Ile Maurice: Un an après - Wakashio, journal de bord d'un naufrage

Triste anniversaire de cette soirée où le vraquier japonais battant pavillon panaméen s'est échoué sur les récifs à Pointe-d'Esny. Après 12 jours d'inactivité alors qu'il se dégrade au contact de l'eau salée, la pire catastrophe écologique de notre histoire du pays s'abat sur le littoral sud-est. Douze jours plus tard, environ 1000 tonnes métriques de fioul qui se déversent dans le lagon déclenchent une course contre la montre. Récit d'un naufrage qui restera dans les annales l'un des pires accidents maritimes sur nos côtes.

Il est 19 h 10, le 25 juillet 2020. La nuit tombe sur Pointe-d'Esny et les lumières s'allument dans les campements qui jalonnent le rivage. Pour certains, il est presque l'heure de passer à table en ce samedi frisquet. Pour d'autres, cela devait être une de ces soirées où l'on débouche un bon cru en se laissant bercer par le bruit des vagues. À cette heure, personne ne se doute de ce qui va se passer dans les minutes qui suivent. Un mastodonte de 300 mètres de long avec 207 tonnes métriques de diesel et 90 tonnes métriques de lubrifiants et 3 894 tonnes métriques de Very Low Sulphur Oil (VLSO) se trouve à six milles nautiques de Mahébourg. Il s'approche dangereusement des côtes.

À bord, l'équipage célèbre l'anniversaire d'un des leurs. Au menu : du Johnny Walker, de la bière Heineken, des échecs et du karaoké. Sur la passerelle du MV Wakashio, le capitaine et le chef ingénieur recherchent une connexion Internet. Le Chief Officer du vraquier japonais est aux commandes et, 15 minutes plus tard, c'est l'impact sur les récifs. Une secousse. Le choc. Le vraquier japonais est drossé sur les récifs à 900 mètres de la côte.

Il est 19 h 25. Aussitôt l'alerte donnée, les autorités mettent en place un comité de crise pour gérer l'incident maritime. Des démarches sont entreprises auprès de l'armateur japonais et l'assureur du MV Wakashio, Japan P&I, pour faire appel à SMIT Salvage, une société hollandaise spécialisée dans les opérations de sauvetage. Le protocole sanitaire mis en place en raison du Covid-19 ralentit les opérations. Ce n'est que le 31 juillet que les salvors montent à bord. Entre-temps, la plage est quasi noire de curieux ; certains font même des selfies pour immortaliser le moment, loin d'imaginer ce qui va leur tomber dessus les jours suivants. D'autres, le visage crispé, envisagent le pire. Entre-temps, la coque du vraquier s'érode sous la puissance des vagues et des forts vents du Sud-Est. À l'intérieur, l'eau inonde la salle des machines. Le fioul de la cale est alors transféré en hauteur.

Douze jours plus tard, soit le 6 août, la bombe à retardement explose. Un des trois réservoirs commence à se fissurer. Heureusement, les deux autres sont encore intacts. Les habitants de Pointe-d'Esny et toute la population, à travers les réseaux sociaux, assistent avec effroi au déversement d'environ 1 000 tonnes métriques d'huile à faible teneur en soufre des entrailles du mastodonte. Le choc fait vite place à la colère. La population et les écologistes blâment les autorités pour leur laxisme face au pire désastre environnemental auquel le pays est confronté.

Entre-temps, des bouées sont installées autour des sites écologiquement sensibles, notamment les deux sites Ramsar, le parc marin de Blue-Bay et les mangroves ainsi que l'île-aux-Aigrettes. Les hydrocarbures s'échappent rapidement pour souiller tout le littoral sud-est. Des nappes d'huile convergent vers le front de mer de Mahébourg, Pointe-Jérôme, Petit-Bel-Air, Rivière-des-Créoles, Pointe-aux-Feuilles, Anse-Jonchée, Bambous-Virieux, Deux-Frères, Quatre-Soeurs, entre autres.

Le lagon noirci par les hydrocarbures est un réveil pour les Mauriciens qui décident de prendre le taureau par les cornes. Une mobilisation citoyenne se forme pour faire front à cette marée noire sans précédent. Main dans la main, les Mauriciens se dressent contre ces nappes d'huiles lourdes qui s'avancent dangereusement vers les côtes du Sud-Est. Le parti politique écolo Rezistans ek Alternativ (R&A) et l'ONG Eco Sud sont les premiers à se mobiliser pour fabriquer des booms (bouées) artisanales absorbantes, remplies de paille de canne à sucre et de bouteilles en plastique.

Les membres de R&A et d'autres volontaires passeront des nuits entières sur le front de mer à Mahébourg pour fabriquer ces booms et les installer sur un kilomètre. Cette mobilisation humaine donne naissance à des sites de production de booms à travers l'île, dès le 7 août. C'est une vraie course contre la montre. Des milliers de volontaires soutenus par des compagnies sucrières, des hôtels et la Compagnie mauricienne de textile vont fabriquer 1 400 booms de 15 mètres sur quatre sites. Le groupe CIEL se mobilise sur la zone Rivière-des-Créoles/ Vieux-Grand-Port où l'huile a déjà atteint la côte pour fabriquer une bouée de paille de plusieurs mètres. L'Aventure du Sucre aide à confectionner des bouées en paille de canne.

Les membres du Rotaract Club de Mahébourg vont ramasser de la paille dans les champs de canne. Le Premier ministre finit par décréter un état d'urgence environnemental, recherchant l'aide de pays amis pour combattre cette marée noire de plus en plus menaçante. La France, à travers La Réunion, est le premier à entendre l'appel de détresse et le cri de désespoir des Mauriciens. Le Champlain et le CASA, un avion militaire, sont dépêchés avec des équipements anti-pollution et des officiers pour l'installation des bouées. Ensuite, l'Inde apportera son expertise pour combattre la pollution marine. Les hélicoptères Dhruv et Chetak font le va-et-vient entre le vraquier et la terre ferme. Des cubitainers remplis de fioul volent dans les airs. Le MV Wakashio menace de se briser en deux, avec au loin, le grincement de l'acier qui se fait de plus en plus persistant. La population retient son souffle. Le pompage des hydrocarbures s'accélère. Le vraquier finit par se scinder en deux.

Wakashio, symbole de mort

Deux remorqueurs tirent la proue à 24 km des côtes de Vieux-Grand-Port. Elle sombre à une profondeur de 3 180 mètres après cinq jours d'opération. Au bout de quelques jours, c'est l'hécatombe. Des dauphins Électre morts s'échouent sur les rivages du Sud-Est. Selon le rapport du Forensic Science Laboratory, les hydrocarbures sont présents dans l'estomac de 11 cétacés. Le MV Wakashio est aussi symbole de la perte de vies humaines. Le 31 août 2020, le Sir Gaëtan, remorqueur de la Mauritius Ports Authority (MPA), fait naufrage au large de Poudre-d'Or en remorquant la barge l'Ami Constant, qui participait au nettoyage du site du naufrage. Résultat ? Trois personnes à bord se noient et le capitaine est porté disparu. En décembre, sa mort est décrétée par la Cour suprême. Un an après, il ne reste que la poupe du vraquier toujours drossé sur les récifs. Son démantèlement par une compagnie chinoise est en cours. Mais le mauvais temps ralentit considérablement l'opération. Même s'il n'est plus qu'une épave, le MV Wakashio continuera à hanter ceux affectés par ce désastre écologique.

Cour d'investigation : ce que l'on sait déjà

Comment le MV Wakashio s'est-il encastré sur les récifs de Pointe-d'Esny dans la soirée du 25 juillet 2020 ? Pourquoi la National Coast Guard (NCG) n'est pas intervenue ? Pourquoi le salvage du vraquier a-t-il pris du temps ? Autant de questions auxquelles devra répondre la cour d'investigation chargée par le gouvernement de faire la lumière sur les circonstances du naufrage. Depuis le début des auditions, des témoins défilent devant le président, l'ancien juge Abdurafeek Hamuth, et ses deux assesseurs : Jean Mario Geneviève, Marine Engineer, et Johnny Lam Kai Leung, Marine Surveyor. Que saiton déjà ? Il y avait un anniversaire à bord et l'alcool coulait à flots et il y en avait pour tous les goûts.

Le capitaine Sunil Kumar Nandeshwar avait donné des instructions au Chief Officer, Tilakaratna Subodha, qui était le Navigating Officer, pour que le vraquier reste à 5 miles nautiques des côtes sud-est de Maurice. Ce dernier aurait changé la trajectoire après environ 40 minutes. Il se trouvait à ce moment-là sur le pont avec le Chief Engineer pour capter le signal mobile. Il n'avait rien vérifié après car il se trouvait sous l'influence de l'alcool. Le capitaine avait l'habitude de modifier le plan de navigation pour s'approcher des côtes pour chercher le réseau Internet, aussi souvent qu'il le pouvait.

Le rapport préliminaire d'Asiva Coopen, directeur adjoint du département Shipping, a révélé que la trajectoire initiale avait été déviée à trois reprises dans le «passage inoffensif» pour capter le réseau Wi- fi ; les plans de navigation en Indonésie avaient été effacés à la gomme et personne ne surveillait l'échosondeur qui indique la profondeur de l'eau. De son côté, Alain Donat, Director of Shipping, a affirmé que le rapport des salvors sur les dommages démontre clairement que le vraquier japonais avait subi des dommages structurels à au moins sept endroits. Les salvors auraient mis 48 heures pour arriver le 31 juillet. À cause du Covid-19 qui a tout chamboulé, les renfloueurs et les remorqueurs ont pris sept à huit jours pour arriver sur le site du naufrage. De plus, entre 19 h 25 et 20 h 10, la NCG de Mahébourg a contacté le MV Wakashio à trois reprises. Ce n'est qu'à 20 h 08 que le vraquier a répondu à l'appel de la NCG, enregistré par le poste de Blue-Bay. Pourquoi le Dhruv, l'oiseau de fer phare de la police, n'a-t-il pas pu décoller ce soir-là ? Après le Fennec, il peut voler la nuit. Tout simplement, parce qu'il était cloué au sol du 2 juin au 7 août 2020 pour des réparations, à cause d'un actionneur défectueux.

«Exkiz ? Bé dir mwa kot mo'nn foté ? (... )».

Phrase culte de Pravind Jugnauth, en réponse à une question d'un confrère, qui souhaitait savoir si des excuses étaient de mise. C'était le 12 août lors d'un point de presse - où «l'express» n'était pas invité, nos journalistes s'étant fait refouler à la porte. Au menu ce jour-là, la BBC, les critiques, les experts, le Covid-19... Depuis, cette phrase est liée à toutes les sauces.

Ces navires qui longent nos côtes

25 août 2020 : Le Yasa Unity, un cargo enregistré aux îles Marshall, dérive à 300 milles nautiques au Nord de Maurice, après une panne de moteur et d'électricité. Ce navire, qui fait 225 mètres de long, venait du port de Krishnapatnam en Inde en direction de Port Elizabeth en Afrique du Sud, avec à son bord une quinzaine de membres d'équipage.

9 mars 2021 : Le Lurong Yuan Yu 588, un chalutier battant pavillon chinois, s'échoue sur les récifs au large de Pointe-aux-Sables, avec, à son bord, 130 tonnes de diesel et 5 tonnes de lubrifiants. Heureusement pas de brèche, ni de fuite d'huile. Le 9 mars, le renflouage débute et deux jours plus tard, le chalutier est «extirpé» des récifs. Le Sir Edouard le remorque ensuite jusqu'au port.

28 mai 2021 : Le Berge Jaya, un vraquier de 360 mètres de long en route de la Malaisie vers le Brésil connaît une «panne de moteur» au large de Pointe-d'Esny, non loin du lieu où le vraquier japonais s'était échoué dix mois plus tôt. Son statut est qu'il n'était plus «under command» pendant plusieurs heures, selon l'application Marine Traffic. Cinq heures plus tard, le moteur va redémarrer et le vraquier va reprendre son trajet initial. Entretemps, le CGS Victory est déployé.

8 juillet 2021 : Le Victoria, cargo battant pavillon libérien en provenance de Côte d'Ivoire, est en route vers l'Inde quand il a une panne de moteur au large de Pointed'Esny. Le moteur réparé, le cargo redémarre pour reprendre la route jusqu'à sa destination finale.

12 juillet 2021 : Le MV Skylight, vraquier battant pavillon des îles Marshall, est en panne de moteur, à 40 milles nautiques au large du Morne. Interrogé, l'inspecteur Shiva Coothen du PPO affirmera que l'agent du vraquier avait pris contact avec les autorités portuaires pour que des réparations au moteur soient effectuées à Port-Louis.

En chiffres

Rs 54 237 116.70. C'est le montant des indemnités déboursées jusqu'ici par Japan P&I Club suivant les réclamations du gouvernement dans le sillage de la catastrophe engendrée par l'échouement du Wakashio.

Maintenant...

Des critiques ont plu sur les garde-côtes pour leur manque de réactivité face au danger que représentait le MV Wakashio. Alors que le vraquier est drossé sur les récifs de Pointe-d'Esny à 19 h 25, trois officiers de la NCG de Blue-Bay sont les premiers à atteindre sur le site du naufrage à bord d'un bateau pneumatique et semi-rigide, à 20 h 20, soit une heure après le naufrage. Qu'est-ce qui a changé depuis dans la surveillance maritime ? «L'expérience du Wakashio nous a permis de renforcer davantage nos protocoles et procédures d'opérations. Il y a une surveillance très régulière de nos unités sur la zone côtière et notre zone économique exclusive», explique l'inspecteur Shiva Coothen du Police Press Office (PPO). Selon lui, plusieurs unités se mobilisent, notamment la NCG, la Mauritius Radio Service, la MPA et la Police Helicopter Squadron. «Il y a une coordination plus accrue.» Citant le cas de plusieurs navires avec des pannes de moteurs, l'inspecteur Coothen fait ressortir qu'une équipe d'intervention composée des patrouilleurs CGS Valiant et CGS Victory est prête, selon l'état de la mer. «Rien n'est laissé au hasard. Nous assurons un suivi grâce aux AIS et traquons le mouvement des navires. Il y a une surveillance constante.»

Quid des dégâts environnementaux ? «Cette catastrophe aura causé un traumatisme qui restera dans nos mémoires, non seulement en tant qu'écologistes, mais aussi en tant que citoyens, avec une mobilisation nationale sans précédent, qui aura fait fi des partis politiques, des religions, des appartenances ethniques et du niveau de vie, démontrant ainsi un mauricianisme et un patriotisme sans précédent. Cela aura prouvé que la cause environnementale fédère au lieu de diviser et qu'elle nous permet de transcender nos divisions et de protéger notre nation ensemble», soutient Vassen Kauppaymuthoo, océanographe et ingénieur environnemental.

Selon lui, depuis, le traumatisme est encore présent dans les esprits, y compris dans ceux des personnes vivant dans l'angoisse de développer des maladies graves, des cancers après avoir respiré les vapeurs de la VLSHFO pendant des semaines ; l'angoisse de consommer des fruits de mer contaminés, la tristesse de voir de nombreux dauphins morts sur la côte ; l'angoisse de refaire une telle expérience traumatisante, l'angoisse de savoir que la population est vulnérable sur l'une des routes maritimes les plus fréquentées de la planète entre l'Asie et l'Afrique. «Je suis allé sur les plages de la région, il y a deux semaines, et j'y ai retrouvé des traces de fioul enfouies sous quelques centimètres de boue, signes que le désastre est encore bel et bien présent, avec à l'horizon la poupe et le château du MV Wakashio. Donc pour moi, peu de choses ont changé, et derrière les eaux de nouveau claires des lagons, se cache un doux et lent poison qui aura affecté notre trésor le plus cher, nos lagons et notre océan, pour longtemps encore... » se désole l'océanographe. Quelle leçon peut-on retenir de cette catastrophe ? «Nous retiendrons d'abord que nous sommes vulnérables, vu notre situation sur une des routes maritimes les plus fréquentées de notre planète.»

Selon lui, les dispositifs de surveillance maritime n'ont pas su protéger nos côtes, malgré les dispositifs radars. L'État n'a pas su utiliser les commandos de marine pour arraisonner le bateau avant qu'il ne soit trop proche des côtes. Le pays a sous-estimé le danger malgré tous ceux qui ont tiré la sonnette d'alarme depuis le début du naufrage mais qui n'ont pas été écoutés. La situation s'est dégradée mais elle était encore récupérable. Le mauvais temps n'a été qu'un prétexte pour ne pas agir. Quand le déversement a eu lieu, les autorités n'avaient pas les équipements nécessaires pour faire face à une telle catastrophe malgré les rapports et les plans de contingence. Elles auraient dû faire appel aux pays voisins, alliés et amis bien plus tôt. Les décideurs auraient dû donner un signal fort à toutes les autorités en mettant ceux qui ont failli face à leurs responsabilités. «Je pense que la leçon à tirer de cet événement est que notre pire ennemi, c'est nous-mêmes et que nous n'avons pas su prendre en compte les avertissements, comme le naufrage du MV Benita. Oui, le pays tout entier pleure encore du plus profond de son âme cette catastrophe, mais saurons-nous vraiment réagir si jamais cela se reproduisait ? C'est là, la vraie question... »

#BLD.

Cette expression est devenue populaire lors de la marche citoyenne du 29 aôut 2020, qui avait réuni bon nombre de Mauriciens d'ici et d'ailleurs. Le naufrage du Wakashio est la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase, provoquant un océan de colère...

Ils s'en souviennent...

Daveena Aubeeluck-Bauluck, copropriétaire du centre de plongée Scuba World: «Le mauricianisme a sauvé notre lagon»

En août 2020, soit deux semaines après l'échouement du MV Wakashio, une voix résonnait à travers l'esplanade du Mahébourg Waterfront où des centaines de bénévoles s'activaient pour construire des booms artisanaux. Une voix qui encourageait ceux qui s'était engagés sans relâche à effacer le voile noir qui recouvrait le lagon et les plages du Sud-Est. C'était celle de Daveena Aubeeluck-Bauluck, 34 ans et habitante de Mahébourg.

L'odeur nauséabonde du fioul et ces moments teintés de noir, elle ne les oubliera jamais. Lorsque l'huile a commencé à fuiter du vraquier japonais, son mari et elle n'ont pas hésité une seule minute à aller prêter main-forte. «C'était logique pour nous. Nous ne pouvions pas rester les bras croisés face à une telle tragédie. La mer, c'est non seulement notre fierté, notre passion mais c'est aussi notre gagne-pain», raconte la copropriétaire du centre de plongée Scuba World.

En mars 2020, le couple qui travaille dans l'hôtellerie depuis plus de dix ans a réalisé son rêve en lançant Scuba World après des mois de démarches et d'investissements. Mais quelques jours plus tard, le premier confinement dû à la pandémie de Covid-19 a amené la fermeture du centre de plongée pour plusieurs mois. À peine la levée des restrictions, voilà que le MV Wakashio pointe le bout de son nez. «C'était une catastrophe à tous les niveaux.»

Malgré le nouveau coup dur, Daveena se fait un devoir de se rendre tous les jours sur le terrain pour aider, comme elle peut, à contenir l'huile qui s'échappe des cuves du MV Wakashio et pour égayer les esprits affligés par l'horreur. La vague d'espoir prendra vite le dessus sur la marée noire qui déferle sur le littoral. «C'était effroyable mais ce que je retiens le plus, c'est comment la solidarité, l'amour de la mer et le vrai mauricianisme ont primé lorsque nous étions au Mahébourg Waterfront. C'est ce qui a sauvé notre lagon. Je pense qu'il nous faut continuer à garder cet état d'esprit.»

Un an après ce drame et un deuxième confinement plus tard, Daveena et son mari peinent toujours à relancer leur centre de plongée mais hors de question pour eux de baisser les bras. «Cette partie de la mer garde encore des séquelles du déversement d'huile mais la nature reprend doucement, mais sûrement, son droit. Nous sommes prêts à accueillir les passionnés de la mer et à leur faire découvrir ce lagon, ce patrimoine qui a su résister au pire. Ça restera une leçon de vie.»

Jay Hurlall, pêcheur: «Zamé lamer pou rétourn kouma avan»

«Lontan nou al lapes, nou kapav gagn 300 ou 400 liv pwason korn. Aster 50 liv mem ou pa gagné.» Le constat de Jay Hurlall, un pêcheur connu de Mahébourg, résonne avec celui de ses pairs. Le drame du MV Wakashio couplé à la pandémie de Covid-19 pèse lourd dans la balance. «Sa dernié lané-la bien difisil. Dé problem inn vinn ansam.» Pour Jay Hurlall, les images de l'échouement du MV Wakashio sont toujours vives. Le 26 juillet 2020, il se rend, comme d'habitude, dans le lagon de Pointe-d'Esny pour une partie de pêche peu avant le lever du soleil.

C'est là qu'il voit l'immense vraquier. «Bato-la ti ankor stab. Ti fasil tir li sa moman-la. Mo'nn korl Coast Guard é mo'nn kontinié lapes. Pa ti pansé pou éna sa kalité déga-la.» À ce jour, Jay Hurlall maintient que le déversement d'huile aurait pu être évité si les mesures avaient été prises d'emblée. «Komié fwa nou ti alert lotorité.» Malgré tout, le pêcheur est reconnaissant de la compensation de Rs 10 200 venant des autorités. «Pa pou kapav viv ek sa kas-la mé nou pou kontinié trasé.» Désormais, l'habitant de Mahébourg dit attendre une deuxième compensation et que la partie encore coincée du MV Wakashio soit enfin enlevée.

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