Afrique de l'Ouest: Tentative de rapprochement entre Conakry et Bissau - La quasi impossible mission de Tshisekedi

18 Juillet 2021

Le président de la RDC et de l'Union africaine (UA), Félix Tshisekedi, a respectivement séjourné au Ghana, en Guinée Conakry et en Guinée-Bissau. L'on peut s'arrêter sur son séjour dans les deux Guinée pour la raison principale suivante. Les relations entre les présidents de ces deux pays, c'est-à-dire Alpha Condé et Umaro Sissoco Embalo, sont, on ne peut plus, exécrables.

Au-delà donc de la visite de travail et d'amitié que le président congolais a effectuée dans les deux Guinée, il ne fait pas de doute qu'il ait mis à contribution ses bonnes relations avec ses homologues guinéen et bissau-guinéen, pour tenter de rapprocher Conakry et Bissau. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le président est dans son rôle.

Car, n'oublions pas qu'il est le président en exercice de l'UA. Et depuis qu'il a accédé à la tête de cette institution en février dernier, il s'est publiquement engagé à s'investir dans la résolution des conflits et des tensions qui mettent à mal le continent. C'est fort de cet engagement qu'il a offert ses bons offices à l'Ethiopie, à l'Egypte et au Soudan pour résoudre la forte tension qui existe entre l'Ethiopie et ces deux derniers pays à propos du mega-barrage construit par Addis-Abeba et dont le Caire et Khartoum jugent qu'il porte atteinte à leurs intérêts.

Entre Condé et Embalo, la guerre est ouverte depuis longtemps

Bien sûr, le président congolais n'a pas pu parvenir à ses fins dans cette tentative de médiation. Mais l'histoire retiendra qu'il aura tout fait pour que cette crise soit résolue par l'Afrique. Et c'est tout à son honneur. Dans le même registre, l'on peut noter ses tentatives de normaliser les relations de son pays avec le voisin rwandais et plus récemment avec le Burundi. Depuis donc que Tshisekedi est aux affaires de son pays et de l'UA, il mène une diplomatie tous azimuts allant dans le sens de l'apaisement des foyers de tension auxquels le continent est en proie. Il est donc logique qu'il s'invite dans les profonds différends qui existent entre ses amis Condé et Embalo afin de les résorber. Mais quelles sont ses chances de parvenir à un rapprochement véritable entre Conakry et Bissau ?

Peut-on s'interroger. L'on peut prendre le risque de répondre par ceci : aucune. Et pour cause. Entre Condé et Embalo, la guerre est ouverte depuis longtemps. Et dans cette animosité entre les deux hommes, aucun d'eux ne fait le moindre effort pour se rapprocher l'un de l'autre. En tout cas, le Bissau-Guinéen est formel. En effet, dans une interview accordée à Jeune Afrique, en janvier 2020, il avait déclaré « ne pas chercher l'apaisement » avec Condé.

En tout cas, cette interview a révélé un président qui a la rancune tenace contre le président guinéen. Et il est prêt à croiser le fer contre lui pour non seulement avoir tout fait pour empêcher son avènement à la tête de la Guinée-Bissau, mais aussi pour avoir humilié son pays quand Alpha Condé était médiateur de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) dans la crise de la Guinée-Bissau.

Après le départ de l'étranger, on ressortira les couteaux de leur fourreau

Et que dire des déclarations de l'homme sur la question « des troisièmes mandats » ? Sur le sujet, on le sait, Embalo est également formel et sans équivoque. Le troisième mandat, à ses yeux, est une forme de coup d'Etat. De ce fait, il a invité la CEDEAO à sévir aussi contre les auteurs des « troisièmes mandats ».

Ce genre de propos démangent au plus haut point, Alpha Condé. Et l'on sait pourquoi. En plus de cela, l'on sait, de manière générale, qu'Apha Condé n'est pas un homme ouvert aux critiques. Surtout quand celles-ci émanent d'un « enfant », entendez par-là, Umaro Sissoco Embalo. Et même ceux qui sont nettement plus âgés que ce dernier, n'osent pas critiquer Alpha Condé.

Et son ego, dont tout le monde s'accorde à dire qu'il est surdimensionné, ne lui permet pas de présenter ses excuses à quelqu'un qu'il a offensé, comme l'exige Umaro Sissoco Embalo. L'autre grief que Embalo formule contre son homologue de la Guinée Conakry, est son attitude condescendante envers sa personne. C'est pourquoi il refuse de percevoir Alpha Condé comme son père.

Pour toutes ces raisons invoquées, l'on peut se permettre de dire que la mission de Félix Tshisekedi dans les deux Guinée, est quasi impossible. Certes, Alpha Condé et Umaro Embalo l'écouteront. Car, l'hospitalité africaine interdit qu'on éconduise un étranger. Mais après le départ de l'étranger, on ressortira les couteaux de leur fourreau. Tout porte à croire que c'est le scénario auquel on assistera dès le départ de Félix Tshisekedi. D'ailleurs, l'on peut faire observer que ce n'est pas la première mission du genre. La première avait été conduite par Denis Sassou Nguesso. Mais elle fut couronnée par un échec retentissant.

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