Burkina Faso: CENI - Pour l'honneur du bonnet

Cher Wambi,

Pour l'instant, je ne sais pas comment est la physionomie d'ensemble de la campagne agricole, mais sache qu'en ce qui concerne Ouagadougou et ses environnants, jusque-là, Dame Nature nous a gratifiés d'une bonne pluviométrie. Je prie Dieu et les ancêtres pour qu'il en soit ainsi ici et partout jusqu'à la fin de la saison.

Tout en espérant que tu joins ta voix à la mienne dans cette intercession, je te présente les cumuls pluviométriques enregistrés au cours de la semaine allant du jeudi 15 au mercredi 21 juillet 2021 :

Bobo-Dioulasso : 67,5 mm ; Bogandé : 28,2 mm ; Boromo : 16,4 mm ; Dédougou : 43,1 mm ; Dori : 54,2 mm ; Fada N'Gourma : 11,5 mm ; Gaoua : 35,9 mm ; Ouagadougou : 49,7 mm ; Ouahigouya : 10,3 mm ; Pô : 12,2 mm.

Cher Wambi, la situation est toujours bloquée à la Commission électorale nationale indépendante (CENI), qui peine à se mettre en ordre de marche. En Conseil des ministres, la liste des quinze commissaires représentant les partis politiques et les organisations de la société civile avait été bien validée à travers l'adoption d'un décret. Mais depuis, la machine est grippée. Prévue pour le lundi 12 juillet, l'élection du président et du bureau de la CENI n'avait pu avoir lieu, car l'opposition a décidé de récuser, pour partialité, le commissaire Bonaventure Dimsongdo Ouédraogo, le Sao Naaba, représentant de la chefferie coutumière au titre de la composante société civile. Le scrutin a donc été repoussé au jeudi 15 juillet le temps, sans doute, de gérer cette situation. Mais elle est allée de mal en pis, car en lieu et place d'une gestion de la crise qui venait de naître, on a eu droit à des conférences de presse au cours desquelles chaque partie tirait à soi la couverture.

En effet, cher cousin, le mardi 13 juillet, c'est le ministre de l'Administration territoriale, Clément Sawadogo, qui est monté au créneau pour dénoncer la demande de récusation faite par l'opposition politique. Le ministre a déclaré qu'il fallait s'en tenir au Code électoral, qui dit que chaque composante désigne ses représentants. Il a ajouté qu'aucun texte ne permet de recevoir une récusation d'un membre de la CENI. Mieux, Clément Sawadogo a indiqué que « la loi ne prévoit pas une validation de la désignation de chaque représentant par les autres composantes ». Après ces clarifications, le ministre a invité les commissaires à se réunir dans l'après-midi du jeudi 15 juillet pour la mise en place du bureau de la CENI.

Mais, cher Wambi, dès le lendemain de cette conférence de presse, l'opposition a organisé la sienne pour réaffirmer que le Sao Naaba était partial, car ayant battu campagne pour le parti au pouvoir aux élections couplées présidentielle et législatives de novembre 2020. En conséquence, Eddie Komboïgo et ses camarades ont maintenu leur motion de récusation et prévenu qu'ils ne siégeraient pas à la CENI si le chef coutumier en demeure commissaire.

Cette menace a été mise à exécution, et le jeudi 15 juillet, l'opposition n'a pas répondu présente à la convocation du ministre. Résultat des courses, l'organe dirigeant de la CENI n'a pu se mettre en place alors que le Conseil constitutionnel avait déjà programmé la prestation de serment des 15 commissaires pour le lundi 19 juillet. Face à cette situation, le gouvernement a décidé d'inverser les choses, à savoir faire prêter serment aux commissaires et ensuite gérer la question de la mise en place du bureau.

Cher cousin, en attendant cette prestation de serment, un fait nouveau va se produire et compliquer davantage une situation qui était déjà des plus délicates : en effet, le samedi 17 juillet 2021, el hadj Oumarou Zoungrana, le président de la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB), a adressé une «lettre confidentielle» au ministre de l'Administration territoriale dont la teneur suit :

«Objet : remplacement de notre représentant à la CENI

Monsieur le ministre d'Etat,

Faisant suite à la polémique née du renouvellement des membres de la CENI et dans le souci de préserver la paix sociale, je viens, par la présente, vous transmettre un autre nom pour remplacer monsieur Ahmed Newton Barry : il s'agit de monsieur Adama Kafando.

Puisse Allah, le Tout-Puissant, nous assister en tout temps et en tout lieu, pour la préservation de la paix et de la cohésion dans notre pays».

Cher Wambi, au lendemain de cette décision du président de la FAIB, soit le dimanche 18 juillet, une réunion houleuse aurait eu lieu au siège de cette faîtière, laquelle se serait terminée en queue de poisson. Selon mes informations, il y avait ceux qui maintenaient leur confiance en Newton Ahmed Barry, ceux qui s'alignaient sur le nouveau choix du président et enfin ceux qui auraient préféré que le journaliste Lookman Sawadogo soit désigné en lieu et place du magistrat Adama Kafando parce que, dit-on, il aurait des connaissances électorales plus poussées.

C'est dans cet imbroglio qu'est advenue la date de l'audience solennelle de prestation de serment des commissaires de la CENI devant le Conseil constitutionnel. Le lundi 19 juillet, 9 des 15 commissaires étaient à la barre des grands juges pour la prestation de serment. Mais celle-ci n'a pu se tenir, car le président Kassoum Kambou a invoqué l'argument du « dossier incomplet» pour la renvoyer sine die. Dans l'après-midi du même lundi, l'élection du bureau de la CENI n'a pu avoir lieu sans une explication fournie à la presse qui s'était mobilisée pour l'occasion.

Depuis lundi dernier, on n'a plus de visibilité sur la future CENI, qui devrait pourtant entrer en fonction d'ici le 25 juillet au plus tard si tout allait comme sur des roulettes.

Comme tu le vois, cher Wambi, il y a deux problèmes qui minent la mise en place de cette structure en charge de l'organisation des scrutins politiques dans notre pays : le cas du Sao Naaba et la question du représentant de la FAIB. Curieusement, tu remarqueras que ce sont les organisations dite de la société civile qui enrayent la mécanique.

Concernant le Sao Naaba, on est arrivé à un point où, pour l'honneur même du bonnet qu'il porte, il devrait faciliter la tâche à ses mandants, à savoir la chefferie coutumière, en démissionnant pour que celle-ci puisse désigner un autre représentant, même si aucun texte sur la récusation n'existe. Ici, c'est moins une question de droit qu'un problème éthique. Avec les images d'archives qui ont inondé les réseaux sociaux ces derniers temps, il est difficile de défendre l'homme au bonnet rouge que l'on voit battant ouvertement campagne pour la réélection du président Roch Kaboré et pour les candidats à la députation au compte du parti présidentiel. Reconnaissons que c'est quand même gênant, surtout si on lui destine la présidence de l'institution. De plus, il se susurre qu'il y a de grands chefs coutumiers qui n'approuveraient pas le choix du Sao Naaba. La chefferie coutumière est garante de la paix sociale lorsque le mercure politique monte, alors il ne faudrait pas qu'elle joue aux apprentis-pyromanes en cette période très délicate que traverse notre pays sur le plan sécuritaire, et où la cohésion sociale est mise à rude épreuve.

D'autre part, on ne comprend pas l'attitude de la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB), car, selon toute vraisemblance, Newton Ahmed Barry n'a pas démissionné mais « a été démissionné ». D'ailleurs, nulle part, on n'a vu sa lettre de démission circuler. Alors, cher cousin, s'il n'a pas démissionné, qu'est-ce qui a bien pu pousser le président Oumarou Zoungrana à le virer alors que sa désignation a été actée par le décret dont je te parlais plus haut ? Mystère et boule de gomme pour l'instant.

Si mes sources sont exactes, l'ancien président de la CENI, dans le cadre de la prestation de serment, aurait approché le Conseil constitutionnel pour voir sur quel pied danser, mais l'existence de la fameuse lettre procédant à son remplacement lui aurait été notifiée.

Cher Wambi, il faut donc également espérer, là aussi, que la raison prévale et que les choses se décantent au niveau de la FAIB pour que son représentant ne soit pas désigné sur fond de déchirure. Enfin, il faut qu'une solution définitive soit trouvée pour sortir la CENI de cet état végétatif dans lequel elle est plongée.

Cher cousin, au moment où je m'apprêtais à composter mon timbre, j'ai appris du reste que le Conseil des ministres d'hier a entériné par décret le remplacement de NAB par le magistrat Adama Kafando sans que je sache si cela va décanter la situation, au moins pour ce qui est de la situation au sein de la FAIB.

Cher Wambi, la simple évocation de son nom suscite désormais des frissons au pays des Hommes intègres : il s'agit de Solhan, village martyr qui a été le théâtre, dans la nuit du 4 au 5 juin 2021, d'un massacre de masse jamais connu de mémoire de Burkinabè. Officiellement, 132 personnes y ont perdu la vie.

A l'émotion provoquée par cette « attaque de trop » s'est greffée une vague d'indignation face à la situation sécuritaire qui ne cesse de se détériorer. La colère des Burkinabè était d'autant grande que l'intervention des FDS, dont une unité est pourtant située à un jet de pierre de Solhan, a été tardive malgré les multiples appels dès les premiers coups de feu.

En effet, tu te souviens, cher cousin, de ces marches de protestation, d'abord locale puis celles organisées les 3 et 4 juillet derniers à l'appel de l'opposition politique pour interpeller l'Etat sur son obligation de garantir aux citoyens leur droit à la sécurité.

Depuis, le message semble avoir été reçu 5/5, comme qui dirait.

En effet, cher Wambi, à l'occasion de la visite du nouveau ministre de la Sécurité, Maxime Koné, à Solhan lundi dernier, j'ai appris avec soulagement, comme bien de mes compatriotes, l'annonce de l'implantation d'un nouveau détachement de gendarmerie nationale sur les lieux.

A entendre les autorités locales, la présence des pandores donnera un coup de fouet au retour progressif des habitants et redonnera à Solhan son statut de poumon économique de la province du Yagha.

A présent, cher Wambi, je t'invite à feuilleter avec moi le carnet secret de Tipoko l'Intrigante.

- Dans la cité de Naaba Kango, les acteurs politiques ne choisissent pas de lieu pour exprimer leurs rivalités. Tous les coups sont permis en tout temps et en tout lieu, même à l'occasion des cérémonies religieuses.

C'est ce qui a été constaté lors de la prière de la fête de Tabaski à la place de la Nation de Ouahigouya le mardi 20 juillet 2020.

A la fin de la cérémonie, la parole fut donnée au ministre de l'Agriculture, Salifou Ouédraogo, pour s'adresser aux fidèles au nom du gouvernement et du président de la République. A sa suite, les autorités religieuses et coutumières puis le secrétaire général de la région du Nord, représentant le gouverneur, devaient également prendre à leur tour la parole.

Soudain, le député Sidiki Belem dit que son président Gilbert, Noël Ouédraogo de l'ADF-RDA, interviendrait au nom de l'Assemblée nationale.

Mais pour son collègue député Hadja Fati Ouédraogo du MPP, il n'en était pas question puisque, signifiera-t-elle au protocole, jamais un député n'a pris la parole en pareille circonstance.

Au moment où le chef du parti de « l'Eléphant » a voulu pousser son barrissement, il fut coupé net par Fati Ouédraogo, qui protestait contre une « telle intrusion ».

Il a fallu l'intervention du roi du Yatenga, Naaba Kiiba, pour que Gilbert Ouédraogo puisse faire entendre son « waazou ».

Quand la politique se mêle à la religion, toutes les sensibilités doivent avoir droit à la parole. Allah reconnaîtra les siens.

Gilbert avait donc droit à son « waazou ».

- Contrairement à ce qu'on pouvait penser, la rencontre entre le gouvernement et les syndicats des travailleurs qui a ouvert ses portes le 19 juillet dernier ne s'est pas aussitôt refermée. Il y a bel et bien eu une suspension juste après la cérémonie d'ouverture, à la demande des partenaires sociaux. Les représentants des travailleurs ont, en réalité, souhaité mettre à profit toute la journée du mercredi 21 juillet pour examiner les réponses que l'exécutif entend donner à leurs préoccupations. Ce n'était donc pas un boycott et la preuve, c'est que les deux parties se sont retrouvées hier matin dans la salle du dialogue social de l'immeuble Baonghin afin d'entamer concrètement les discussions et d'aboutir à des «solutions consensuelles» pour répondre à l'esprit de cette rencontre bipartite qui ne s'était plus tenue, il y a quatre ans, pour diverses raisons. Il faudra donc attendre aujourd'hui ou demain samedi au plus tard pour avoir le fin mot des échanges.

- Notre correspondant au Yatenga, Albert Emery Ouédraogo, était à l'honneur à la session 2021 du baccalauréat.

En effet, son article «Les nouvelles pratiques culturales en marche», paru dans notre édition n°10174 du jeudi 3 septembre 2020, a été retenu comme sujet du commentaire en Géographie.

Si un tel choix honore sans nul doute notre collègue, on est curieux de savoir si, au-delà de la satisfaction morale, l'auteur d'un écrit retenu comme sujet d'examen bénéficie d'une quelconque reconnaissance financière.

- Dans le milieu judiciaire à Ouagadougou, l'«affaire Youssef Omaïs » commence à faire beaucoup jaser. Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, c'est l'ancien directeur général de la SITAB (Société industrielle de transformation de l'acier au Burkina), licencié par ses employeurs pour détournement présumé de fonds.

De quoi s'agit-il ? En 2017, les patrons de la SITAB, alertés par le train de vie de leur DG (qui avait 15% des actions de l'entreprise) et l'explosion subite des charges, commanditent un audit sur sa gestion. Ils parviennent à la conclusion que certaines règles élémentaires de gestion ont été violées, et des détournements mis au jour au sein de la direction générale de la SITAB. L'ex-DG aurait ainsi favorisé des montages financiers qui vont porter un très lourd préjudice à la société. Dans un premier temps, il aurait créé des sociétés de transports immatriculées à son nom, au nom des membres de sa famille et de ses proches. Le préjudice causé à la SITAB par Omaïs avec les sociétés de transport serait énorme au point que les travailleurs de l'entreprise seront gravement lésés sans la redistribution des retombées financières.

L'on apprendra par la suite qu'il aurait créé une autre société dénommée IBAFER, appelée à concurrencer la société de son employeur, la SITAB, dont il était encore pourtant le DG. Informés de tout cela, les actionnaires de l'usine portent plainte contre l'incriminé et décident de son licenciement express. Mais l'employé ne sera pas condamné et obtiendra même dans ce jugement des indemnités pour licenciement abusif à hauteur de 600 millions de francs CFA : 100 pour « licenciement abusif » et 500 millions pour « préjudice moral » !

Une décision qui fait jaser dans les couloirs des tribunaux, en attendant le procès qui doit avoir lieu le 26 juillet prochain. Un jugement qui sera sans doute scruté à la loupe.

Affaire à suivre...

- Le samedi 17 juillet 2021, un incendie s'est déclaré au cabinet de Me Prosper Farama à Ouaga 2000. Si heureusement aucune perte en vie humaine n'est enregistrée, on déplore cependant d'énormes dégâts causés par les flammes. Avocat depuis une vingtaine d'années, Me Farama s'est constitué avocat dans plusieurs dossiers emblématiques comme ceux de Norbert Zongo et de Thomas Sankara ou encore celui du putsch manqué de septembre 2015.

Depuis l'annonce de cette triste nouvelle, on assiste à une avalanche de compassion pour« le défenseur de la veuve et de l'orphelin ». Les appels à la solidarité et les déclarations se multiplient également pour le soutenir dans cette dure épreuve.

Il faut espérer que l'enquête qui sera diligentée permettra de dire les causes exactes de cet incendie et d'en tirer toutes les conséquences de droit s'il y a lieu.

Tipoko l'Intrigante n'apprend rien d'elle-même, elle n'invente jamais rien. Tipoko l'Intrigante est un non-être. Elle n'est ni bonne en elle-même, ni mauvaise en elle-même. Elle fonctionne par intuition, car "l'intuition c'est la faculté qu'a une femme d'être sûre d'une chose sans en avoir la certitude..."

Ainsi va la vie.

Au revoir.

Ton cousin

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