Près de huit mois de conflit ont entraîné des conséquences terribles sur les structures de santé de la région. Aujourd'hui, seules 59 % d'entre elles fonctionnent, et 4 seulement sont en mesure de pratiquer des opérations chirurgicales pour les femmes enceintes souffrant de complications, comme les césariennes, les transfusions sanguines ou d'autres soins obstétriques d'urgence.

« J'avais très peur d'accoucher à Dansha. Et si je tombais malade, ou qu'il fallait m'opérer ? Qu'est-ce que j'aurais fait dans ce cas ? » se souvient Mme Merhawit.

De nombreux établissements de santé ont subi de lourds dommages au niveau des infrastructures, et d'autre ont été pillés pour leurs produits et leur équipement médical.

« Avant le conflit, il y avait cinq hôpitaux de soins primaires, et tous se sont effondrés », explique le Dr Berhane Tesfay, directeur médical de l'hôpital Suhul à Shire. Ceux qui sont encore opérationnels, comme Suhul, sont submergés. « Nous sommes saturés. La demande de services est effarante, particulièrement dans le domaine de la santé maternelle. »

« Nous sommes passés de 260 à 600 accouchements par mois. Les complications ont doublé. Nos césariennes sont passées de deux à quatre ou cinq par jour depuis le début du conflit », ajoute Berhe Weldu, sage-femme de l'UNFPA, qui travaille à l'hôpital Suhul.

Beaucoup de ses patientes sont comme Mme Merhawit : des femmes enceintes qui ont entrepris de longs et dangereux voyages pour trouver des soins. Pour celles qui souffrent de complications, les risques sont très graves.

« Nous sommes en train de perdre tout ce que nous avions gagné dans la réduction de la mortalité maternelle. Dans cet hôpital, nous sommes passés de six femmes décédées par an à 15 en seulement sept mois de conflit. Nous ignorons combien sont mortes chez elles ou en tentant de se rendre dans un centre de santé », déplore le Dr Berhane.

Permettre à nouveau de sauver des vies

En plus de l'hôpital Suhul, l'UNFPA soutient 38 structures dans tout le Tigré. Chacune d'entre elles est en grande difficulté.

« Nous accomplissons chaque jour l'impossible pour faire en sorte que les services soient disponibles et sauvent des vies », explique M. Berhe, l'un des 20 sages-femmes déployé·e·s par l'UNFPA jusqu'à présent.

L'UNFPA doit en déployer 60 de plus et prévoit également d'augmenter le volume de produits et équipements médicaux qu'elle fournit. Sept foyers d'hébergement pré-accouchement, qui offrent aux femmes enceintes le gîte et le couvert à proximité d'une structure de santé, et sept équipes mobiles de santé sont actuellement mis en place pour répondre aux besoins en matière de santé sexuelle et reproductive dans la région.

Les soignant·e·s n'ont pas perdu espoir. Lançant un bref regard à Mme Merhawit, M. Berhe déclare : « chaque fois que je peux sauver une vie ou aider quelqu'un comme Mme Merhawit, je suis fier de ce que je fais. Nous ne cesserons pas nos efforts avant que chaque accouchement soit à nouveau sûr au Tigré. »

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