Afrique: Discours du Directeur général de l'OMS à la Réunion régionale du Sommet mondial de la Santé, Afrique 2021

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Kampala, Ouganda, Alliance M8

Monsieur le Président Yoweri Kaguta Museveni,

Madame la Première Dame Janet Kataaha Museveni,

Madame la Ministre Jane Ruth Aceng,

Monsieur le Ministre Diosdado Vicente Nsue Milang,

Professeur Barnabas Nawange, Vice-Chancelier de l'Université Makerere,

Professeur Charles Ibingira, Directeur de l'Université Makerere,

Professeur Axel Pries, Président du Sommet mondial et de l'Alliance M8

Madame Matshidiso Moeti, Directrice régionale de l'OMS pour l'Afrique,

Mesdames et Messieurs les membres du personnel de l'Université Makerere,

Excellences, chers invités, chers collègues et amis,

Je tiens tout particulièrement à remercier la République de l'Ouganda d'accueillir cette réunion régionale du Sommet mondial de la santé et de me faire l'honneur de m'inviter à m'entretenir avec vous aujourd'hui.

À l'échelle mondiale, le nombre du nouveaux cas de COVID-19 signalés diminue depuis maintenant huit semaines consécutives, et le nombre de décès, depuis sept semaines consécutives.

On ne peut que s'en réjouir, mais à l'échelle mondiale, le nombre de nouvelles infections et de décès reste préoccupant.

Comme vous le savez, les pays à revenu élevé ont pu vacciner une grande partie de leur population et ont commencé à assouplir les mesures sociales et de santé publique.

En revanche, la plupart des pays à faible revenu n'ont toujours pas assez de vaccins pour couvrir leurs populations les plus vulnérables et les plus à risque, sans parler du reste de la population.

Nous sommes donc confrontés à une pandémie à deux vitesses, entretenue par les inégalités, comme l'a dit le professeur Pries.

Il y a un clivage entre les nantis et les démunis.

L'Afrique ne doit être laissée pour compte.

Sur tout le continent africain, le nombre de cas de COVID-19 et de cas graves augmente de façon extrêmement inquiétante. La troisième vague gagne rapidement du terrain et frappe durement.

Le nombre de cas et de décès en Afrique a augmenté de près de 40 % au cours de la semaine dernière, et dans certains pays, le nombre de décès a triplé ou quadruplé.

L'épidémie réapparaît dans 12 pays africains et progresse dans beaucoup d'autres, sous l'effet cumulé de la lassitude du public, de la mixité sociale, de l'inefficacité avec laquelle sont appliquées les mesures sociales et de santé publique, de la répartition inéquitable des vaccins et de la propagation de nouveaux variants.

Les conséquences de la COVID-19 vont au-delà de la maladie elle-même. Presque tous les pays de notre continent font état de perturbations des services de santé essentiels.

Avec le soutien du Dispositif pour accélérer l'accès aux outils de lutte contre la COVID-19 et du COVAX, 47 pays du continent africain ont commencé à vacciner. Cependant, les quantités de vaccins sont loin d'être suffisantes.

Jusqu'à présent, l'Afrique a administré un peu plus de 45 millions de doses, soit 1,6 % du total mondial. C'est dramatiquement peu.

Par l'intermédiaire de l'équipe spéciale du COVAX chargée de la question de la fabrication des vaccins et du groupe de travail sur la fabrication des vaccins du Conseil de facilitation de l'accélérateur ACT, l'OMS travaille jour après jour pour accroître d'urgence la production et parvenir à une répartition plus équitable des vaccins.

L'OMS collabore également avec l'Union africaine et les CDC d'Afrique à la création d'une agence africaine des médicaments, afin de mettre en place un organisme de réglementation solide pour l'Afrique.

Plus que toute autre chose, la pandémie a montré que la santé n'était pas un luxe ou simplement un résultat du développement. C'est un droit de l'homme et une condition préalable du développement et de la stabilité sur les plans social et économique.

Étant donné que les progrès concernant les maladies non transmissibles sont également au point mort, en particulier dans les pays à faible revenu, l'OMS est en train d'élaborer une feuille de route pour 2023-2030 en vue de renforcer la lutte contre les maladies non transmissibles.

L'Afrique fait face à une autre difficulté, qui est aussi une chance : elle est le continent le plus jeune du monde, avec près de 60 % de la population âgée de moins de 25 ans.

Il est donc essentiel que les jeunes participent à l'édification d'un avenir sain.

Les investissements consacrés à la santé et au bien-être des jeunes sont le socle sur lequel reposent des communautés pacifiques et prospères.

Pour terminer, permettez-moi d'insister sur trois domaines prioritaires :

Tout d'abord, l'équité en matière de vaccins, qui suppose de partager les vaccins dès maintenant et d'investir dans la production locale.

Si les pays mettent immédiatement des doses à la disposition du COVAX et si les fabricants donnent la priorité aux commandes du COVAX, nous pouvons vacciner au moins 10 % de la population de chaque pays d'ici septembre prochain, et au moins 40 % d'ici la fin de l'année.

Les doses doivent être immédiatement mises à disposition pour combler un déficit urgent : nous avons besoin de 250 millions de doses supplémentaires d'ici septembre, dont 100 millions en juin et juillet.

L'équité en matière de vaccins est le meilleur moyen de maîtriser la pandémie et de relancer l'économie mondiale.

Le partage du savoir-faire, de la technologie et des licences, et la suspension des droits de propriété intellectuelle sont également des impératifs. L'Afrique devrait plaider pour la suspension des droits de propriété intellectuelle.

La pandémie a montré que l'Afrique ne pouvait pas compter uniquement sur les importations de vaccins en provenance du reste du monde.

Nous devons renforcer ses capacités par la fabrication locale et régionale, non seulement de vaccins contre la COVID-19, mais aussi d'autres vaccins et produits médicaux.

Deuxièmement, la prévention.

Les vaccins seuls ne permettront pas de mettre fin à cette pandémie. Les mesures de santé publique qui ont été le fondement de la stratégie du continent africain doivent rester à la base de la riposte.

Ces mesures de santé publique étaient, jusqu'à une date récente, le point fort de l'Afrique.

Elles supposent une surveillance renforcée, plus de tests de dépistage, une recherche minutieuse des contacts, une quarantaine accompagnée et des soins prodigués avec compassion.

Elles supposent aussi d'inciter les communautés à continuer de prendre les précautions individuelles qu'on sait être efficaces et de leur en donner les moyens : respecter la distanciation physique, éviter les foules, porter un masque, se laver les mains et ouvrir les fenêtres.

Et troisièmement, la préparation.

Nous devons tous retenir les leçons que la pandémie nous enseigne et faire tout ce qui est en notre pouvoir pour nous préparer aux futures épidémies et pandémies, les prévenir, les détecter et y réagir rapidement.

La sécurité sanitaire mondiale passe par la sécurité sanitaire locale.

Lors de la récente Assemblée mondiale de la Santé, les États Membres de l'OMS sont convenus de tenir une session extraordinaire de l'Assemblée de la Santé en novembre prochain pour étudier l'idée d'un traité sur les pandémies.

Un traité favoriserait un plus large partage, la confiance et la responsabilisation, et aiderait à renforcer les capacités nationales, régionales et mondiales nécessaires pour assurer la sécurité sanitaire mondiale.

Nous espérons qu'un tel traité recueillerait les suffrages des pays africains.

Enfin, je voudrais ajouter que la couverture sanitaire universelle, fondée sur des soins de santé primaires solides, est au cœur de tous les efforts que nous faisons pour soutenir les pays et qu'elle est le pilier de la stabilité sociale, économique et politique.

Monsieur le Président Museveni, merci beaucoup d'honorer cette réunion de votre présence. Je vous remercie infiniment pour votre esprit d'initiative.

Asante sana.

Je vous remercie.

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