Bénin: Joël Aïvo devant la justice béninoise - Ça commence à faire trop

analyse

C'est un procès emblématique, s'il en est, qui s'est ouvert hier à Porto Novo, la capitale administrative du Bénin. Joël Aïvo, l'un des candidats recalés de la dernière présidentielle, répond devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) des accusations d'« atteinte à la sureté de l'Etat et blanchiment de capitaux». Il avait été arrêté, on se rappelle, le 15 avril 2021, 4 jours après l'élection présidentielle controversée qui a vu la victoire de Patrice Talon pour un deuxième mandat à la tête du Bénin.

Joël Aïvo, constitutionnaliste de haut vol reconnu au Bénin et par ses pairs de la sous-région, avait vu sa candidature rejetée à la dernière présidentielle à cause de l'origine jugée douteuse de la caution financière, 50 millions de FCFA, payée à l'époque. 4 jours après le scrutin, il était arrêté en pleine rue et emprisonné depuis lors. Universitaire renommé, Joël Aïvo passe pour être un opposant déterminé du président Patrice Talon dont il a vivement critiqué la gouvernance avant et après la présidentielle d'avril dernier.

Au premier jour de l'audience, ses avocats, une bonne demi-douzaine venue du barreau du Bénin et d'autres pays de la sous-région, ont tenté de dénoncer des vices de procédure, l'absence de faits matériels qui corroborent les chefs d'accusation qui pèsent contre lui et les mauvaises conditions de détention dont est victime Joël Aïvo. Ces arguments n'ont pas prospéré devant le tribunal, et ce procès, qui ressemble à un acharnement politique contre un opposant, un de plus, un de trop, illustre parfaitement la volonté du président Patrice Talon de broyer ses contestataires par la machine judiciaire.

Dans cette politique de musèlement de ses opposants, la CRIET est un tribunal tristement spécial, une massue judiciaire qui concasse ses adversaires les plus en vue. Jugez-en vous-même ! Avant Joël Aïvo, qui se démène encore dans la nasse de la CRIET, on peut inscrire sur la liste de ses victimes les opposants suivants: Dramane Bio, Mahamadou Tidjani, qui croupissent en prison pour « association de malfaiteurs et terrorisme » ; MmeReckya Madougou, également embastillée pour « association de malfaiteurs et financement du terrorisme » ; Sébastian Adjavon, condamné à 20 ans de prison par contumace pour « blanchiment d'argent et trafic de drogues ». Et on en oublie, notamment le menu fretin des partis de l'opposition béninoise qui sont dans les fers des geôles pour avoir participé, qui à une manifestation, qui à un attroupement interdit.

Qui eût cru le Bénin, jadis vitrine de la démocratie en Afrique de l'Ouest, capable d'une si grande régression en matière de liberté d'association et d'opinion ? Qu'elle est loin l'époque de la conférence nationale souveraine béninoise (1991) qui avait balisé la voie à la destruction du monolithisme politique dans la sous-région ! 30 ans après, Patrice Talon rame ouvertement à contre-courant des lois qui promeuvent l'expression d'opinions plurielles. Jusqu'où iront sa folie des réformes et cette chasse aux opposants ?

Une question dont la réponse permettrait de voir clair dans les ambitions politiques du président Talon : se défriche-t-il le terrain d'une présidence à vie ? Quoiqu'il en soit, acquitté ou condamné, Joël Aïvo devant la CRIET, c'est un procès politique de trop au Bénin.

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