Burkina Faso: Bagarre autour de la composition de la CENI

22 Juillet 2021

Le Burkina n'a pas besoin d'une crise politique

Depuis quelque temps, l'on assiste à un bras de fer ouvert entre le Chef de file de l'Opposition politique (CFOP) et la majorité présidentielle autour du renouvellement des membres de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Au cœur de cette bagarre politique, se trouve un homme. Il s'agit, pour ne pas le nommer, du Sao Naaba qu'est Bonaventure Dimsongdo Ouédraogo à l'état civil.

Ce dernier est le représentant de la chefferie coutumière au sein de l'instance électorale. Mais pour le CFOP, l'homme s'est politiquement affiché au point qu'il n'est plus neutre. Selon lui, le Sao Saaba roule pour le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) qui s'en défend, estimant qu'en pareille situation, il sied de saisir les tribunaux pour suite à donner. Le CFOP ne l'entend pas de cette oreille et se refuse à traîner la chefferie coutumière devant le juge.

Conséquence : l'on se retrouve face à un blocage. Si fait que le renouvellement de la CENI, initialement prévu pour le 12 juillet dernier, a été repoussé au 15 du même mois avant d'être reporté sine die puisqu'au moment où je traçais ces lignes, il n'y avait pas, à ma connaissance, une nouvelle date arrêtée. Voyez-vous ? Ce n'est pas simple. Le Burkina, qui fait déjà face à des crises sécuritaire et sanitaire très graves, n'a pas besoin d'en rajouter avec une crise politique aux conséquences incommensurables.

C'est pourquoi j'invite, pour ma part, tous les acteurs politiques à faire montre de responsabilités pour qu'une solution soit trouvée à la situation actuelle qui prévaut à la CENI. Car, comme on le sait, c'est de la formation contestée de cette instance, que naissent le plus souvent certaines contestations électorales comme cela se voit parfois dans certains pays.

La chefferie coutumière doit rester un rempart moral

Or, le Burkina Faso a jusque-là su éviter une crise post-électorale si bien que je ne souhaite pas que le pays recule sous peine de brader le capital de sympathie dont il bénéficie auprès de l'opinion internationale. Je veux que les uns et les autres comprennent bien que seul, et à tout prix, doit primer l'intérêt du peuple burkinabè. Aucun calcul politique ou politicien ne saurait passer.

Cela dit, je voudrais profiter de ce qui se passe actuellement autour de la formation de la CENI, pour soulever le vieux débat sur l'implication des chefs coutumiers dans la politique. Est-ce opportun ? La question reste posée. Pour moi, il faut tout simplement laisser les « bonnets rouges » dans leurs palais respectifs. Certes, je ne leur dénie pas le droit de faire la politique.

Loin s'en faut ! Mais je me rends toujours compte que leur irruption sur la scène politique, n'a jamais été sans conséquence. Car, comme on le sait, un chef doit être vénéré en tant que tel. Mais c'est peu de dire que lorsqu'il se jette dans l'arène politique, il doit être prêt à recevoir tous les coups, y compris parfois des propos désobligeants.

Toute chose qui peut porter atteinte à son image voire à son autorité. Voyez-vous ? Ne mélangeons pas les choses. La politique est une chose et la chefferie coutumière en est une autre. Et pour moi, cette dernière doit rester un rempart moral auquel l'on doit recourir en temps de crise.

Combien de fois d'ailleurs, et je lui rends hommage, le Mogho Naaba s'est-il impliqué avec succès dans la résolution de certains problèmes ? Il en est de même pour bien d'autres chefs qui sont très écoutés et respectés par leurs administrés. S'ils arrivent à le faire, c'est parce qu'ils ne sont pas politiquement affichés. Sinon, leurs adversaires les auraient défiés ou humiliés.

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