Tchad: Entre le CMT et le l'Union africaine, trois mois de relation sous tension

Le Président du Conseil militaire de transition, Président de la République, Chef de l’Etat, Général de Corps d’Armée du Tchad MAHAMAT IDRISS DEBY ITNO

Après avoir sanctionné systématiquement tous les pays où il y a eu un coup d'État au cours des dernières années, l'Union africaine avait fait une exception pour le Tchad. Après la prise du pouvoir par le Conseil militaire de transition (CMT) il y a trois mois, le 20 avril dernier, l'UA a mis en avant les circonstances qualifiées d'exceptionnelles qui ont entouré ce coup de force. Mais depuis les relations du CMT avec l'UA restent tendues.

Égypte 2013, Burkina Faso 2014, Soudan 2019 ou encore Mali 2020... L'Union africaine avait jusqu'ici systématiquement sanctionné tous « les changements anticonstitutionnels de gouvernement ». Le 14 mai dernier, elle a pourtant décidé de déroger cette fois à ses principes en faisant le choix de ne pas sanctionner le Tchad après la prise du pouvoir par le Comité militaire de transition.

De bonne source, le président de la Commission de l'UA, le Tchadien Moussa Faki Mahamat, n'est pas étranger à cette dérogation, lui qui était présent de manière continue à Ndjamena, lors des journées décisives, du 19 au 29 avril.

Pour justifier ce traitement de faveur, le Conseil paix et sécurité de l'UA met en avant les circonstances qualifiées d'exceptionnelles qui ont entouré ce coup de force : la mort brutale d'Idriss Déby, le fragile équilibre ethnique dans le pays et son rôle politique et militaire « central » dans le Sahel. C'est ce rôle dans la région qui a valu à la junte un soutien déterminant des pays africains et de la France.

Le Tchad placé sous « haute surveillance »

En échange, l'organisation africaine a décidé de placer le pays sous « haute surveillance » en nommant un Haut représentant chargé de s'assurer que la Charte de transition serait révisée « en urgence », en y incluant notamment le principe de la non-éligibilité des membres de la junte militaire ainsi que le respect d'une transition de 18 mois maximum.

« Aucune forme d'extension de la période de transition (...) ne saurait être acceptable », prévient à ce moment l'UA. Trois mois plus tard, les choses n'ont pas changé et le CMT, qui semble avoir bien en main tous les leviers du pouvoir, n'a pas revu la Charte de transition.

Par ailleurs, le Congolais Basile Ikouébé, nommé début juin à la tête du bureau de liaison de l'UA à Ndjamena n'a pas encore rejoint son poste, et surtout, un bras de fer vient d'être livré entre l'Union africaine et le Tchad après qu'il a rejeté la nomination du sénégalais Ibrahima Fall comme Haut représentant de l'UA. Les deux parties assurent aujourd'hui que le problème a été résolu, sans dire clairement si Ibrahima Fall est maintenu à ce poste ou non.

« L'Union africaine semble paralysée pour le moment alors que le CMT en fait désormais à sa tête », regrette un diplomate africain, en expliquant que « l'erreur monumentale de l'UA a été de ne pas sanctionner la junte militaire tchadienne quand elle a pris le pouvoir par la force ».

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