Congo-Kinshasa: Éric Impion - « Priorité aux régions où la sécurité des personnes est garantie »

Tenue les 21 et 22 mai à Kinshasa, la conférence « Repenser, reconsidérer le patrimoine historique et mémoriel de la traite négrière en Afrique centrale » était le point de départ du projet de la Fondation Éric-Impion visant à lancer le tourisme mémoriel. Dans cet entretien accordé au Courrier de Kinshasa, son initiateur fait le point sur la question deux mois après et des actions déjà menées pour sa mise en œuvre.

Pensez-vous que votre conférence a tenu ses promesses, vos attentes ont-elles été comprises ?

L'idée de départ était de relancer le débat sur la question de la Traite négrière et de l'héritage qui en résulte. L'objectif principal de la conférence a été atteint car nous avons pu réunir un panel important d'intervenants et de participants. Il s'agit notamment des ministres du Tourisme nationale et du Kongo central, les consuls d'Angola et du Bénin, la conseillère spéciale du président Chantal Mulop et le sénateur Didier Mumengi qui travaille aussi sur le sujet.

Mais aussi le bureau de l'Unesco en RDC, le comité scientifique du projet Route des esclaves de l'Unesco en RDC, les membres du panel des experts qui accompagne la présidence du chef de l'Etat, Félix Tshisekedi, à l'Union africaine, des étudiants, des experts des musées nationaux et de l'Office national du tourisme. Notre message a été entendu par des tas de gens. Le débat a été lancé au niveau politique et des experts mais il faut le ramener au niveau scientifique et du peuple, particulièrement auprès de la population locale des lieux concernés qu'il faut entretenir et valoriser. Ils doivent savoir de quoi il retourne.

Quelle est l'étape suivante après la tenue de ses assises ?

La première étape consistait à susciter une prise de conscience du sujet au niveau politique, la seconde sera de contacter les communautés locales. Il ne serait pas convenable de débarquer dans un village avec des inconnus sans que les propriétaires des terres, les gardiens de la culture et des traditions ne savent rien du projet.

Une sensibilisation doit se faire au niveau local pour que les communautés locales accompagnent notre démarche. En dehors du pays, des contacts sont déjà entrepris pour sensibiliser plusieurs potentiels touristes à ce que nous faisons. Quatre Afrodescendants étaient présents à la conférence, ils se sont constitués en ambassadeurs. Ils parlent en bien de la RDC, racontent leur séjour.

Nous allons à présent mettre les bouchées doubles de part et d'autre pour bien asseoir le projet. En troisième lieu, il nous faut mettre en œuvre un circuit clair tout en sachant qu'il ne nous revient pas de réhabiliter les sites, c'est à l'Etat de le faire. Nous avons engagé un plaidoyer dans ce sens de sorte qu'avec les experts en la matière, nous puissions établir un planning détaillé : point de départ, lieux de passage, etc. Nous voulons faire les choses dans les règles de l'art et en toute sécurité.

Le royaume Kongo n'est pas la seule région de la RDC concernée par la Traite négrière, mais il semble que le Kongo central soit la seule impliquée, le gouverneur Atou Matubuana a pris part à la conférence, qu'en est-il des autres ?

Nous avons commencé avec le Kongo central qui, au regard de sa proximité avec Kinshasa, est d'accès plus facile mais aussi présente des garanties sur le plan sécuritaire. En venant avec des étrangers ici, il faut s'assurer de pouvoir les ramener dans leurs pays respectifs en toute sécurité, c'est une responsabilité qui nous incombe. Les contacts en cours avec le Kongo central vont se formaliser dans les semaines à venir pour impliquer le gouvernorat à notre démarche. Les contours de la collaboration sont déjà établis, des détails restent à fixer avant de l'asseoir de manière officielle.

Par ailleurs, des contacts sont aussi entretenus avec d'autres provinces, celles qui ont joué un rôle prépondérant. Le Kongo central est certes mis en avant du fait qu'elle était la porte de sortie, mais les esclaves venaient aussi d'autres lieux : Bandundu, Kasaï, Sankuru, Equateur, notamment et certains de Kisangani car les embarcations des négriers remontaient le fleuve achetaient les esclaves et les ramenaient au Kongo.

Les contacts sont en cours notamment avec le Maniema, le Tanganyika et le Grand Katanga pratiquement, pour qu'au-delà de la première étape impliquant le Kongo central nous y allons ensuite. Priorité aux régions où la sécurité des personnes est garantie. Je cite en exemple la ville de Kabambare, elle a une histoire avec la Traite négrière mais nous ne pouvons pas nous y hasarder à cause des groupes rebelles qui y vivent. L'implication de l'Etat va nous permettre de cibler les zones où la sécurité est garantie.

Envisagez-vous la possibilité d'effectuer un premier voyage de tourisme mémoriel d'ici à l'année prochaine ?

Tout dépend de l'issue du travail préliminaire car nous devons établir un circuit, nous mettre d'accord avec les opérateurs publics impliqués. Nous pensons qu'avant la fin de l'année prochaine, il y aura déjà un groupe qui le fera.

Lors de la conférence, un plaidoyer avait lancé pour la réhabilitation du site de Nsiamfumu à Moanda, qu'en est-il à ce jour ?

En ce qui concerne Nsiamfumu, la proposition était d'y organiser, le 23 août, la commémoration de la fin de la Traite négrière et l'abolition de l'esclavage. Le faire sur un site mémoriel reviendrait à casser avec la routine des conférences. Les actions ont souvent du mal à suivre, c'était l'une des recommandations dont la visée est de faire bouger les lignes mais aussi une demande soumise au gouvernement via le ministre du Tourisme, la conseillère spéciale du président et le gouverneur du Kongo central. Nous sommes en attente du dossier en cours d'étude.

Comment pensez-vous procéder avec les touristes, qu'envisagez-vous de leur proposer dans ce projet ?

Nous pensons proposer différents types de package selon les besoins exprimés. Jusqu'ici certains touristes pensent juste à une visite mais d'autres ont fait savoir qu'au-delà des sites, ils aimeraient établir un contact avec la tradition, notamment rencontrer des autorités coutumières ou encore prendre langue avec des scientifiques, apprendre la langue, etc. Nous recueillons encore les demandes et besoins en fonction desquels seront proposés des packages spécifiques. Nous devrons faire des propositions qui vont rencontrer leurs attentes selon les réalités de terrain. Les faire correspondre ou à défaut s'arranger en sorte de créer ces cadres-là avec les autorités compétentes.

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 110 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.

X