Sénégal: Thiès - L'imam Ndiour dénonce l'explosion de la violence

Thiès — L'imam de la mosquée de Moussanté de Thiès Tafsir Babacar Ndiour a fustigé mercredi dans son sermon de la Tabaski, l'explosion dans le pays, de la violence sous toutes ses formes.

L'imam Ndiour qui a dirigé la prière de l'Aïd-el-kébir à la mosquée de Moussanté a, comme à son habitude, brassé une kyrielle de sujets d'actualité, en mettant surtout l'accent sur la violence.

"Le prophète de l'islam nous a exhortés à éviter la violence", a dit l'imam Ndiour, faisant remarquer pour s'en désoler que la violence est répandue dans le pays.

" L'islam n'en a pas besoin, car c'est une religion de paix", a-t-il poursuivi, relevant que le mot "violence" n'est mentionné nulle part dans le Coran, en raison de l'aversion qu'en a le Seigneur.

Le Prophète Mohamed personnifie cette mission de pacificateur que joue la religion musulmane, a-t-il dit.

"Nous ne t'avons envoyé qu'en tant que miséricorde pour l'univers", dit Dieu à son endroit, dans le Coran, a noté le religieux.

Dénonçant la violence exercée dans les écoles, par des élèves contre leur maîtres, désacralisant ainsi la fonction de l'enseignant, il a suggéré le vote d'une loi interdisant l'inscription de leurs auteurs dans toute structure publique ou privée.

Pour lui, les seules décisions des conseils de discipline ne suffisent pas à endiguer le phénomène.

Il s'est étonné du silence des organisations de défense des droits de l'homme, qui selon lui semblent n'être intéressées que par les exactions des maîtres coraniques.

Il déplore leur attitude qui, sous l'effet d'influences étrangères, met en cause l'autorité parentale, en faisant en sorte que personne n'ait "plus le droit de redresser personne".

L'imam Ndiour estime de même que "ceux qui font usage d'armes à l'université, ne méritent pas d'y être".

L'espace universitaire est, selon lui, un lieu où "l'intelligence doit primer sur la brutalité", et où "tout ce qui doit y être réglé, doit se faire par la discussion".

Les "navétanes" (tournois de football de quartier) sont des occasions d'expression de cette violence, qui va jusqu'à rompre les relations au sein d'un même quartier, "pour des choses sans intérêt pour la communauté", a-t-il regretté.

Les politiques ont une grande responsabilité dans les violences, a déploré Tafsir Babacar Ndiour.

Il a noté que la guerre civile est toujours le fait des hommes politiques, une situation dont pâtissent les populations, qui n'ont généralement d'autre choix que de fuir chez eux avec leurs biens pour échapper aux violences.

Pendant ce temps, les politiques sont à l'abri et s'enrichissent davantage, en continuant à commander à distance les combats, déplore-t-il.

L'imam Ndiour a souligné que tout homme politique est destinataire du message divin appelant à commander le bien.

"Allah aime la douceur et les personnes douces, et donne à un leader ce qu'il n'a pu obtenir par la violence", a-t-il relevé, citant un hadith.

Pour lui, le Sénégal ne manque pas de repères en termes de non-violence. Il a cité à titre d'exemples El Hadj Malick Sy et Cheikh Ahmadou Bamba.

La violence ne résulte pas d'une perte de contrôle, il constitue plutôt un moyen prémédité de dominer l'autre et de lui montrer sa puissance, a dit l'imam, indiquant que de ce fait, son usage gratuit est puni par l'islam.

La violence verbale véhiculée par les médias traditionnels et les réseaux sociaux, à travers les fake-news, était aussi visée par le sermon de l'imam.

La violence conjugale est un autre fléau qui gangrène la société sénégalaise, a relevé l'imam, notant que le tribunal de Thiès a enregistré 321 divorces en 2020 et 148 divorces du 1-er janvier au 30 juin 2021.

Les motifs évoqués sont l'incompatibilité d'humeur, les coups et blessures, le défaut d'entretien et l'abandon du domicile conjugal.

"La violence conjugale ne fait pas partie de la sounna" du prophète, a-t-il dit, ajoutant que selon ses proches, le PSL n'a jamais battu une de ses épouses, ni ses servantes.

La spéculation foncière est un autre sujet abordé par l'imam Ndiour, qui a fustigé le morcellement et la vente de parcelles réservées pour des espaces verts, marchés, mosquées, etc.

Il a suggéré à l'Etat de vendre aux enchères ces espaces connus par les corps de contrôle, et de mettre l'argent récolté à la disposition du Trésor public.

Dans le même ordre d'idées, il a recommandé à l'Etat de donner la priorité à la légitimité au détriment de la légalité en matière foncière.

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