Ethiopie: Taytu Betul - L'impératrice stratégique de l'Ethiopie

15 Juillet 2021

Taytu Betul, épouse de l'empereur éthiopien Ménélik II, a contribué à la défaite des impérialistes italiens.

Taytu Betul fût une femme, noble éthiopienne, qui, avec son mari, l'empereur Ménélik II, a régné sur l'Éthiopie de 1889 à 1913. On se souvient d'elle pour sa résistance et sa victoire contre les forces coloniales italiennes et pour son pouvoir politique à la cour royale. C'est elle qui a choisi l'actuelle capitale de l'Éthiopie et l'a nommée Addis-Abeba.

Issue d'une famille noble

Taytu Betul est née dans une famille aristocratique influente liée à la dynastie des Salomon vers 1840 ou 1851, selon les sources, à Debre Tabor, non loin du lac Tana. Elle a été mariée pour la première fois à l'âge de dix ans, ce qui n'est pas inhabituel pour une fille noble à cette époque. Elle aurait eu une série de mariages malheureux et aurait finalement épousé son cinquième mari, le roi de Shewa, qui deviendra plus tard l'empereur Ménélik II. Au moment de leur mariage, elle avait déjà accumulé une certaine quantité de richesses et de propriétés.

Une femme impliquée

Le mariage de Taytu Betul et de Ménélik était aussi une union politique puissante, car les deux parties ont mis sur la table des alliances dans le nord et le sud de l'Éthiopie. Une fois devenus empereur et impératrice, Taytu Betul et Ménélik ont forgé davantage d'allégeances avec les différents dirigeants de la région, en partie par des prouesses politiques et en partie par la force militaire.

Ainsi, Taytu Betul ne voulait pas seulement être la femme de l'empereur, elle était aussi impliquée dans la plupart des décisions politiques, de la diplomatie et des campagnes militaires. Les historiens disent qu'elle était considérée comme l'égale de Menelik et qu'elle adoptait souvent une position plus dure que son mari sur certaines questions.

Le traité italien

Taytu Betul est aussi connue pour son rôle de premier plan dans la guerre contre l'Italie qui a culminé avec la bataille d'Adwa. Elle a mobilisé 5.000 fantassins et 600 cavaliers dans la lutte contre les Italiens qui tentaient de coloniser l'Éthiopie. Taytu s'est aussi opposée avec véhémence aux accords avec l'Italie et au traité de Wuchale, qui faisait effectivement de l'Ethiopie un protectorat italien sur le papier.

Lorsque Menelik et Taytu se sont finalement lancés dans la bataille contre les Italiens, Taytu a joué un rôle crucial dans la stratégie et la conduite de ses troupes sur le front. Elle a remporté une victoire importante dans un fort construit par les Italiens à Mekelle, où elle les a vaincus en coupant leur approvisionnement en eau.

Un parcours extraordinaire

L'Éthiopie avait eu son lot de femmes puissantes, mères ou épouses de dirigeants, et de nombreuses femmes se sont jointes aux campagnes militaires, souvent pour soutenir les armées en faisant de la cuisine, du ménage ou du soutien moral. Il était moins fréquent que les femmes commandent des troupes entières comme le faisait Taytu. Dans certaines représentations artistiques de la bataille d'Adwa, on la voit au milieu de combats acharnés, même s'il n'y a cependant aucune preuve prouvant qu'elle ait pris les armes elle-même. Elle savait lire et écrire, ce qui la rendait unique. Taytu aimait aussi jouer aux échecs, écouter de la musique et même jouer de la Begena à cordes.

La mort de Ménélik

En 1909, Ménélik est victime d'une attaque cérébrale et Taytu prend alors en charge une grande partie du travail politique, dirigeant elle-même le pays. Mais ses rivaux de la famille royale feront ensuite pression sur elle pour qu'elle abandonne le pouvoir. Certains historiens pensent qu'elle était devenue trop puissante au goût de beaucoup.

À la mort de Ménélik en 1913, Taytu est finalement chassée du palais principal et son influence politique s'estompe, avant sa mort en 1917.

Une vie bien documentée

L'histoire et le parcours de Taytu Betul est connue grâce, à la fois aux traditions orales, ainsi que par des documents écrits et visuels. Des gens à la cour éthiopienne, des diplomates étrangers, des prisonniers de guerre italiens et même des lettres de Taytu elle-même la décrivent en détail. Un ingénieur suisse, Alfred Ilg, qui a travaillé pour l'empereur et l'impératrice, a également documenté le couple grâce à des photographies qui nous donnent un aperçu de la vie au palais.

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Les professeurs Doulaye Konaté, Christopher Ogbogbo et Lily Mafela ont contribué à la réalisation de ce récit qui fait partie de la série "Racines d'Afrique". Une série de la Deutsche Welle, en coopération avec la fondation Gerda Henkel.

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