Congo-Kinshasa: Oraison funèbre de l'Observatoire des Médias Congolais (OMEC)

19 Juillet 2021

Mesdames et Messieurs, à vos titres et qualités,

Chers confrères,

La série noire se poursuit pour l'OMEC. Si dans un passé très récent, l'OMEC avait pleuré son 1er Vice-Président, Monsieur OGOBANI MASUDI, son Secrétaire technique et Responsable du Pool de monitoring, Papa Jean MBAY KATSHINGU et Secrétaire exécutif, Monsieur Stanis NKUNDIYE ANGALIKYANA, voilà aujourd'hui, c'est le tour de son Président, Polydor MUBOYAYI MUBANGA qui, pourtant lors des obsèques du Président de l'UNPC, feu KASONGA TSHILUNDE, affichait une très bonne mine.

La rencontre de ce samedi 17 juillet 2021 est douloureuse. Douloureuse parce que les larmes de l'OMEC, n'étant pas encore séchées, coulent à nouveau. Hélas!Nous pleurons un être qui a été en tout temps exceptionnel dans la promotion des prescrits éthiques et déontologiques dans nos médias.

D'après la philosophie Bantu à laquelle nous appartenons tous, la fin d'une vie est d'abord une calamité, une triste nouvelle. Elle est un arrachement, une privation qui devrait, en toute circonstance, imposer des comportements et des attitudes empreintes de dignité. Quelles que soient les divergences et les dissensions que l'on aurait pu avoir avec un être, une disparition occasionne un degré de tristesse. Sous nos latitudes, la culture impose que l'on parle rarement du mal d'un homme mort.

MUBOYAYI était un homme avec un caractère stable. Oui, un « Siméon» de la presse congolaise. Le tableau de celui que nous pleurons aujourd'hui est tellement riche qu'il nous fallait beaucoup de temps pour en parler. Malheureusement, il faut s'en tenir au temps nous imparti. Mais ce qu'il faut retenir de cet homme qui nous quitte aujourd'hui, c'est la dimension ontologique de l'être « Polydor» qui, de tout temps et durant son existence sur cette terre des hommes, ne recherchait que le « bien-faire» au sein de la profession journalistique au point de négliger parfois les intérêts de sa propre famille.

Polydor Là où tu te reposes, sens-toi fier d'avoir posé le socle du respect des normes éthiques et déontologiques au sein de la profession journalistique congolaise.

A travers toi, l'OMEC a mené une forte campagne de vulgarisation des outils pédagogiques du Code d'éthique et de déontologie du journaliste congolais, le Guide pratique du journaliste en période électorale, le monitoring en période électorale, etc.) à travers les organes de presse de Kinshasa et des provinces du pays. Une opération porte-à-porte a été initiée dans différentes rédactions.

L'objectif que tu avais cherché à atteindre consistait à responsabiliser, à remettre les professionnels des médias sur les rails de l'éthique et de la déontologie. Le message que tu avais voulu véhiculer n'a été de tout temps que l'invitation de toutes les maisons de presse au respect des règles d'éthique et de déontologie quelle que soit la période.

li en est de même de « la soirée déontologique» organisée à travers la télévision publique et la chaine Antenne A, tu n'as visé rien d'autre que l'intériorisation par les professionnels des médias du contenu des outils pédagogiques. Car, dans un pays post-conflit, les dérives ethniques pouvaient être ravivées à tout moment et surtout à l'occasion du processus électoral. Voilà pourquoi, tu avais estimé qu'il était indispensable pour les journalistes et professionnels des médias de pratiquer leur métier en pleine connaissance des principes fondamentaux qui les encadrent, des techniques de cueillette de l'information et des normes qui régissent le traitement de cette information. En organisant les ateliers de renforcement des capacités en faveur des professionnels des médias, tu n'avais qu'un seul crédo: « le respect des règles éthiques et déontologiques du métier d'informer ». C'est dans cet ordre d'idées que tu avais fait publier une étude très intéressante de l'OMEC intitulée: « l'Audiovisuel public en l'air. Cas de la RDC».

Tu ne t'étais pas arrêté là. Bien au contraire, à plusieurs reprises, en tant que Président de l'Omec et avec le Collectif 24, tu as mené le lobbying au Bureau de la Chambre basse du Parlement en faveur de la loi d'accès à l'information, laquelle loi s'est focalisée autour de ses liens transversaux avec la démocratie, la bonne gouvernance, la paix, la santé, la sécurité, l'éducation, etc.

En outre, en collaboration avec l'UNPC, tu as initié le «Bal de la Presse» à l'occasion de la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse au cours de laquelle tu avais procédé à la remise du prix de l'excellence dit « Prix de la liberté de la presse Lucien TSHIMPUMPU» qui récompensait les journalistes et les organes de presse qui s'étaient distingués sur le plan professionnel au courant de l'année.

Puis, grâce à un financement obtenu de FEI, tu avais innové le volet autorégulation des médias en lançant, avec Altitude Concept, le système Allo OMEC. Un système innovant et performant, intégré et doté d'un portail Web dynamique ayant pour mission la gestion des données nationales, de documentations et des informations provenant des sources variées utilisées par les Institutions d'autorégulation et de régulation sur les abus et les violations du cadre réglementaire congolais dans les médias en RDC.

De ton vivant, tu détestais tous ceux qui violaient intentionnellement les normes éthiques et déontologiques régissant le métier d'informer. Tu avais été en première ligne pour défendre les valeurs éthiques et déontologiques à travers nos médias.

Te voilà aujourd'hui auprès du Père, l'Observatoire des Médias Congolais, OMEC, est fier de toi. Vas en paix Président. Ta disparition n'occasionnera nullement la recrudescence des travers médiatiques, bien au contraire, tes oeuvres resteront gravées dans les annales de la profession.

Oui. Polydor est mort. Mais, sa mort n'entrainera pas l'inertie de l'OMEC grâce aux différentes actions qu'il a initiées en faveur des professionnels des médias et surtout, avec l'appui des partenaires traditionnels. '

Adieu Polydor ! Que la terre de nos ancêtres te soit douce et légère.

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