Afrique: Le Fonds mondial - Quels pays doivent combien ?

analyse

Publié à l'origine le 21 avril 2002. Réimprimé le 27 juillet 2021

Historique

Dans ce numéro spécial du 400e anniversaire, nous retraçons la chronologie des débuts d'Aidspan et du Global Fund Observer, et republions certains des articles les plus anciens qui, selon nous, illustrent les premiers travaux d'Aidspan. Cet article très intéressant est tiré des archives, il a été rédigé par trois militants qui se sont rencontrés par le biais du serveur "Break the Silence" (BTS) et ont commencé à échanger des idées sur la façon d'analyser quels pays " devraient " donner combien au Fonds mondial.

Le 21 avril 2002, Tim France, Gorik Ooms et Bernard Rivers ont écrit un article intitulé "Le Fonds mondial : Which Countries Owe How Much ?" et l'ont distribué à 20 000 professionnels du sida, fonctionnaires, journalistes et militants du monde entier. Cet article décrivait leur formule, le "Cadre des contributions équitables", et constituait la première tentative de quantifier le montant que chaque pays pouvait se permettre de verser pour soutenir le travail du Fonds mondial, proportionnellement au produit intérieur brut (PIB) du pays. Dans ce document, Bernard était décrit comme "le directeur d'Aidspan, une nouvelle organisation non gouvernementale qui fournit une aide à la collecte de fonds pour les projets de lutte contre le sida dans les pays en développement, basée à New York, aux États-Unis". C'était la première mention publique d'Aidspan.

L'article, légèrement raccourci pour des raisons d'espace, est reproduit ici avec l'aimable autorisation de Bernard Rivers et constitue une lecture éclairante, étant donné la croissance du Fonds mondial depuis les premiers jours de son existence.

21 avril 2002 : Le Fonds mondial : Quels pays doivent combien ?

Il y a près d'un an, la majorité des nations du monde ont décidé, lors de l'UNGASS (Session spéciale de l'Assemblée générale des Nations Unies sur le VIH/SIDA), une importante conférence des Nations Unies sur le SIDA, de porter les dépenses annuelles consacrées à l'épidémie de SIDA à 7-10 milliards de dollars d'ici 2005, une grande partie de cet argent devant être collectée et déboursée par un nouveau fonds mondial. Lorsque ce fonds a finalement été créé, son mandat a été élargi et il a été baptisé "Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme".

Le SIDA, une urgence sans précédent et qui s'accélère, a déjà un impact dévastateur en Afrique, avec des impacts similaires sur d'autres continents. Chaque jour, 8 000 personnes meurent et 13 000 autres sont infectées. Les experts s'accordent à dire que des dépenses raisonnables en matière de prévention et de traitement du SIDA, de la tuberculose et du paludisme peuvent avoir des effets bénéfiques considérables non seulement sur la santé humaine, mais aussi sur le développement économique.

Jusqu'à présent, des efforts ont été déployés pour réunir l'argent nécessaire au Fonds mondial par des dons volontaires ad hoc. Ces efforts ont échoué. Les gouvernements se sont engagés à verser à peine 1,8 milliard de dollars. Les contributions du secteur privé ont été encore plus décevantes, avec aucune promesse significative depuis que la Fondation Bill et Melinda Gates a offert 100 millions de dollars il y a dix mois.

Il est temps d'adopter une nouvelle approche. Le Fonds mondial doit se développer rapidement pour réunir 10 milliards de dollars par an. Les contributions au Fonds mondial doivent être équitablement réparties entre les pays dont les citoyens mènent les vies les plus confortables et les moins menacées. Cela signifie que les pays les plus riches, comme les États-Unis, devraient contribuer beaucoup plus qu'ils ne le font actuellement. Mais cela signifie également que des contributions devraient provenir de pays comme l'Australie, Singapour et les Émirats arabes unis - des pays relativement riches qui n'ont pas encore versé le moindre centime.

Une partie du problème est qu'à ce jour, personne n'a proposé de méthode de calcul indiquant quels pays devraient donner combien. Le tableau suivant propose donc un "cadre de contributions équitables" qui peut être utilisé comme point de départ pour déterminer un niveau de contribution approprié pour chaque pays, et pour évaluer les résultats de chaque pays par rapport à ce niveau.

Le cadre suggère qu'un milliard de dollars par an devrait provenir du secteur privé, ce qui est un minimum pour justifier le label "partenariat public/privé" et les deux sièges dont il dispose sur les 18 sièges de vote du Conseil d'administration du Fonds mondial. Les 9 milliards de dollars restants devraient provenir, proportionnellement au produit intérieur brut (PIB), des 48 pays ayant un indice de développement humain (IDH) "élevé" (l'IDH des Nations unies mesure la qualité de vie globale en fonction du niveau de vie, de l'espérance de vie, de l'alphabétisation et de la scolarisation).

La contribution proposée s'élève à 0,035 % du PIB de chaque pays. Aucun pays n'a encore donné autant. En supposant, en l'absence de meilleures données, que toutes les contributions versées jusqu'à présent sont entièrement destinées à être utilisées cette année (2002), les Pays-Bas (qui contribuent à hauteur de 97 % du niveau proposé), la Suède (73 %) et l'Italie (57 %) ont obtenu des résultats raisonnables. Dix-sept pays ont donné entre 1 % et 50 % du niveau proposé, le Japon et les États-Unis se situant à un niveau très décevant de 12 % et 13 %, respectivement. Enfin, 28 pays "à haut niveau de développement" n'ont rien donné du tout. De plus amples détails sont fournis sur www.hdnet.org et www.aidspan.org.

C'est tout à l'honneur de pays comme l'Ouganda et le Nigeria qui, aussi pauvres soient-ils par habitant, ont versé des contributions de plusieurs millions de dollars au Fonds. Et c'est à la honte d'un grand nombre des 48 pays relativement riches qu'ils ont contribué peu ou pas du tout, sans même dire pourquoi.

Le Fonds mondial représente une nouvelle approche audacieuse. Les dirigeants du Fonds affirment qu'il sera plus rapide, plus participatif, plus transparent et plus responsable que les canaux traditionnels. Le Fonds doit avoir une chance de faire ses preuves. Il serait dommage qu'il échoue simplement parce qu'il n'a pas reçu le financement dont il a besoin pour s'établir correctement et répondre aux besoins les plus urgents et les plus évidents.

Tableau 1. Cadre des contributions équitables pour le Fonds mondial, sur la base du PIB (21 avril 2002)

Pays

Proposition de "contribution annuelle équitable" au Fonds mondial (millions de dollars), proportionnellement au PIB.

Promesses totales faites jusqu'à présent au Fonds mondial (en millions de dollars et en % de la colonne 2)

Part estimée de l'engagement total qui s'applique à 2002 (en millions de dollars et en % de la colonne 2)

Pays du G7 à "indice de développement humain élevé" :

Etats-Unis

3,479

450 (13%)

250 (7%)

Japon

1,646

200 (12%)

68 (4%)

Allemagne *

658

158 (24%)

35 (5%)

Royaume Uni *

498

219 (44%)

67 (13%)

France *

453

151 (33%)

51 (11%)

Italie *

376

215 (57%)

73 (19%)

Canada

243

100 (41%)

38 (15%)

Total pour les pays du G7:

7,352

1,493

580

Pays hors G7 à "indice de développement humain élevé" :

Espagne *

195

58 (29%)

19 (10%)

Pays-Bas *

128

125 (97%)

42 (32%)

Suisse

85

10 (12%)

3 (4%)

Belgique *

81

19 (24%)

6 (8%)

Suède *

80

58 (73%)

20 (25%)

Autriche *

67

4 (5%)

1 (2%)

Danemark *

57

2 (4%)

1 (1%)

Finlande *

42

2 (4%)

1 (1%)

Grèce *

39

2 (4%)

1 (1%)

Portugal *

37

1 (4%)

0 (1%)

Irlande *

33

10 (31%)

3 (10%)

Koweit

10

1 (10%)

0 (3%)

Luxembourg *

7

3 (41%)

1 (14%)

Argentine, Australie, Bahamas, Bahrain, Barbades, Brunei, Chilie, Costa Rica, Croatie, Chypre, République Tchèque, Estonie, Hong Kong, Hongrie, Icelande, Israel, Lithuanie, Malea, Nouvelle Zélande, Norvège, Pologne, Qatar, Singapoure, Slovaquie, Slovenie, Corée du sud, Emirats Arabes Unis, Uruguay

1 to 161

0 (0%)

0 (0%)

Total pour les pays à "IDH élevé" hors G7 :

1,648

294

99

TOTAL:

Total pour les 48 pays à "IDH élevé"

9,000

1,788

679

Total pour tous les autres pays **

33

11

Total pour le secteur privé (fondations et entreprises) ***

1,000

101

34

Grand total:

10,000

1,922

725

Exemple explicatif : en 2000, le PIB de l'ensemble des 48 pays s'élevait à 25 569 milliards de dollars. Cette année-là, le PIB des États-Unis était de 9 882 milliards de dollars, soit 38,7 % du total. Ainsi, si les 48 pays se partageaient équitablement la donation de 9 milliards de dollars par an au Fonds mondial (le milliard de dollars restant provenant du secteur privé), la contribution des États-Unis serait de 3,479 milliards de dollars, comme indiqué dans le tableau.

Sources : Engagements : http://www.globalfundatm.org/, www.un.org/News/ossg/aids.htm, et sources privées. IDH : www.undp.org/hdr2001. PIB www.worldbank.org/data/databytopic/GDP.pdf. Les promesses de dons datent du 18 avril 2002.

Des données supplémentaires et des mises à jour futures sont disponibles sur www.hdnet.org et www.aidspan.org.

La dernière colonne est basée sur des sources privées plus nos propres estimations, car les informations ne sont pas publiées. Nous comprenons que le total des promesses de dons est de : 2002=725 millions de dollars, 2003=487 millions de dollars, 2004=132 millions de dollars, 2005=67 millions de dollars, 2006=27 millions de dollars, plus 484 millions de dollars pour lesquels l'année ou les années ne sont pas précisées. Nous comprenons également que les engagements pour 2002 (avant d'ajouter les parts de l'engagement de l'Union européenne (UE), le cas échéant) sont les suivants : États-Unis = 250 millions de dollars, Royaume-Uni = 60 millions de dollars, Pays-Bas = 40 millions de dollars, Canada = 37,5 millions de dollars et Allemagne = 26,5 millions de dollars. Pour les autres pays et le secteur privé, la part de 2002 n'étant pas connue, nous avons supposé qu'elle représentait 33,8 % de l'engagement total, afin de porter le total global de 2002 au chiffre connu de 725 millions de dollars. Les informations supplémentaires reçues seront prises en compte dans les futures versions de ce tableau.

* La Commission européenne (CE) a promis 106,9 millions de dollars au Fonds mondial. Dans le tableau, cette somme a été ajoutée aux promesses de dons directs au Fonds mondial des 15 pays de l'UE, au prorata de leurs PIB respectifs. Le Danemark, la Grèce, la Finlande et le Portugal n'ont pas fait de promesses de dons directs, mais, comme les autres, ils ont été crédités ici d'une partie de la promesse de la CE.

** Les pays dont l'IDH n'est pas élevé et qui ont fait des dons sont la Russie (20 millions de dollars), le Nigeria (10 millions de dollars), l'Ouganda (2 millions de dollars), le Zimbabwe (1 million de dollars), Andorre (100 000 dollars), le Niger (50 000 dollars), le Liberia (25 000 dollars) et le Kenya (8 273 dollars).

*** Sur les 101,15 millions de dollars promis par le secteur privé au 18 avril 2002, 100 millions de dollars provenaient de la Fondation Bill et Melinda Gates.

Note d'accompagnement aux lecteurs et rédacteurs

L'article ci-dessus a été distribué le 21 avril 2002 à 20 000 professionnels du sida, responsables gouvernementaux, journalistes et militants du monde entier.

L'article a été écrit par trois personnes qui travaillaient avec des ONG sur trois continents différents. Elles se sont rencontrées par voie électronique grâce à leur participation active au forum de discussion électronique spécialisé Break-the-Silence (BTS), qui comptait à l'époque plus de 3 000 membres dans le monde. BTS servait à soutenir la participation de la société civile aux débats internationaux sur le VIH/sida et d'autres questions liées à la santé. Depuis octobre 2001, les discussions du BTS se sont principalement concentrées sur le Fonds mondial.

Les contributions financières au Fonds ont considérablement diminué au cours des derniers mois, et sont bien en deçà du niveau initialement prévu. Les premières demandes de subventions du Fonds, en mars 2002, portaient déjà sur des sommes bien supérieures à ce que le Fonds peut actuellement fournir de manière durable. Ces problèmes ont engendré une frustration considérable parmi les membres du BTS, ainsi que parmi les gouvernements et les ONG qui sollicitent le soutien du Fonds mondial.

L'article, rédigé en réponse à cette frustration, propose l'établissement d'un "cadre de contributions équitables" qui servirait de guide aux niveaux de contribution appropriés au Fonds.

Au moment de la rédaction de l'article, les auteurs dirigeaient des organisations non gouvernementales (ONG) au Mozambique, en Thaïlande et aux États-Unis qui s'occupent du sida dans le monde.

* Le Dr Tim France était directeur de Health & Development Networks, une organisation irlandaise à but non lucratif basée en Thaïlande qui s'efforce d'améliorer la communication dans le domaine du VIH/SIDA et d'autres domaines de la santé.

** Le Dr Gorik Ooms était chef de mission des opérations de Médecins Sans Frontières (MSF) au Mozambique.

*** Bernard Rivers était à la tête d'Aidspan, une nouvelle organisation non gouvernementale fournissant une aide à la collecte de fonds pour les projets de lutte contre le sida dans les pays en développement, basée à New York, aux États-Unis.

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