Ile Maurice: Émeutes en Afrique du Sud - Pourquoi cela affecte nos importations?

Depuis l'incarcération de l'ancien président sud-africain, Jacob Zuma, condamné à 15 mois de prison, des violences meurtrières ont éclaté en Afrique du Sud. Ces émeutes n'épargnent pas Maurice puisqu'une bonne partie de nos importations proviennent de ce pays. Quel en est l'impact ?

«L'Afrique du Sud domine nos importations à hauteur de 65 %. On s'y approvisionne en oranges, mandarines, pamplemousses, plusieurs variétés de pommes, poires, raisins, les kakis», explique Suren Surat, Chief Executive Officer du groupe SKC Surat and Co Ltd. Ces produits représentent 95 % des importations par voie maritime de cette société. Le reste, acheminé par avion, comprend des fruits et légumes plus fragiles comme les fraises, les champignons, les asperges, etc.

Or, les émeutes qui ont suivi la condamnation de l'ancien président Jacob Zuma, et assiégeant diverses villes d'Afrique du Sud, provoquent déjà des secousses chez les prestataires mauriciens. «On a accusé quelques retards de bateau sur le port de Durban. Au niveau des transactions par avion, deux consignations n'ont pu embarquer depuis les dix derniers jours. Heureusement, le week-end dernier, nous en avons reçu une. Cela provoque un certain décalage», explique-t-il.

Selon lui, les convois de Cape Town ne posent pas de problème pour le moment, vu que les cultures vivrières se situent hors de la ville. En revanche, à Durban, théâtre de ces affrontements meurtriers, les routes étaient bloquées, rendant impossible une ou deux importations par bateau. «Ce n'est pas catastrophique mais on ne sait pas ce qui nous attend prochainement», ajoute Suren Surat.

De son côté, Jacques Li Wan Po, Managing Director de Sungold Trading Ltd et du groupe Jacques Li Wan Po, affirme importer surtout des céréales de la marque Kellogg's. «Généralement, nous avons moins de bateaux d'Afrique du Sud. Dans les semaines qui viennent, il devrait y avoir un impact car quelques usines ne travaillent pas actuellement. Le port de Durban est très affecté», confie-t-il. Un constat partagé par un autre importateur. «Divers produits proviennent d'Afrique du Sud. De notre côté, nous n'en importons pas beaucoup mais les échanges sont multiples et nous ressentirons les répercussions», souligne-t-il.

Variations de prix

Yovan Jankee, Head of Strategy & Communication chez Panagora, soutient que les champignons Denny et des produits de Sea Harvest sont importés d'Afrique du Sud. «À l'heure actuelle, nos producteurs ne nous ont pas encore indiqué s'il y a un impact sur les prix à cause des émeutes. Les variations de prix que nous avons connues récemment sont essentiellement liées aux problèmes de transport découlant de la pandémie. Dans le cas des produits frais par exemple, il n'est pas toujours simple de trouver des vols. La dépréciation de la roupie par rapport au rand nous a également affectés, comme tous les importateurs», déclare-t-il. Il ajoute que la situation est suivie de près avec les fournisseurs sud-africains, en espérant un retour à la normale au plus vite.

Suttyadeo Tengur, président de l'Association for the Protection of the Environment and Consumers (APEC), va plus loin, expliquant que 60 % de nos importations, surtout alimentaires, proviennent d'Afrique du Sud. Ceci implique viandes, médicaments, poissons en conserve, épices, fruits et légumes.

«En fait, on est dans le rouge. On ne sait pas quand la situation sera débloquée en Afrique du Sud. À l'intérieur même de la production ou au niveau du transit vers l'aéroport, il y a des problèmes. Le fait qu'on ait cinq à six jours de bateau vers l'Afrique du Sud, on a pu garder un stock de certains produits», constate Jayen Chellum, secrétaire général de l'Association des consommateurs de l'île Maurice (ACIM).

Selon lui, les animaux, minerais, véhicules, le tabac, le plastique, les noix, le café sont aussi importés de ce pays. «70 % des importations pour Maurice passent par Durban. Comme cette région est paralysée par les émeutes, il faut faire un détour par Port Elizabeth», ajoute-t-il. Il y avait d'ailleurs un navire qui devait arriver le 17 juillet, mais n'a pu le faire. Il est cette fois attendu pour le 24 juillet.

Qu'en est-il d'une pénurie ou future hausse de prix ? Pour l'heure, cette éventualité n'est pas évoquée car des stocks d'un mois sont disponibles, précise le responsable de SKC Surat. Mais si la situation se détériore sur place, nous serons forcément impactés. Quant à Jacques Li Wan Po, il soutient que pour le court terme, il y aura certainement des retards, mais il se peut que cela retourne à la normale assez vite. À moyen terme, il pourrait y avoir un risque de pénurie et de majoration de prix, estime-t-il.

Suttyadeo Tengur évoque une pénurie technique de par l'instabilité sociale prévalant en Afrique du Sud. «Tout dépendra de la vitesse à laquelle les forces de l'ordre pourront restaurer le calme et mettre un terme aux conflits. Comme Jacob Zuma représente un symbole dans ce pays, la situation est complexe, avec des ramifications politiques. Si ceci est réglé au plus vite, on pourra retrouver le contrôle», indique-t-il. Que peut faire Maurice face à ces incertitudes ?

Il faut diversifier le marché et trouver des pays fournisseurs come alternative, répond-il. Le président de l'APEC appelle à identifier ceux qui sont proches géographiquement et qui ne coûteront pas cher comme la France et l'Australie entre autres. Il s'inquiète de la hausse de prix qui pourrait survenir face à une demande grandissante mais un décroissement de l'offre. Pour lui, la note pourrait hélas doubler dans certains cas.

«Comme l'État sud-africain est en train de prendre le taureau par les cornes, on pense que les conflits pourraient cesser bientôt. Si tel est le cas, nous n'allons pas sentir les conséquences immédiates», précise Jayen Chellum. Cependant, si le conflit perdure, on sera en difficulté, évoque-t-il. Le troisième importateur anticipe quelques ruptures d'ici deux semaines.

«Comme aucune cargaison ne sort de Durban, évidemment, les conséquences seront inévitables. Lesquelles au juste ? On le saura bientôt», explique-t-il. Quant à la majoration des prix, celle-ci est déjà effective à travers le monde, au niveau des devises, du fret et de la disponibilité des produits. La situation sud-africaine ne fera qu'en rajouter une couche. Maintenant, il conviendra d'établir quand Durban pourra rouvrir son port et la vitesse à laquelle il pourra rattraper les retards dans les opérations, conclut-il.

Rs 166 268 millions d'importations en 2020

Selon Statistics Mauritius, Maurice avait dépensé Rs 166 268 millions pour les importations en 2020. Comparé à 2019, qui affichait un montant de Rs 198 639 millions, ce taux accuse une baisse de 16,3 %. Sur l'intégralité des articles importés, la Chine représentait 16,6 % de ces transactions, suivie des Émirats arabes unis à 12,3 %, l'Inde avec 9,5 %, l'Afrique du Sud à 7,7 %, et la France à 7,2 %. D'ailleurs, sur le continent africain, l'Afrique du Sud est notre principal fournisseur. En effet, en 2020, Maurice avait importé des produits de ce pays pour la somme de Rs 12 741 millions, contre Rs 16 008 millions en 2019.

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