Madagascar: Entrepreneuriat et Covid-19 - La résilience au féminin

La crise due à la Covid-19 a énormément impacté le secteur privé. En novembre 2020, « globalement, 48,4% des unités de production familiales ont vu leurs chiffres d'affaires diminuer », stipule l'Enquête à Haute Fréquence par Téléphone auprès des Ménages (EHFTM) qui a été menée par l'Institut national de la Statistique en collaboration avec l'Organisation internationale du Travail. Habituellement catégorisées de « populations vulnérables », de nombreuses femmes ont pourtant pu, du point de vue entrepreneurial, s'adapter à la situation. « Il nous fallait innover », nous a déclaré une entrepreneure dans la restauration.

Le Rapport national Global Entrepreneurship Monitor (GEM) sur les « Enjeux et défis de l'entrepreneuriat à Madagascar 2019-2020 » avance qu' «une mise en perspective de la place de la femme dans l'entrepreneuriat fait ressortir que pour les entreprises à créer ou en cours de création, le nombre de femmes attendues pour diriger est de 1,2 en moyenne ». De plus, toujours d'après ce rapport, « les investisseurs sont plus enclins à financer des femmes avec un taux de 64,6% ». Les femmes semblent, en effet, gagner davantage en notoriété dans le milieu des affaires. Certes, le rapport évoque « l'existence d'entraves et de discrimination » dans le monde de l'entrepreneuriat, mais cela n'empêcherait pas aux femmes de réussir.

Il est d'ailleurs à noter que cette étude a été rédigée et publiée en pleine pandémie. Et de la restauration à l'entrepreneuriat social, en passant par l'événementiel, les divertissements, les transformations agroalimentaires, ou encore le coaching, de nombreuses femmes entrepreneures ont su garder la tête hors de l'eau et même avancer durant cette crise sanitaire et économique de la Covid-19. Sachant pourtant que, comme le souligne l'EHFTM, « en août, les professions dans la branche des loisirs, des arts et du spectacle ainsi que celle de la restauration et de l'hébergement intimement liée au tourisme, sont les plus en proie aux pertes d'emplois avec un taux respectif de 39,5% et de 28,3% ». Des pertes qui affectent « dans une même mesure » les femmes et les hommes.

Rude épreuve

« Nous avons été frappés de plein fouet, c'est arrivé par surprise et nous n'avons pas eu le temps de nous préparer. Nous nous sommes retrouvés, pendant presque un an, sans même savoir de quoi demain serait fait. Mais il nous a fallu innover pour pouvoir attirer les clients qui, qu'on se le dise, n'ont plus les mêmes budgets » , partage une restauratrice. Cette dernière n'a pas manqué de pointer du doigt l'État. « Malheureusement, je n'attends plus rien de l'État, dit-elle, car, pendant une vraie crise mondiale durant laquelle tout le monde s'était retrouvé en grande difficulté financière, l'État n'a pas bougé un seul doigt pour nous. Là, nous ne pouvons même pas renouveler notre carte fiscale. Il nous faudrait encore payer nos arriérés d'une année durant laquelle nous n'avons pratiquement pas pu travailler. » Les difficultés engendrées par la Covid-19 ont effectivement mis à terre de nombreuses entreprises, notamment les petites et moyennes entreprises (PME) et les entreprises naissantes. « Mes activités dépendent beaucoup des annonceurs, donc la crise a impacté mes revenus», témoigne Mandresy Andriamiarana, productrice, Chief executive officer (CEO) de ZaMandresyProd. « Les annonceurs sont moins enclins à mettre la main au portefeuille. À cause de l'incertitude liée à la crise, presque toutes les entreprises ont réduit leur budget de communication,» soutient-elle.

Résilience

Nombreuses sont les entreprises qui ont coulé durant cette période. Toutefois, beaucoup ont également pu y survivre. Certaines ont même décidé de voir en la situation, « une opportunité ». À l'exemple de Tantely Rakotobe, founder-manager de Tropikaly qui en a fait « une opportunité de développer d'autres circuits de marché et de production ». De même pour Mandresy Andriamiarana et d'autres femmes entrepreneures qui, durant cette pandémie de Covid-19, ont opté pour l'innovation, et ont pris l'initiative d'expérimenter de nouvelles choses, de lancer de nouveaux produits. « J'ai l'intime conviction que tout, absolument tout dans notre vie est sur notre chemin, et non en travers de notre chemin », affirme Faranah Goulamaly ou Faranah FEEL GOOD, Business Coach pour femmes entrepreneures. « Cela demande de se former à de nouvelles compétences,... d'envisager de nouvelles perspectives, de nouvelles habitudes, de considérer d'éventuels partenariats,... de changer d'angle de vue.»

On peut actuellement voir les femmes malgaches sortir peu à peu des clichés qu'on leur a attribués autrefois. Et l'entrepreneuriat est l'un des domaines où elles se démarquent de par leur compétence et leur leadership. Si l'on ne prend que l'exemple de l'actuelle présidente de Cap Business Océan indien, Noro Andriamamonjiarison, Président directeur général du Groupe Hermès Conseils et qui est la première femme à avoir pris la tête du Groupement des entreprises de Madagascar (GEM), principal syndicat patronal du pays, en 2011.

Témoignages

Tantely Rakotobe, founder-manager de Tropikaly

Pour faire face à la Covid-19, il fallait être agile dans le sens où il fallait créer des produits adaptés. Et à bien y réfléchir, la pandémie nous a quand même permis de mettre encore plus en valeur nos produits, les fruits séchés, qui ont des vertus et sont plus riches. N'empêche que la situation était très difficile. Notamment en ce qui concerne la distribution. En effet, certaines grandes surfaces n'ont pas voulu référencier nos produits. Ce qui est tout à fait compréhensible étant donné qu'elles n'avaient aucune garantie que cela pouvait marcher. Il nous a donc fallu nous démener pour qu'elles nous donnent une chance. Nous avons également voulu tâter le marché à l'export, mais cela n'a pas abouti.

Par ailleurs, on peut également dire que la crise a été une opportunité pour nous, de développer d'autres circuits de production et de marché. De plus, le secteur s'est assez développé dans la mesure où les gens, dans ce contexte de crise sanitaire, se sont plus tournés vers les produits naturels. Il y a eu un changement dans les habitudes de consommation de la population. Ce qui a alors été assez positif pour nous. Nous avons ainsi pu participer à la vulgarisation des fruits séchés afin que les personnes prennent conscience de leurs vertus et les intègrent dans leur panier de consommation. Et il faut dire qu'ils étaient réceptifs. Certes, en termes de revenus, nous avons encore du mal à atteindre les résultats escomptés. Mais d'autres opportunités se sont présentées. À l'exemple de notre implication dans la lutte contre la malnutrition infantile. Nous pouvons également dire que cela a ouvert de belles perspectives à venir. Nous attendons beaucoup de l'initiative de l'État de développer les industries à travers du programme « One district one factory» (ODOF). Nous attendons un soutien qui se concrétise.

Mandresy Andriamiarana, CEO de ZaMandresyProd

Je suis dans la production d'émissions télévisées et dans l'entertainment en général. Mes activités dépendent beaucoup des annonceurs donc la crise a impacté mes revenus. En effet, ils sont moins enclins à mettre la main au portefeuille. À cause de l'incertitude liée à la crise, presque toutes les entreprises ont réduit leur budget de communication. Il nous fallait donc des produits moins budgétivores, plus adaptées à la situation. De plus, le public consomme beaucoup de contenus vidéo sur leur smartphone, surtout depuis le confinement. Donc je me suis tournée vers le digital avec des émissions pour Facebook. J'en ai plusieurs sous la manche. Mon idée est de faire de ma page, ZaMandresy, une petite chaîne de « télévision » avec plusieurs productions destinées à des cibles différentes aussi bien du côté du public que des annonceurs. Durant le confinement, j'ai lancé « FantsyBobaka » pour le côté purement divertissement et « Dago Life », une série de reportages immersifs sur la vie à Madagascar. Cette dernière émission étant la rubrique de mon talkshow « Mitata'Sika » que je compte reprendre dès que possible, mais à la télévision.

J'ai une toute jeune entreprise. Malgré le succès de « Starvan », je dois encore beaucoup convaincre surtout pour les nouveaux projets. C'est pour cela que j'ai commencé à recruter. Si auparavant je faisais pratiquement tout, jusqu'à la commercialisation, j'ai décidé de faire appel à de vrais commerciaux. Cela devrait permettre à mes projets de grandir.

Il m'est pour l'instant difficile de me prononcer quant aux retombées de mes activités. Nous nous sommes fixés un calendrier de réalisations pour cette année et on verra. En tout cas, c'est un défi, et il y a toujours la menace d'un retour des mesures de restrictions qui plane.

Cette période m'a beaucoup appris. Et je pense que c'est le plus important. D'un autre côté, je pense que chaque difficulté doit être vue comme une opportunité. J'ai analysé la situation et j'ai tenté de nouvelles choses. Il est aussi important de bien s'entourer et j'ai une super équipe avec moi. Sinon, j'invite les Malgaches à consommer malgache même pour les productions audiovisuelles et la télévision. Il y a des producteurs qui essaient de faire de bonnes choses et ce serait dommage de ne pas leur donner une chance.

Quand les entreprises malgaches vont bien, quand les Malgaches peuvent consommer, mon entreprise va bien. Mes activités dépendent beaucoup de la conjoncture. J'attends donc de l'État qu'il fasse simplement son travail.

Faranah Goulamaly de Faranah FEEL GOOD

Face à une situation comme la pandémie de la Covid-19, nous avons clairement deux choix. Le premier est de se morfondre, se positionner en victime, et désigner des coupables. Ou bien décider de reprendre les rênes et poser son regard sur tous les endroits où l'on a du pouvoir, revoir sa façon d'investir, de prioriser, de gérer, de faire du chiffre, et repenser ses axes de croissance.

Et même si ça va en challenger plus d'une de lire ça ici : j'ai l'intime conviction que tout dans notre vie est sur notre chemin, et non en travers. Cela demande de se former à de nouvelles compétences, de sortir de sa zone de confort, d'envisager de nouvelles perspectives, de considérer d'éventuels partenariats, de remettre en cause nos idées préconçues et notre vision du monde. Cela demande de changer d'angle de vue.

Au sein de l'entreprise de Business Coaching Faranah FeelGood notre obsession a été de débriefer avec toute l'équipe de coachs pour répondre à l'émergence des nouvelles inquiétudes et problématiques de nos clientes et aux bouleversements économiques liés à cette pandémie auxquels elles auraient à faire face. Plus que jamais, notre défi fut de montrer aux Femmes Leaders d'Entreprises qu'il est possible de construire un business où les éléments extérieurs n'ont pas d'influence sur leur chiffre d'affaires et la croissance de leur activité.

Vous savez, face à de telles crises, l'attitude de l'entrepreneur est capitale et décisive. Je parle de sa capacité à transformer les challenges, à saisir les nouvelles opportunités nées des transformations, à déceler les axes de croissance en plein milieu du chaos. C'est ce qui fait toute la différence entre un entrepreneur et un autre. Et puis, en interne, ça nous a poussés à redoubler d'attention et de bienveillance pour encore mieux comprendre et accompagner nos clientes.

Les retombées sont difficiles à mesurer car nous sommes encore en plein dans la crise sanitaire et économique. Néanmoins les décisions d'orientation montrent clairement que l'application des outils au sein de notre programme phare permet aux Femmes Entrepreneures de continuer à se projeter dans un avenir tellement incertain pour d'autres.

Face à la pandémie, nous avons adapté nos offres pour être encore plus proches des besoins de nos clientes. Dans l'un des programmes où nos clientes se retrouvent en immersion plusieurs jours en catamaran, nous leur montrons comment ajuster leur trajectoire en fonction des vents, et des tempêtes, à augmenter considérablement leur faculté à se diriger et ce, en tout temps.

Notre défi a été de leur montrer que savoir incarner ce leader inspiré et impactant qui permet au chef d'entreprise de faire preuve de résilience malgré les pandémies et crises diverses, c'est ce qui lui permet d'être dans l'excellence et de devenir leader de son marché.

Elles adaptent alors ces stratégies gagnantes à leur propre définition de la Réussite. Car nous sommes toutes uniques et différentes.

À mon sens, quelles que soient les circonstances extérieures, les décisions du gouvernement, l'évolution économique, nous ne devrions pas être tributaires de cela. Tout est une question d'état d'esprit, d'attitude, de croyances, de focus et d'énergie !

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