Burkina Faso: Un débat vieux comme la décolonisation

18 Juillet 2021

A quelques deux semaines du 61e anniversaire de l'accession de notre pays à la souveraineté internationale, alors que la patrie est confrontée, entre autres, à l'hydre terroriste, il nous remonte à l'esprit ces petites phrases du président Roch Marc Christian Kaboré face à la barbarie. « Le Burkina va plier, mais ne rompra jamais », ou « nous ne cèderons aucun pouce de notre territoire, dussions-nous en mourir », résument en réalité notre devise nationale : «La patrie ou la mort, nous vaincrons ».

Ces déclarations appellent chaque Burkinabè à joindre son pied à ceux de ses concitoyens dans la calebasse de la cause commune ou se joue la danse warba, pour qu'ensemble, nous donnions du sens au dicton populaire : « Nous n'héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l'empruntons à nos enfants ».

Lorsque le président français, Emmanuel Macron, au cours de la conférence d'après sommet virtuel du 9 juillet 2021, semble s'offusquer du fait que les Forces de défense et de sécurité (FDS) du Burkina Faso mènent le combat de la liberté, de la libération de leur pays, par leur propre soin, elles s'inscrivent dans une lignée séculaire et remet au goût du jour un débat aussi vieux que l'épisode de la décolonisation de l'ancienne colonie française.

Contrairement aux autres pays de l'AOF, la Haute-Volta, nouvellement indépendante du président Maurice Yaméogo en 1960, a tenu tête au ministre de la Coopération, Jean Foyer, refusant le principe du maintien de bases militaires françaises sur son territoire et demandant le transfert de ses soldats servant dans l'armée coloniale.

Le pays n'a donc accepté, malgré les clameurs d'une certaine opinion dénonçant « un geste inamical, de prétention ou d'imprudence », que « les accords de coopération technique et d'assistance militaire » signés le 21 avril 1961. Le délai de six mois à un an demandé par l'armée française pour partir n'avait pas été accordé...

L'armée nationale reconstruite sur les cendres des mobilisés de la guerre 1939-1945 devrait assumer cette souveraineté de la défense par ses propres fils sous la conduite de valeureux soldats (les capitaines Sangoulé Lamizana, Baba Sy, Moumini Puédraogo, Bila Zagré etc., « avec clairvoyance, perspicacité, bon sens aigu, claire vision de l'avenir » comme l'avait souligné son chef suprême de l'époque.

Depuis lors, ce pays aux moyens limités mais à l'ingéniosité de ses fils dans tous les secteurs de développement « fait » appel à des partenaires, des amis et jamais ne souhaite que quelqu'un se substitue à eux dans leurs domaines de compétence. Ainsi, s'inscrivant dans la lignée de ces patriotes, Roch Marc Christian Kaboré s'est-il engagé et engage ses compatriotes à libérer leur pays avec la conviction de son prédécesseur que « la valeur militaire de nos soldats... l'expression de loyauté dans l'effort de nos officiers et sous-officiers, jointe à ce courage exceptionnel qui caractérise, en général nos hommes à tous les niveaux, ce désir ardent d'assumer pleinement les responsabilités qui habitent chaque Voltaïque... commande à notre pays de prendre les risques nécessaires que présente le départ des bases militaires françaises ».

Cela a coûté cher par moment, d'hier à aujourd'hui. Cela peut souvent donner l'impression que rien ne va. Mais au final, la victoire aura ce goût, cette saveur grandiose d'avoir joué avec honneur, dévouement sa partition. Que les FDS du Burkina sous les instructions de leur chef suprême, par ailleurs ministre de la Défense, ont fait « à plusieurs reprises de limiter les opérations conjointes et de garder les opérations propres sur son sol » n'a rien de surprenant. Ils savent donc que l'histoire ne devra pas être écrite en claironnant que le Burkina Faso a vaincu les terroristes alors que ses fils en armes, étaient dans les lignes arrière.

La guerre étant le fait des Hommes, il est normal qu'il y ait des hauts et des bas. Les bas d'hier surmontés avec fierté, sont devenus des hauts d'aujourd'hui. Est-ce que le Burkina tout modestement ne montre pas la voie, acceptée par tous ces milliers d'Africains dont la voix ne porte pas. En cela, celui qui a écrit « Roch Marc Christian Kaboré : l'insubmersible » a juste « enfoncé une porte ouverte », tant elle décrit l'homme d'Etat. Il est donc établit qu'« il n'y a pas de Barkhane à proprement parlé » sur le sol burkinabè. Et cela devra avoir sur chaque Burkinabè, cette sensation d'une souveraineté affichée, et appeler chacun à quitter les postures « défaitistes ».

Le Burkina recouvrira sa sérénité comme d'autres. « La guerre de cent ans » a commencé un jour, a duré cent ans. Et est finie un jour.

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