Afrique: La génétique, clé de la prévalence de certaines maladies cardiaques

Heart beat.
22 Juillet 2021

[NAIROBI] Le facteur du risque élevé pour les Africains de développer une maladie cardiaque rhumatismale pourrait être dans les gènes, ouvrant la voie au développement de vaccins et de traitements pour contrôler cette maladie.

C'est du moins ce que suggère une récente étude publiée dans la revue JAMA Cardiology le mois dernier.

Selon ladite étude, la maladie touche 40 millions de personnes dans le monde mais l'Afrique subsaharienne totalise près d'un quart des cas. Et ceux-ci surviennent généralement chez les enfants, les femmes et les adultes âgés de 25 à 45 ans.

La maladie, qui commence généralement par un mal de gorge, survient en raison du gonflement et de la cicatrisation des valves cardiaques résultant de la bactérie Streptococcus pyogenes (streptocoque du groupe A).

Les chercheurs ont cherché à savoir si la maladie cardiaque rhumatismale est héréditaire et si le risque croissant chez les Africains de la contracter est lié à des facteurs génétiques.

« Cette étude est la première du genre sur les maladies cardiaques rhumatismales en Afrique et explique pourquoi elles sont plus fréquentes chez les Africains continentaux », déclare Tafadzwa Machipisa, co-auteure de l'étude et candidate à des études postdoctorale au département de médecine de l'université du Cap en Afrique du Sud.Pour les besoins de l'étude, les chercheurs ont recruté 4 809 Africains, dont 3 301 femmes au Kenya, au Mozambique, en Namibie, au Nigeria, en Afrique du Sud, au Soudan, en Ouganda et en Zambie entre décembre 2012 et mars 2018. Parmi eux, 2 548 avaient la maladie et 2 261 ne l'avaient pas.

Selon l'étude, les scientifiques ont pu lier les cardiopathies rhumatismales à des portions particulières des chromosomes qui contiennent des informations génétiques chez une personne.

Les Africains ont certains gènes spécifiques aux habitants de la région, ainsi que des gènes trouvés dans d'autres populations ; ce qui les rend plus susceptibles d'avoir la maladie, y compris ses cas graves, explique Tafadzwa Machipisa à SciDev.Net.

« Cela montre pourquoi la prise en compte de la diversité du continent est nécessaire dans les grandes études génétiques, comme l'inclusion d'individus panafricains, car les génomes africains [les constitutions génétiques] sont souvent plus diversifiés que d'autres », explique cette dernière.

Pénicilline

Il n'existe pas de vaccin ni de thérapie efficace pour prévenir les cardiopathies rhumatismales, bien que la pénicilline injectable puisse être utilisée pour ralentir son développement, ajoute Tafadzwa Machipisa.

« Les cardiopathies rhumatismales sont une cause majeure de chirurgie cardiaque en Afrique, touchant principalement les jeunes femmes », dit-elle.

Ajoutant que « La génétique peut nous aider à mieux comprendre... les cardiopathies rhumatismales afin de développer les connaissances dont nous avons besoin pour les vaccins, les marqueurs de diagnostic, les traitements permanents non invasifs ou faciles à utiliser ».Mark Engel, épidémiologiste et professeur agrégé à l'université du Cap et co-auteur de l'étude, affirme que les conditions générales associées à un statut socio-économique inférieur, telles que le manque d'accès aux soins de santé, rendent la maladie courante dans les communautés pauvres.

Ce dernier ajoute que la disponibilité accrue de médicaments en vente libre pour traiter les symptômes de la maladie tels que l'enflure ou des maux de gorge rend les gens moins susceptibles d'aller chez le médecin ou à la clinique, augmentant leur risque d'atteindre le stade grave de la maladie. « Des outils de diagnostic clinique améliorés sont nécessaires », dit-il.

Fatma Salim, médecin cardiologue au ministère de la Santé du Kenya, affirme que de nombreuses personnes ne connaissent pas les maladies cardiaques rhumatismales, ce qui rend la sensibilisation capitale.

Diagnostic

Elle explique que dans les zones rurales et dans certaines zones urbaines du Kenya, des cas passent inaperçus en raison du manque d'accès aux machines de diagnostic et du manque de paramètres sanguins adéquats pour documenter ou diagnostiquer les cas.

« Nous avons noté une prévalence de la maladie dans les hôpitaux de référence des zones urbaines, très probablement en raison de la disponibilité de... machines et de spécialistes », confie-t-elle à SciDev.Net.

« Mais dans d'autres régions du Kenya [les zones rurales], identifier les personnes atteintes de la maladie reste un grand défi. Les gens manquent de connaissances sur le fait que des infections récurrentes telles que le rhume pourraient aggraver la maladie ou n'ont aucune idée des principaux symptômes et de ce qu'il faut faire en cas d'apparition », souligne Fatma Salim.

Références

Tafadzwa Machipisa and others Association of novel locus with rheumatic heart disease in black African Individuals: Findings from the RHDGen study (JAMA Cardiology, 9 June 2021)

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