Ile Maurice: «L'Express» à Rs 25. Pourquoi?

Chers lecteurs,

Nous voilà contraints de revoir le prix de votre journal. Pourquoi ? Entre autres, parce que la dernière augmentation date du... 2 mai 2006 ! C'était il y a... 15 ans, à un moment où le dollar valait, en moyenne... Rs 31. Depuis cette date, l'inflation a grimpé par 68 % selon la Banque mondiale et 71 % selon Statistics Mauritius ! La tonne de newsprint coûte maintenant 50 % plus cher qu'en décembre 2019... Le fret qui a augmenté s'y rajoute.

En fait, nos coûts de production au journal ont augmenté par bien plus que le CPI (indice des prix à la consommation) depuis 2006, n'oubliant pas que les services de lexpress.mu, consommés avidement par tous - gratuitement - et largement développés depuis, coûtent aussi bien plus qu'en 2006 ! Le volume publicitaire, boycott ou pas, ne progresse plus, concurrencé par Google, Facebook et même les radios. Si ceux qui nous destinent leurs publicités sont restés largement fidèles, c'est probablement (quand même) parce qu'ils reconnaissent l'efficacité de l'imprimé, plus focalisé.

Le problème d'un journal moderne comme l'express n'est pas toujours un problème d'audience - nous sommes lus quotidiennement par presque 100 000 citoyens - mais bien un problème de coûts et de revenus dans un monde qui se transforme ! Inexorablement.

Le journal vendu actuellement à Rs 15 est largement rattrapé, parfois dépassé, par ses coûts directs de production, de distribution et de vente. Pendant longtemps, nous avons investi dans d'autres lignes d'activités et soutenu l'express grâce, en partie, à la contribution croisée de ces nouvelles lignes. Cette possibilité n'existe plus après deux lockdowns et 14 jours de quarantaine imposés fin juin et chaque activité doit donc désormais se battre pour justifier son existence. Ces mois entiers de confinement et les dislocations qui ont suivi ont tout bouleversé. Si, en finalité, il y a un niveau de «cross subsidization» qui peut se justifier, il faut bien à un moment poser la question à mille roupies : avec des coûts réels et des prix de vente raisonnables qui permettent de repayer les dettes, réinvestir, payer les journalistes correctement, offrir de l'imprimé et des services web de qualité, est-ce que le marché en veut toujours de son journal référence ?

La première des réalités est donc économique et, selon cette réalité-là, incontournable, nous avons décidé d'introduire des «paywalls» sur lexpress.mu vers la fin de cette année. Nous avons sûrement eu tort ; comme de trop nombreux confrères, dans le sillage d'une première décision mondiale mal avisée et copiée depuis par tous, de propager l'idée que l'information crédible peut être distribuée gratuitement sur le net. En effet, les rêves publicitaires web n'ont jamais vraiment suivi et la version web gratuite concurrence fortement l'imprimé !(*) Aujourd'hui, les plus grands journaux du monde ont fait un retour vers la vente de leur produit, à coût réel, que ce soit sous forme électronique ou imprimée. Comment croire qu'un petit journal comme le nôtre, du moins sur le plan planétaire, s'en sortira hors de cette réalité ?

Il y aura donc, à votre disposition, vers la fin de l'année (1) aux points de vente usuels, un journal à Rs 25, comme l'édition actuelle du samedi(**); puis (2) dans le «kiosque» virtuel, le journal électronique intégral à moins cher que le journal imprimé et (3) sur lexpress.mu, la formule «paywall» sur une série d'articles et de services jusqu'ici fournis gratuitement et essentiellement du «breaking news» et des nouvelles déjà présentées, en décalé, dans le journal intégral payant, papier ou électronique. Lexpress.mu se retrouvera dans une nouvelle présentation web plus conviviale. L'offre en kiosque électronique sera aussi revue et diversifiée.

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Mais il y a aussi la réalité que l'on pourrait appeler la réalité existentielle et nationale. Une démocratie a besoin de médias et de journaux libres. Sans l'existence de médias libres, l'information de la nation se fera fatalement par des médias complaisants ou appartenant à l'État lui-même. On peut deviner à qui cela ferait plaisir ! Invariablement à l'opposition d'hier, se retrouvant aujourd'hui, à la fois, dans l'ivresse et dans les épines du pouvoir... Dans notre mission de relayer les faits, nous sommes souvent gênants pour ceux qui préfèrent clairement la propagande... Ou la fumée !

Une nation peut et doit choisir ses sources d'information. Si c'est Facebook à tout-va, gratuite et non vérifiée - pour tous - l'express fait face à une question existentielle : s'il ne peut pas couvrir ses coûts réels, il pourrait, à terme, disparaître, du moins sous sa forme actuelle. Si suffisamment de citoyens de la nation n'achètent pas l'express à Rs 25, notre quotidien sera librement et démocratiquement condamné. En revanche, si vous avez décidé de nous soutenir, la rédaction de l'express, reconnaissante, continuera à assumer ses responsabilités d'une information honnête, d'enquêtes impartiales - d'autant plus quand elles sont gênantes - et à agir comme une plateforme libre d'opinions contradictoires, aussi assumées et pertinentes que possible.

L'express n'est pas infaillible, mais il fait, de bonne foi, son travail de sentinelle en démocratie. L'express, depuis sa création en 1963, n'a pas d'agenda caché. Ses convictions, il les affiche. L'express a été pour l'indépendance du pays, tant politique qu'économique. Il croit, pour cela, en l'entreprise libre régulée de manière intelligente et de bonne foi pour éviter les dérapages. Il croit, encore et toujours, au mauricianisme, à la méritocratie, à l'égalité des chances, à l'honnêteté, à davantage de respect de la nature, à la productivité, au pouvoir transformationnel d'une éducation de qualité, aux libertés fondamentales, à notre capacité de nous réinventer, entre autres valeurs.

Dans de grandes démocraties libres comme le Canada, la France ou la Nouvelle-Zélande, l'État, reconnaissant le travail essentiel de la presse libre et crédible face à l'anarchie des réseaux sociaux, la soutient financièrement. Nous sommes, par contre, dans un pays où l'État refuse des permis au groupe propriétaire d'une presse libre qui fait son travail et, à la place, harcèle, boycotte et punit... quel que soit le régime ou parti au pouvoir d'ailleurs - à peu de nuances près. Ce qui aura coûté à l'express bien plus de Rs 100 millions à ce jour.

Chaque citoyen a le droit inaliénable de choisir son destin en favorisant un modèle de société ou un autre. Ceux qui souhaitent que l'express continue sa mission sont invités à aider, directement s'ils le souhaitent et pourront ainsi voter, tous les jours, en payant Rs 25 à partir du 2 août.

Nous pensons, chers lecteurs, que vous êtes de ces (é)lecteurs éclairés.

*Chairman de La Sentinelle Ltd

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