Ethiopie: Les autorités suspendent un média réputé, dans un climat tendu

En Éthiopie, l'autorité de régulation des médias a annulé jeudi la licence du Addis Standard, l'une des dernières publications indépendantes du pays, dans un contexte de plus en plus répressif dans la capitale, aussi bien pour les journalistes couvrant la guerre que pour les civils d'origine tigréenne.

L'autorité de régulation des médias reproche au Addis Standard d'avoir utilisé l'appellation « forces de défense tigréennes » pour qualifier la rébellion qui a repris Mekele il y a deux semaines.

La suspension du Addis Standard est un coup sévère. Ce site d'information respecté était l'un des mieux sourcés du paysage médiatique éthiopien, avec un suivi équilibré des procès d'opposants, de la situation sur les lignes de front ou des évolutions de la société éthiopienne plus généralement.

La pression est donc plus forte désormais sur les autres organes de presse encore en activité et sur les correspondants de la presse étrangère, puisque l'autorité de régulation des médias a prévenu, dans son communiqué d'explication de la suspension du Addis Standard : « Avec la liberté, dit-elle, vient la responsabilité et la nécessité de rendre des comptes ». Elle a reproché au Addis Standard d'avoir « défendu l'agenda d'un groupe terroriste », rien de moins.

Lourd climat

Ce geste soudain rajoute de la tension à un climat déjà lourd. Amnesty International ce matin a publié un rapport détaillé sur les arrestations de civils tigréens qui se sont multipliées depuis la prise de Mekele, le 28 juin. Selon d'anciens détenus, les commissariats sont « plein de gens parlant le tigrinya » et les autorités ont ordonné des « rafles massives » de Tigréens, dans la rue ou sur leur lieu de travail. Déjà le 30 juin, une douzaine de journalistes tigréens avaient été arrêtés. Ils n'ont été encore ni inculpés ni présentés à un tribunal.

Le même jour, la Commission éthiopienne des droits de l'homme, organisme public, a confirmé avoir obtenu les mêmes informations et appelé le gouvernement à « libérer d'urgence toutes les personnes détenues sans base légale suffisante ». Elle a également évoqué spécifiquement trois assassinats de Tigréens dans la région de l'Amhara.

Pour ce qui est de l'autre côté de la ligne de front, elle a également dénoncé les meurtres et les enlèvements de personnes accusées d'être des opposants à la rébellion tigréenne dans les territoires repris à l'armée, notamment des réfugiés érythréens, ainsi que des déplacements de population.

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