Burkina Faso: Jean Luc Mélenchon au Burkina - Un « Insoumis » au pays de « Sankara le rebelle »

L'élection présidentielle en France, c'est dans moins de 10 mois. Prévue pour le 22 avril 2022, elle fait déjà courir les candidats potentiels les plus en vue : Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean Luc Mélenchon.

Chacune de ces fortes personnalités y va de sa stratégie pour se construire une image d'homme d'Etat sur qui la France peut compter pour son avenir. On a ainsi vu Emmanuel Macron faire le tour des départements stratégiques de l'Hexagone en mai et juin derniers, se prenant même au passage une gifle dans le Sud- Est. Marine Le Pen, pour sa part, a battu le rappel de ses troupes après l'échec de son parti, le Rassemblement national, aux dernières élections partielles dans les départements. Pour ne pas être en reste dans cette course à l'image, Jean Luc Mélenchon voudrait mousser « la France insoumise » au pays de « Sankara le rebelle ».

Sur les berges du Kadiogo, en ce mois bien pluvieux de juillet, il s'immerge dans le symbolisme de la rupture des relations néocoloniales et opaques de la France-Afrique, toujours dénoncées et jamais entièrement remises en cause. Au-delà donc du député de la France Insoumise, c'est bien le candidat à la présidentielle française qui est venu prêcher son évangile d'une nouvelle relation France/Afrique à construire ici et maintenant, ou tout au moins s'il était élu locataire de l'Elysée en avril- mai 2022. On lui souhaite bien des chances dans cette noble ambition, non sans toutefois rappeler que des engagés de la gauche progressiste sur cette déconstruction des relations coupables entre les politiques français et ceux d'Afrique, on en trouve, mais la rupture se fait toujours désirer.

Ainsi, sous François Mitterrand, socialiste bon teint, Jean-Pierre Cot, alors ministre délégué à la Coopération et au Développement, n'avait pu faire bouger les lignes de cette France/Afrique qu'exècrent Mélenchon, les « acteurs de la révolution citoyenne » et les étudiants qu'il va rencontrer pendant son séjour burkinabè. Plus près de nous, Jean-Marie Bokel, Secrétaire d'Etat à la Coopération et à la Francophonie sous Sarkozy, n'y fit pas de vieux os, viré qu'il fut sur l'instigation de feu le président Omar Bongo, pour des propos jugés outrageants au sujet des relations entre la France et l'Afrique subsaharienne. A qui le tour de déchanter dans ce combat à la Don Quichotte contre les relations paternalistes qu'entretient l'ancienne métropole française avec ses ex-colonies du pré carré africain ?

Emmanuel Macron, et avant lui François Hollande puis Nicolas Sarkozy, avait promis une révolution en la matière. Ceux qui les ont crus en ont eu pour leur naïveté, chose qui confirme que les promesses de campagnes électorales n'engagent que ceux qui y croient. Et à Ouagadougou, le champion de la France Insoumise est bien en campagne, venu vendre sa vision d'une relation nouvelle entre la France et l'Afrique. Du mausolée Thomas-Sankara à l'université Joseph Ki-Zerbo en passant par sa rencontre avec les organisations de la société civile, comme le Balai citoyen, Jean-Luc Mélenchon sera dans son biotope idéologique, donc assurément en phase avec ceux qui crient haro sur l'impérialisme et le néocolonialisme français. Il se fera applaudir. La conjoncture s'y prête et bien des Africains en ont gros sur le cœur contre Paris, incapable, disent-ils, de payer convenablement la « dette de sang » dans la pacification du Sahel. Mélenchon va-t-il continuer d'emboucher cette trompette ? Pire, va-t-il réitérer ses accusations de « complot impérialiste contre l'Afrique » à propos de la présence des groupes armés dans des recoins du Sahel ? Quelles propositions le leader de la France Insoumise fera-t-il sur la coopération militaire entre l'Hexagone et les pays du G5 Sahel, d'autant que le président Macron a promis un redimensionnement de l'opération Barkhane ?

En tout cas, si son audience aujourd'hui avec le président de l'Assemblée nationale burkinabè et le président du Faso relève d'une bienséance diplomatique et du politiquement correct, mercredi devant les étudiants, un échantillon de la jeunesse et des intellectuels africains, il sera dans l'offensive de la critique de la politique africaine de Macron et le thème de son exposé s'y prête bien : « Y a-t-il un avenir en commun dans la Francophonie ? ». Mais le présidentiable Mélenchon ne manquera pas non plus l'occasion de présenter ses ambitions de renouveau de la coopération France/Afrique.

Mitterrand avait sonné le glas du monolithisme politique en Afrique avec le discours de la Baule, Sarkozy s'était fourvoyé à Dakar avec sa bourde sur l'Afrique qui n'est pas suffisamment entrée dans l'histoire, Emmanuel Macron a plaidé, toujours à Ouagadougou en novembre 2017, pour un continent d'espérance malgré la menace des extrémismes religieux et promis la fin de la France/Afrique. Que nous proposera l'Insoumis Mélenchon ?

On attend de voir en faisant remarquer que depuis de Gaulle à Brazzaville en 1944, tout ceux qui ambitionnent de diriger un jour la France ou sont déjà aux commandes de son gouvernail s'efforcent de se définir une politique africaine qui, bien souvent, n'est jamais totalement appliquée. A bientôt 69 ans, Jean-Luc Mélenchon, natif du continent à Tanger au Maroc, député de la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône, sera probablement candidat à la présidentielle française pour la 3e fois en 2022. Cette fois-ci sera-t-elle la bonne ? Pas sûr, quand on sait que les 2 premières fois, il n'a pu franchir le premier tour.

Mais qui va loin ménage sa monture. Cette visite de « l'Insoumis Mélenchon » au pays de « Sankara le rebelle » est une mise en jambes pour 2022 avec de forts symboles d'une rupture de l'Etat français en matière de gouvernance ; et pas que dans sa coopération avec l'Afrique. Rendez-vous en avril-mai 2022 pour voir si les fruits tiendront la promesse des fleurs.

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