Maroc: Pegasus - Le Maroc traduit en justice Forbidden Stories et Amnesty International

Cybersécurité, internet, corruption, numérique, criminalistique

Forbidden Stories et Amnesty International, deux organisations à l'origine des révélations sur les clients du logiciel espion Pegasus, sont poursuivies en diffamation à Paris, a indiqué, le 22 juillet dans un communiqué, l'avocat du Maroc, Me Olivier Baratelli.

« Le royaume du Maroc et son ambassadeur en France, Chakib Benmoussa, ont mandaté Me Olivier Baratelli pour délivrer, dès aujourd'hui, deux citations directes en diffamation » contre ces deux organisations, selon un communiqué transmis à l'AFP par Me Baratelli.

Dans ce document, l'avocat souligne que « l'État marocain entend immédiatement saisir la justice française, car il souhaite que toute la lumière soit faite sur les allégations mensongères de ces deux organisations qui avancent des éléments sans la moindre preuve concrète et démontrée ». Il dénonce un « procès d'intention médiatique, infondé, et visiblement créé de toute pièce pour déstabiliser la relation diplomatique profonde entre le Maroc et la France ».

« Ce n'est pas du journalisme, c'est du sabotage à grande échelle », s'insurge pour sa part le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita. Dans un entretien accordé au magazine Jeune Afrique, le chef de la diplomatie du royaume chérifien rejette fermement ces accusations. Il qualifie ces révélations d'« allégations calomnieuses, dénuées de tout fondement ». Nasser Bourita discrédite le travail des médias qui ont collaboré avec la plateforme Forbidden Stories et l'ONG Amnesty International. Et « les met au défi de produire la moindre preuve ». Pour lui, le scandale Pegasus est un « écran de fumée (...) monté de toutes pièces » par « des médias qui serviraient des agendas bien connus pour leur hostilité envers le Maroc ». « Certains, dit-il, n'arriveraient pas à se faire à la réalité d'un Maroc qui réussit. »

D'après le groupement de médias internationaux, le numéro personnel du roi Mohammed VI, de certains membres de sa famille, ainsi que celui du président français Emmanuel Macron figureraient dans un listing marocain pour usage du logiciel Pegasus.

« C'est tout bonnement un défi au bon sens », répond le ministre, qui fait l'éloge du « professionnalisme » et « de l'expertise des services de sécurité marocains ». « À l'étranger, personne ne se plaint, lorsque les services de sécurité marocains parviennent à éviter des bains de sang jusqu'au cœur de nos pays partenaires et ami ». Une référence à la contribution marocaine pour localiser et arrêter un des organisateurs des attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Ou encore à déjouer un projet terroriste début avril dans le sud de la France, à Béziers.

Le ministre marocain assure « qu'elle soit classique ou moins classique, la surveillance se déploie dans le cadre de la loi, toujours », avant de conclure : « toute personne ou organisme portant des accusations contre le Maroc, devra en produire la preuve, ou assumer devant la justice. »

Forbidden Stories et Amnesty International ont obtenu une liste de 50 000 numéros de téléphone sélectionnés par les clients d'une entreprise israélienne (NSO), pour être potentiellement espionnés par un logiciel espion, Pegasus. Cette liste a été partagée avec un consortium de 17 médias, le 18 juillet. Au lendemain de ces révélations, le Maroc, clairement identifié comme l'un de ces clients, avait catégoriquement nié avoir acquis des « logiciels informatiques pour infiltrer des appareils de communication. »

Une première audience de procédure devrait se tenir le 8 octobre, mais le procès ne devrait pas se dérouler avant au moins deux ans. Si les citations sont déposées à Paris, le parquet général marocain a néanmoins annoncé l'ouverture d'une enquête judiciaire au Maroc, « sur ces fausses allégations et accusations ».

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