Burkina Faso: Eviction de Newton Ahmed Barry - Mouton sacrificiel de la Oumma ?

Si prestation de serment il y a, elle se fera sans Newton Ahmed Barry. C'est en principe aujourd'hui à 10 heures que les nouveaux membres de la CENI (Commission électorale nationale indépendante) prêtent serment devant le Conseil constitutionnel.

Une prestation de serment qui intervient alors que l'institution est traversée par une crise née du renouvellement de ses membres. D'abord, il y a eu le rejet de la désignation du Sao Naaba (représentant de la chefferie coutumière) par le Chef de file de l'opposition politique au motif que ce serait un militant avéré du parti au pouvoir. Et Eddie Komboïgo et ses troupes n'en démordent pas. L'élection d'ailleurs du président et du vice-président de l'institution, qui devait avoir lieu le 16 juillet dernier, n'a pas eu lieu.

C'est à se demander donc quand cette situation va se dénouer, surtout si les cinq représentants de l'opposition continuent de pratiquer la politique de la chaise vide. Et comme si cela ne suffisait pas, voilà que la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB) décide, par une correspondance adressée au ministère de l'Administration territoriale, de retirer sa confiance à celui-là même qu'elle avait désigné préalablement, à savoir Newton Ahmed Barry, remplacé par Adama Kafando. C'est un petit séisme politique qui intervient avec cette décision de la FAIB qui dit tirer les conséquences de la polémique qui a entouré le renouvellement de la présidence de la CENI.

Comme on le sait, c'est sous la candidature de la communauté musulmane que Newton Ahmed Barry avait été élu en 2016 pour présider aux destinées de l'institution chargée de l'organisation des élections au Burkina Faso. Sans doute dans l'espoir de rebeloter, car on imagine que s'il avait de nouveau sollicité l'onction de la Oumma, ce n'était pas pour être rétrogradé comme simple commissaire mais pour conserver son fauteuil.

Finalement, les choses ne se sont pas passées comme il le souhaitait et c'est quelque part un désaveu cinglant pour celui qui n'aura pas eu un mandat de tout repos. On se rappelle que dès le début de son mandat, il a eu maille à partir avec certains commissaires, ce qui met en doute la transparence de sa gestion. Bref, c'était un mandat tumultueux et il souhaitait certainement cinq nouvelles années pour véritablement marquer de son empreinte cette institution.

A présent, la question se pose de savoir quelles sont les raisons profondes de ce désaveu de la FAIB. Newton Ahmed Barry a-t-il été sacrifié sur l'autel de certains enjeux ou a-t-il jeté l'éponge, pressentant qu'il n'aurait pas le soutien nécessaire pour rebeloter et n'ayant pas voulu de ce qu'on peut considérer comme une humiliation ? Toujours est-il que ce sont certainement des pressions multiformes et des tractations souterraines qui ont abouti à la décision de la Fédération.

En réalité, certains pontes du pouvoir et même au-delà ne cachent pas la volonté de débarquer l'ancien journaliste, accusé à tort ou à raison de tous les péchés de la CENI. Finalement, ses adversaires ont eu raison de lui, même s'il faudra bien plus que l'éviction de celui qui est qualifié dans certains milieux de « dur à cuir » pour ramener la sérénité au sein de la CENI. Ne l'oublions pas, la guerre de Sao, si on peut l'appeler ainsi, est toujours pendante et tant que les commissaires de l'opposition boycotteront l'institution, celle-ci ne sera pas en ordre de marche.

Il faut donc espérer que les différents protagonistes parviendront à trouver un terrain d'entente minimum, un modus operandi, pour qu'une crise profonde et durable ne mine pas dès maintenant cette institution.

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