Ile Maurice: Reportage - A la découverte des chips manioc

Les chips manioc voient le jour. Nouvellement commercialisés par une petite entreprise située à Petit-Sable, les chips manioc comptent bientôt gagner les cœurs des Mauriciens.

Un parfum de cuisson émane du bâtiment du Mouvement pour l'autosuffisance alimentaire (MAA) et de l'Association des planteurs du Sud Est à Petit-Sable. Depuis peu Karishma Hardas et ses collaborateurs composés de son époux Hemant Hardas, son père, Guirdharry Juggessur, le planteur, Mahendrahsing Sooroojbally et cinq dames de la région ont investi les lieux. Ils ont pour but de donner vie à une petite entreprise proposant des chips de banane et surtout leur spécialité, des chips de manioc. Les chips de manioc deviennent ainsi un nouveau produit commercialisé et pour trouver la matière première, il n'est pas nécessaire de se rendre bien loin. À peine une dizaine de pas du bâtiment, toute une plantation de manioc nous accueille.

L'idée de cette industrie a pris naissance dans la tête de Karishma Hardas, il y a de cela plusieurs années. «Ma maman possédait une boutique et j'ai vu pendant des années des personnes venir lui demander de l'aide. Ça me touchait et je me suis toujours demandé pourquoi on importe des produits qu'on peut concevoir à Maurice. Du coup je me suis dit pour- quoi ne pas faire des études qui pourront me permettre d'aider ces personnes. J'ai donc fait des études en Inde en biotechnologie en botanique. Je suis revenue au pays en 2007 et j'ai travaillé dans plusieurs organismes agricoles et manufacturiers pour acquérir de l'expérience», explique-t-il.

Aujourd'hui, elle se dit prête à se lancer et «faire un retour à la terre tout comme mon père et mon grand-père qui étaient planteurs et aider ceux qui en ont besoin en faisant de la valeur ajoutée à partir de nos produits locaux».

Elle a ainsi approché Mahendrasingh Soojoorbally pour lui parler de son projet et ce dernier, planteur et homme d'affaires, n'a pas hésité à la suivre, d'où la collaboration de Karishma Hardas avec l'Association des planteurs du Sud-Est et le Mouvement pour l'autosuffisance alimentaire (MAA).

Pendant que Karishma Hardas nous explique son projet, à l'intérieur du bâtiment ces dames s'affairent. Les mains s'activent. Les maniocs et les bananes sont pesés, lavés puis épluchés avant de passer à la râpe. L'ambiance y est bon enfant. Aucun ordre n'est donné, chacun sait ce qu'il doit faire. «Ici tout se fait artisanalement. L'entreprise est nouvelle, mais nous comptons bientôt investir dans des machines pour le découpage des maniocs et des bananes», explique Karishmas Hardas.

C'est donc à la main que bananes et maniocs sont râpés puis lavés, avant d'être frits dans deux grosses marmites remplies d'huile bouillonnante. La friture ne requiert que quelques minutes. Une fois sortis du feu, les croustillants chips de manioc sont mis à refroidir, puis empaquetés. Chaque sachet est de 40g. Une pincée de sel et d'arôme sont ajoutés aux chips. «Nous ne n'y mettons aucun autre additif», souligne Karishma Harnas. Les sachets sont ensuite scellés et prêts à se retrouver dans les boutiques.

Boutiques et tabagies

Le processus, entre la récupération du manioc et son empaquetage n'aura duré que quelques minutes. «Pour l'instant, les sachets de chips ne sont disponibles que dans les boutiques et les tabagies du coin, pas dans les supermarchés, car le but est d'aider les gens modestes à s'en sortir. Puis, nous ciblerons les écoles où le produit local conviendra aux enfants», indique notre interlocutrice.

Les cinq dames qui s'affairent en cuisine sont toutes de Petit-Sable et ont toutes sui- vies une formation de la Food and Agricultural Research and Extension Institute (FAREI) sur la transformation d'aliments. Preety Purrahoo explique qu'elle est couturière et «cette nouvelle activité me permet d'avoir un surplus financier. De plus nous travaillons en équipe, il y a une bonne ambiance».

Un surplus financier que personne ne refuserait en cette période de pandémie. «De plus, le travail commence à 9 heures ici et j'ai le temps de m'occuper de ma maison, de mon mari et de mes enfants avant de m'y rendre. J'habite à quelques pas d'ici», souligne pour sa part Kamlawtee Bisesar.

La distribution de manioc se fait aujourd'hui de bouche à oreille, mais elle est bientôt appelée à prendre plus d'ampleur. D'ailleurs, l'entreprise ne compte pas s'arrêter aux chips de maniocs et de bananes. Karishma Harnas voit les choses en grand : «Nous souhaitons encourager la plantation des légumes et fruits locaux, puis nous proposerons aux planteurs de récupérer leurs produits pour la transformation. Outre le manioc et les bananes, nous pensons à transformer, l'arouille et le fruit à pain, etc... et pourquoi, ne pas faire des tomates en conserve. Nous souhaitons briser les monopoles pour que les produits soient accessibles au plus grand nombre. Mon slogan est 'Anou manz lokal, anou protez nou planter'», conclut Karishma Hardas.

C'est peu avant midi que nous avons quitté ces dames en pleine occupation. Elles travailleront jusqu'à 15 heures, heure à laquelle elles pourront retrouver leur maison, leur mari et leurs enfants.

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