Tchad: Transition tchadienne - Un acquis et de nombreuses interrogations

Le ministre en charge de la Réconciliation nationale et du dialogue Acheikh Ibn Oumar.

Trois mois après, le Tchad tient toujours debout.

Ce n'était pas un pari gagné d'avance quand le 20 avril le président Idriss Déby Itno mourait au front où il était allé combattre les rebelles du Front pour l'alternance et la concorde au Tchad (FACT), qui menaçaient de marcher sur N'Djamena.

Vu ce qu'il représentait pour le pays pendant les trente ans qu'il a passés au pouvoir, nombreux sont en effet ceux qui craignaient que le pays de François Tombalbaye, pour ne pas dire celui de Toumaï, bascule.

C'était sans compter avec le réflexe de survie du clan politique, militaire et tribal qui a tout de suite fait bloc autour de Mahamat Idriss Déby pour conserver le pouvoir et surtout tous les avantages matériels qui vont avec.

La peur du chaos était telle que l'Union africaine a condamné du bout des lèvres ce qui était une succession inconditionnelle, pour ne pas dire un coup d'Etat franc et de la France, qui a mis tout son poids politique, diplomatique et militaire dans la balance successorale.

La place du Tchad dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, à travers surtout son soutien à l'opération Barkhane est en effet si stratégique que tout le monde avait peur que la digue tchadienne cède, laissant ainsi la vague djihadiste submerger au passage toute la bande sahélo-saharienne.

Finalement, il n'en fut rien et trois mois après, le maintien de la stabilité du pays constitue le principal acquis de cette Transition tchadienne.

Pour le reste, de nombreuses interrogations subsistent.

Certes, tant bien que mal, « Petit Déby » a formé un gouvernement plus ou moins inclusif sur fond, il est vrai, de contestations de l'opposition et d'une partie de la société réprimées dans le sang, mais le Conseil national de transition, qui fera office d'Assemblée nationale, n'est toujours pas mis en place. Alors que son rôle législatif dans la nécessaire refondation de la démocratie tchadienne est central.

Avec ce retard à l'allumage se pose d'ailleurs le problème crucial du délai de dix mois imparti à la Transition.

Quid du dialogue national inclusif dont un décret signé pas plus tard que le 2 juillet dernier vient de fixer les modalités ?

Mais par-dessus tout, s'il y a un sujet qui taraude l'esprit des Tchadiens et même celui de Macron, c'est bien la possibilité ou non pour les membres du Conseil militaire de transition (CMT), pour ne pas dire de « Kaka », sobriquet de Déby-fils, d'être candidat à la présidentielle qui doit clore la période transitoire.

Le locataire du palais de l'Elysée avait beau clamer, la main sur le cœur, son adoubement de « Petit Déby » pour que le Tchad ne sombre pas et qu'il ne soutient pas de ce fait « un plan de succession », on voit mal comment il pourra empêcher le légataire universel du maréchal du Tchad d'hériter le « plus démocratiquement du monde » du trône de papa.

Plus de: L'Observateur Paalga

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