Cote d'Ivoire: Reportage - A la découverte de l'attiéké "ministre"

25 Juillet 2021

L'attiéké, semoule ou couscous de manioc est un met prisé en Côte d'Ivoire. Il se décline en plusieurs qualités avec pour critères de sélection la forme de ses grains.

De l'échelle du bas de gamme au haut de gamme, on y trouve une variété dite supérieure appelée en pays Tchaman, peuple originaire d'Abidjan, l'attiéké "N'thonien" ou "ministre". C'est une gamme plus raffinée, qui n'est pas à la portée de toutes les bourses.

Pour en savoir davantage sur l'attiéké ministre, nous nous rendons au village d'Anoumabo dans la commune de Marcory. En ce début de matinée du vendredi 23 juillet 2021, la petite unité familiale de fabrication d'attiéké des soeurs Allogbon se prépare pour une autre journée de travail.

Dans leur fabrique, près du siège de l'Autorité de régulation des télécommunications (Artci), Suzanne Allogbon et ses sœurs sont en activité voient leur quotidien rythmé par la chaleur du fou et l'odeur du manioc. Après 20 ans dans le métier, elle a désormais des galons de fins connaisseurs. "Il y a plusieurs qualités d'attiéké. Il y l'Abodjama, l'ayitê, l'adjoukrou, le N'djissè et le N'thonien », cite-t-elle. Selon Suzanne Allogbon, N'thonien ou" attiéké ministre", est la semoule de manioc, haute de gamme.

L'attiéké ministre réputé pour le raffinement de ses grains est servi lors des cérémonies prestigieuses, telles que les fêtes de l'or, les baptêmes en pays Tchaman, les fêtes de génération ainsi que les funérailles.

Le raffinement de l'attiéké ministre tire sa source dans sa préparation. « Pour produire cent kilogrammes d'attiéké N'thonien, il faut mobiliser une vingtaine de femmes. Cela nous prend toute la journée », révèle Suzanne Allogbon. Le processus de production de "l'attiéké ministre" est plus longue. Le manioc est mis à fermenter dans l'eau pendant deux jours, séché au soleil, broyé, essoré, séché et vanné à plusieurs reprises, à l'aide d'un ventilateur et enfin mis à cuire à la vapeur.

Mais durant ce processus, une étape majeure, celle de l'élimination des fibres. "Les grains séchés sont vannés pour éliminer les fibres et toute matière étrangère. Pour fabriquer le N'thonien, la semoule est tamisée quatre fois à nouveau avec des tamis à maillage plus fin allant de 1 à 4 mm. L'attiéké est cuit à la vapeur pendant 30 à 40 minutes. Le produit final est conditionné dans des sacs en plastique ou des paniers de petite ou grande dimension suivant son utilisation finale. Il faut une journée pour fabriquer 100 kilogrammes d'attiéké. A la différence des autres variété d'attiéké, le N'thonien, ces grains sont uniformes", explique Suzanne Allogbon.

Toutes ces étapes permettent d'éliminer entre autres l'acide cyanhydrique que contient naturellement le manioc afin de sortir une texture plus légère que le couscous de blé, un goût très parfumé avec des grains plus raffinés, débarrassées toutes fibres.

Dans l'entreprise familiale Suzanne a près d'elle sa soeur ainée Christine qui totalise quarante ans dans le métier. Mais ici, c'est la cadette, qui gère les commandes et l'approvisionnement en manioc.

Et parlant de commandes, le kilogramme de "l'attiéké ministre" est vendu à 1000 fcfa le kilogramme à la fabrique de Suzanne. Et en comparaison, les autres qualités attiéké dont 'l"Agbodjaman" appelé aussi "attiéké gros grain", "l'adjoukrou", le kilogramme de ces variétés se négocie à 500fcfa par kilogramme. Cependant « Selon mes informations, cette qualité d'attiéké est vendue à 4000 fcfa le kilogramme en France », rapporte Suzanne Allogbon.

Mais en ce vendredi, petit bémol dans la fabrique des soeurs Allogbon. "J'ai une commande de cent kilogrammes de l'attiéké N'thonien pour ce vendredi 23 juillet 2021, mais, je ne peux satisfaire la commande. Parce qu'il y a une pénurie de la matière première, le manioc. Nous subissons la hausse du prix de la bâchée de manioc. La bâchée de manioc se vend actuellement entre 250.000 et 260.000 Fcfa. Dans le mois de mai, la bâchée était à 150.000 fcfa", explique, dépitée, Suzanne.

Quand nous quittons les soeurs Allogbon pour retrouver les rues d'Anoumabo, nous rencontrons Jean Baptiste T. Le septuagénaire, ressortissant dudit village se souvient de la place de cette variété d'attiéké. " Je me rappelle que nos parents produisaient cette qualité attiéké pour la maisonnée. On ne vendait pas. C'est maintenant, il y a des femmes qui produisent cela en grande qualité", souligne-t-il.

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 100 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.

X