Congo-Kinshasa: Et si le pays engageait des réformes en profondeur dans le sens de l'oxymore : "capitalisme social "

Il y a peu à nous réjouir collectivement de nos soixante et un années d'indépendance et de souveraineté internationale. En témoigne la situation apocalyptique dans laquelle patauge notre pays pendant presque tout ce temps.

Dernièrement, un ami, arc-bouté sur ses certitudes, m'administrait, sans rire, une leçon sur la gérontocratie : « les quinquagénaires sont dans la jeunesse de la vieillesse, les sexagénaires dans l'âge adulte de la vieillesse et les autres, c'est-à-dire, les septuagénaires et plus sont dans la vieillesse de la vieillesse. Dans cette terminologie gérontocratique, les sexagénaires, comme la RD Congo, se trouvent dans la bonne posture, d'adultes parmi les vieux.

C'est peut-être la raison pour laquelle, le 30 Juin dernier, malgré l'indigence ambiante, pas mal de compatriotes à travers le pays se sont pavanés, sur leur 31, d'autres sont sortis cotillon confettis, tout cela pour marquer d'une pierre blanche cette date mémorable. Les apparences étant souvent trompeuses, les observateurs non avertis pouvaient espérer entendre parler du Congo pour des bonnes raisons que pour des mauvaises.

C'est tout juste le contraire ! Le cocotier des tares qui continuent à tirer le pays vers le bas, n'a perdu aucun de ses fruits. Nous allons jusqu'à penser que les pères de l'indépendance se seraient retourner dans leurs tombes, pleins de déception , à l'idée qu' après tant d'années d' indépendance, le congolais lambda était toujours dans sa position de mendiant assis sur une mine d'or.

Les promesses trahies d'un développement durable, le désespoir d'une jeunesse confinée soit dans le chômage, soit dans le brain drain, la dilapidation des richesses du pays, la médiocrité observée çà et là, le laisser-aller de certains fonctionnaires brandissant, à tout va le slogan : « Tu fais semblant de me payer, je fais semblant de travailler « persistent et continuent à faire le lit de la descente aux enfers du pays. Et comme si tout cela ne suffisait pas, des pratiques malsaines telles que le népotisme, la corruption, le détournement des derniers publics sont venues se greffer à la liste déjà longue des tares qui gangrènent le pays. Ainsi dans notre pays, et pendant longtemps, les anormalités qui ont élu domicile deviennent la règle tandis que ce qui est normal devient l'exception.

Dans ce contexte, rechercher un électrochoc salutaire relève du parcours de combattant. Malheureusement, personne ne le fera à notre place. Il revient à nous même de nous lever pour trouver les ressources nécessaires afin de sortir le pays de ce pétrin. Par les temps qui courent, certains d'entre nous n'ont pas trouvé mieux que de se jeter dans les bras manipulateurs du fatalisme.

Ils croient dur, comme fer, qu'il suffit de prier, les bras croisés, quelle que soit l'épreuve et Dieu, dans sa divine providence, va faire le reste. Faisant ainsi fi de l'injonction divine : « Tu mangeras à la sueur de ton front ou encore de l'adage qui stipule que « le ciel t'aidera si tu commences par t'aider ». Notons au passage que, ceux qui réussissent dans la vie sont ceux qui savent tirer des disfonctionnement s ambiants, Les changements qui s'imposent pour aller de l'avant. Un paradoxe ébouriffant qui donne froid dans le dos.

Le Congo, notre pays, est appelé, à juste titre, scandale géologique. Ceci du fait de nombreuses ressources dont regorgent son sol et son sous-sol ainsi que de nombreux atouts dont son potentiel hydroélectrique, ses moyens hydriques, ses réserves en hydrocarbures et en gaz naturel, sa riche faune et flore, ses parcs nationaux, sans oublier de mentionner qu'il est avec le Brésil le poumon du monde par ses forêts.

Pour la petite histoire, au Congo les poissons meurent de vieillesse dans le fleuve ou dans les nombreuses rivières qui traversent le pays. Il va de soi que toutes les enquêtes des Nations Unies sur le sujet, placent le Congo parmi les 10% des pays les plus riches en ressources naturelles. Comble de paradoxes, les mêmes études des Nations Unies sur des questions connexes, le relègue au rang subalterne des 10% des pays les moins nantis, où les populations vivent en moyenne avec moins d'un dollar par jour. Le Congo ne mérite pas ça et le slogan qui devait sortir de la bouche de tout congolais doté d'un minimum de patriotisme devrait être : « ça ne peut pas continuer comme ça ».

D'autre part, un sage proverbe africain conseille qu'au cas où on est plongé dans l'obscurité, Il ne sert à rien de la maudire. Il vaut mieux, par contre, d'allumer une bougie. Ici cette bougie pourrait prendre la forme d'une fédération de nos intelligences afin de proposer à nos dirigeants un changement de paradigmes afin d'aller vers une approche qui consisterait à engager des réformes pour transformer avec beaucoup de tact nos richesses qui dorment dans la nature en atouts de développement.

Et si pour relever le pays et l'arracher du cercle vicieux de la pauvreté et de l'endettement, on se tournait vers un capitalisme à visage humain, à la congolaise ! Un tel système devrait veiller à ce que la pièce maîtresse «Etat de droit « ne manque pas au puzzle. Il devrait aussi prendre soin d'éviter l'opacité totale, qui est la marque de fabrique des régimes autoritaires.

Dans les choix des dirigeants, les critères de compétence et d'intégrité devraient damer le pion aux autres considérations taillées sur mesure dans le flot et le flou des arguties politiciennes. Il n'y a pas de vaccin contre l'esprit critique. C'est dans cet ordre d'idées que je me permets de cogiter, à voix haute, sur le système susmentionné.

Pour un projet aussi important pour notre pays, nous devrions fédérer nos intelligences et proposer aux dirigeants du pays, un changement drastique de boîtes à outils politique, économique et sociale. Ceci dans le fil droit de nos valeurs sociétales. Le modèle brésilien des années 1980 me semble, à cet égard recommandable. Ce modèle a porté des fruits juteux. Une classe moyenne en est sortie en même temps qu'un grand nombre de milliardaires.

L'approche dont il est question, s'est appuyée essentiellement sur la stratégie qui consistait à se débarrasser des vieux habits de de l'impérialisme économique pour chercher à s'émanciper avec une utilisation optimale des richesses du pays et une allocation rationnelle de ces richesses. Le Président Lula et ses conseillers avaient certainement compris qu'un pays ne se développe pas à coups de dettes.

En effet, le paiement d'une dette n'enlève pas la raison qui a occasionné le déficit. Les réformes envisagées devraient, pour être efficaces, respecter scrupuleusement les viatiques utilisées par des réformateurs à succès. A savoir : avoir un mandat du peuple, raconter au peuple une histoire convaincante, sur le bien-fondé de ces réformes, mobiliser ceux qui vont tirer illico les avantages de ces réformes et indemniser les perdants éventuels des dites réformes. La jeunesse, la diaspora et la gente féminine congolaises peuvent aussi apporter une contribution énorme à l'élaboration, et à l'implémentation des réformes dont le pays a besoin.

En ce qui concerne la jeunesse congolaise, disons tout de ce qu'elle est une de plus brillante du continent. Elle a développé une résilience qui lui sert de ressort pour entretenir le rêve d'un pays fort. Il faut lui créer un écosystème fait de lois et de politiques publiques qui lui permette d'atteindre son plein potentiel. Elle peut donc jouer un rôle clé dans le déploiement des outils de développement dont le pays a besoin pour son redressement.

S'agissant de la diaspora congolaise, le pays peut tirer avantage des expériences multisectorielles que celle-ci a capitalisé dans d'autres pays plus avancés que le Congo. Enfin le pays peut, dans les nombreuses discussions sur les mutations à imprimer pour sa relève, compter sur l'intelligence du cœur, la touche féminine, quasi maternelle et teintée de sainteté et d'une discipline de fer. Ceci avec les vertus de sagesse, d'humilité et de retenue que les femmes savent toujours avoir.

En guise de conclusion

Après soixante et un ans d'indépendance, le pays n'a pas avancé. L'intelligentsia congolaise ne doit pas rester en laisse. Il est de son devoir, aidée, le cas échéant, par des Think thank étrangers de trouver des leviers qui vont faire en sorte que demain soit meilleur qu'aujourd'hui. Nous n'avons pas moralement le droit de laisser aux générations futures un pays en lambeaux assis sur des richesses incommensurables.

Les scientifiques, les experts et les technocrates ne doivent pas croiser les bras. Ils doivent chercher les voies et moyens pour mettre en symbiose leurs intelligences individuelles mais aussi collectives afin de trouver des solutions aux défis qui se posent au pays. Le cas du Brésil des années Lula est un exemple d'école qui mérite notre attention.

Nous devrions nous appesantir sur les ressorts et les arcanes de ce miracle qui a laissé le monde entier pantois. Et si besoin est, étudier comment adapter ce modèle aux réalités de notre pays. Avec la bénédiction des autorités du pays , je ne vois pas d'inconvénients à ce qu'une équipe éclectique de technocrates congolais descende à Rio ou à Brasilia pour s'enquérir du cas du modèle brésilien des années Lula et de son application éventuelle au cas du Congo, à nos valeurs sociétales près. Laissez-moi terminer ce propos par un vieil adage suivi d'un vœu ardent au peuple congolais. « On ne vit pas de ce qu'on a fait, mais on meurt de ce qu'on a pas fait « Puisse le Très Haut daigner faire en sorte que la pluie des pleurs des congolais puisse atteindre les vertus de compassion et d'humanisme de ses dirigeants politiques.

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