Maroc: Eric Dupond-Moretti, avocat star, ministre français de la Justice, est désormais inculpé

Les 140 acquittements arrachés font gagner à Dupond-Moretti le surnom d'"Acquittator"

Arrivé en "star" dans un gouvernement français qui en manquait, l'ex-ténor du barreau Eric Dupond-Moretti a amené en politique la fougue de ses plaidoiries, mais s'est fait déborder par des accusations de conflits d'intérêts qui ont "parasité" son action et lui valent une inculpation inédite. "J'aurais pu tranquillement attendre l'heure de la retraite", avait-il reconnu lors de sa prise de fonctions place Vendôme l'été dernier, après sa nomination surprise. "Mais j'ai décidé de m'engager". Un an plus tard, celui qui a fêté ses 60 ans en avril est devenu le premier ministre de la Justice inculpé par la Cour de Justice de la République (CJR), seule juridiction habilitée en France à poursuivre et juger des membres du gouvernement pour des infractions commises dans le cadre de leurs fonctions, et son avenir est incertain. Pourtant, ce novice en politique qui aime répéter qu'il tire sa légitimité de ses "36 ans" passés dans les tribunaux, et d'une connaissance "charnelle" de la justice, avait su trouver ses marques.

A l'Assemblée nationale au début, il s'était fait chahuter par les députés, lui qui avait juré qu'il n'accepterait "jamais" d'être ministre. Depuis, il a défendu devant le Parlement 17 textes, dont son projet à lui, pour la "confiance" dans la justice, adopté en première lecture en mai. Il s'est "pris au jeu", notent plusieurs élus, a retrouvé le franc-parler qui a fait sa réputation dans les prétoires, tout en restant dans les clous imposés par sa fonction. Sa première candidature à une élection, aux régionales de juin où il voulait "chasser" le Rassemblement national (extrême droite) de la région des Hauts-deFrance, s'est en revanche soldée par une sévère dérouillée. Il reste pour autant "un des seuls à savoir répondre directement au RN au sein du gouvernement", note une parlementaire LREM. Avocat médiatique et clivant, habitué des plateaux télé et même des planches de théâtre où il avait commencé à jouer en 2019, Eric Dupond-Moretti était probablement le pénaliste le plus connu du grand public. Il a notamment défendu Patrick Balkany, Jérôme Cahuzac, Abdelkader Merah, Yvan Colonna et la boulangère d'Outreau - l'affaire de viols devenue scandale qui l'a fait connaître. Avec sa "grande gueule", sa carrure et sa voix intimidantes, il a impressionné, rudoyé et fait trembler les Cours d'assises de toute la France. Ses 140 acquittements arrachés lui font gagner un surnom: "Acquittator".

"L'ogre du Nord", de "sang-mêlé" dit-il, est né à Maubeuge (Hauts-deFrance) d'un père métallurgiste décédé lorsqu'il avait quatre ans et d'une mère immigrée italienne et femme de ménage. Père de deux enfants, en couple avec la chanteuse canadienne Isabelle Boulay et maître d'un teckel à poil dur prénommé Jean-Claude, ce gros fumeur et fan de Georges Brassens - un vieux vinyle trône dans son bureau - était plutôt classé à gauche avant son entrée au gouvernement. Il a la réputation d'être râleur. "Il l'est", confirme son ami l'avocat Edouard Martial. Mais il est aussi "chaleureux et très fidèle en amitié". Un an après sa nomination, "le type que je connaissais n'a pas changé", dit Me Martial. Et ses ennuis judiciaires ? "C'est un battant", balaie-t-il.

Les anciens confrères d'Eric Dupond-Moretti avaient plutôt bien accueilli son arrivée, mais certains ont été refroidis par son "retournement de veste" sur la généralisation des cours criminelles - qui jugent certains crimes sans jurés populaires. Lorsqu'il portait la robe, Dupond-Moretti les avait combattues. Chez les magistrats avec qui il n'avait jamais été tendre, sa nomination avait fait l'effet d'un choc. "Une déclaration de guerre", avait dit Céline Parisot, présidente de l'Union syndicale des magistrats. Quelques mois plus tard, ils l'accusaient de profiter de ses fonctions de ministre pour régler des comptes d'avocat, et déposaient la plainte à l'origine de l'enquête de la CJR. "On ne peut pas parler avec quelqu'un comme ça, donc on a arrêté de lui parler", dit Céline Parisot. Et son action de ministre ? "Beaucoup de com'", tacle-t-elle. "Le talent d'un grand avocat c'est de renverser la situation", dit en revanche un ministre. "Il est touché. Mais on aurait tort de s'en passer".

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