Tunisie: Reportage | Le soir du 25 juillet dans les rues d'El Menzah 6 et 7 - « Le pire est derrière nous »

27 Juillet 2021

Des scènes de liesse prennent place dans les quartiers d'El Menzah et d'Ennasr après l'annonce du Président Kaïs Saïed de ses décisions visant entre autres le gel de l'ARP. Notre reportage

Dimanche dès 10 h du soir, les klaxons, qui remplissent les rues d'El Menzha 6, El Menzh 7 et la Cité Ennasr toute proche auraient pu être celles d'un mariage estival, si ce n'était le couvre-feu décrété pour cause de situation sanitaire alarmante par laquelle passe la Tunisie depuis des mois. Le silence qui planait sur toute la zone jusqu'à 21 h laisse subitement la place à une stridente symphonie de klaxons puis à des feux d'artifice fusant de partout dans le ciel tout noir. Les carrefours se remplissent très vite d'une foule en liesse, des habitants des lieux, qui agitent leurs drapeaux, dansent et chantent en entonnant de temps à autre l'hymne national suivi par l'hymne tunisien à la joie, la populaire chanson de la grande Naâma, « Ellila Aid » (Ce soir, c'est l'Aid).

Des femmes, beaucoup de femmes de tous âges, souvent accompagnées de leurs familles, envahissent ces quartiers de la banlieue résidentielle de Tunis. Elles sont là pour fêter les décisions du président Kaïs Saïed proclamées à la fin de cette journée de la fête de la République. Celles notamment concernant le gel pour une période de 30 jours des activités de l'Assemblée des représentants du peuple, la levée de l'immunité dont bénéficient les parlementaire et le limogeage de Hichem Mechichi, Chef du gouvernement. Il s'agit des trois annonces faisant l'unanimité parmi les rassemblements qui se forment spontanément.

« Ils ont pris en tenailles un peuple entier »

Malgré la conscience des incertitudes du lendemain, la liesse générale tranche avec ces derniers mois où le confinement, la catastrophe sanitaire pour cause de dangereuse propagation de la pandémie ainsi que la crise économique et politique inédites ont laissé planer sur la Tunisie un état de léthargie et de dépression générale.

Ahmed, 28 ans, tient une conversation très animée avec un groupe d'amis de son âge à l'entrée du quartier Ennasr.

« Je sais que ce qui nous arrive ressemble en tous points à un coup d'Etat, mais le personnel politique de ces dix dernières années nous a fait tout endurer. Ce qui adviendra ne peut pas être pire que ce que nous avons déjà vécu ! », assure-t-il.

Plus loin, Leila, la cinquantaine bien entamée, agite son foulard et danse sous les sons des klaxons.

« Je célèbre la libération de la Tunisie du pouvoir des islamistes qui ont pris en tenailles tout un peuple », crie-t-elle

Les foules qui ont investi les rues de ces quartiers résidentiels sont différentes de celles qui ont dominé les manifestants au Bardo devant l'ARP la matinée même de la fête de la République. Avec des slogans très inspirés de la campagne «Manich Msamah» (Je ne pardonne pas), les jeunes très présents dans le rassemblement du jour ont scandé :

- La mite a mangé le système/ Ceci n'est pas un Etat/ Ceci est la ferme Mhrouss !

-Le Peuple n'en peut plus des nouveaux Trabelsi !

Le soir, le public semblait hétéroclite, réunissant tous les déçus jusqu'à la nausée des mœurs qui ont régi la République de ces dix dernières années : mensonge, affairisme, corruption, gouvernance partisane, opportunisme politique... Pas de slogans traversant les scènes de liesse nocturne, sinon l'expression dans l'unisson d'une joie hors de tout contrôle. Déchanteront-ils les jours et les nuits d'après ? Ils préfèrent, pour le moment, ne pas y penser, choisissant plutôt d'éterniser l'instant présent par une déferlante de vidéos et de photos interceptées à partir de leurs portables...

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