Maroc: Les 30-34 ans appelés à tendre le bras à la piquouze de l'espoir

Aller au-delà des réticences

Rendu en partie possible par la réception, en fin de semaine dernière, de 2 millions de doses supplémentaires du vaccin chinois Sinopharm, l'élargissement de la campagne de vaccination aux trentenaires a reçu un accueil mitigé. A l'instar des quarantenaires, et contrairement aux 35-39 ans, les 30-34 ans ne donnent pas l'impression d'être aux anges, et encore moins qu'ils se rueront vers les centres de vaccination.

C'est du moins la tendance qui ressort après avoir sondé certains d'entre eux. Comme par exemple A.S, pour qui, l'absence de recul sur les effets secondaires des vaccins AstraZeneca et Sinopharm, l'inquiète au plus haut point. Il ne compte pas encore prendre un rendez-vous pour l'injection de la première dose, quand bien même il aurait reçu plusieurs appels du pied, par SMS, de la part des autorités sanitaires.

Idem pour T.K. S'il n'est pas contre le principe de vaccination, il est en revanche échaudé par les effets secondaires possibles. Donc il hésite, à la différence de C.A. Ce dernier a un avis tranché sur le sujet. Lui non plus n'est pas contre le principe de vaccination, mais il préfère s'injecter un antidote qui lui permettrait au moins de voyager à l'étranger, et notamment en Union européenne, après deux années de sédentarité à cause de la pandémie du Sars-Cov-2. Pour rappel, sur le Vieux Continent, l'Agence européenne du médicament n'a pas homologué les vaccins Sinopharm et AstraZeneca, pierres angulaires de la campagne de vaccination nationale dans le Royaume.

Autant pour Sinopharm, cette décision est compréhensible, tant la légendaire opacité chinoise et la rétention d'informations dont ils font preuve, sont regardées du coin de l'œil par les pays européens, autant les méfiances de l'Agence européenne du médicament envers AstraZeneca sont pour le moins intrigantes. Selon le communiqué de l'EMA, des différences auraient été constatées entre le vaccin AstraZeneca produit en Inde et celui fabriqué en Europe. «Même s'il utilise une technologie de production analogue à celle du Vaxzevria (le vaccin d'AstraZeneca), le Covishield en tant que tel n'est actuellement pas approuvé par l'UE», a déclaré l'EMA.

Dès lors, les doutes de C.A semblent tout de même légitimes. De plus, il craint sérieusement de devoir s'injecter un autre vaccin, pour avoir la latitude d'accéder à l'espace Schengen. Et il trouve que quatre doses, ça en fait trop pour un seul corps. C'est la raison pour laquelle il préfère jouer la montre, en espérant avoir la possibilité de choisir son vaccin, quitte à le payer. A mille lieues des complotistes, qui sont légion, Y.B est soulagé depuis qu'il a pris rendez-vous. A son sens, la vaccination demeure le meilleur moyen de se protéger du virus, mais aussi de protéger sa famille.

En somme, la méfiance des trentenaires envers la vaccination n'est pas une vue d'esprit. C'est une réalité. Une perception qu'il faudrait changer à grand coup de campagne de sensibilisation. Mais cela ne risque malheureusement pas de convaincre celles et ceux dont le souhait est de voyager pour passer du bon temps de l'autre côté de la Méditerranée. Certes, plusieurs pays européens demandent un test PCR négatif en l'absence d'un pass vaccinal. Mais cette solution n'est viable qu'en cas de motif impérieux. Et aux dernières nouvelles, les vacances n'en font pas partie.

Cela dit, il ne faut pas oublier la vocation première d'une campagne de vaccination, et notamment stopper la propagation du virus et éviter encore plus de morts. A la lumière de la situation sanitaire actuelle, la vaccination massive est plus que jamais souhaitable. On a beau voir le verre à moitié plein, les 2.144 nouveaux cas et les 16 décès enregistrés entre samedi et dimanche, n'augurent rien de bon. D'autant que le taux de positivité atteint des sommets (11,82%). En plus, 505 patients sont désormais hospitalisés en réanimation ou soins intensifs dont 85 nouveaux au cours des dernières 24 heures.

Bref, à défaut de faire l'unanimité, l'élargissement de la campagne de vaccination aux 30-34 ans permettra d'éviter un scénario catastrophe, alimenté par l'hyperactivité et la sociabilité de cette tranche d'âge.

Chady Chaabi

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