Tunisie: Crise politique - Les chancelleries enjoignent à la Tunisie d'éviter «la violence»

Après avoir démis de ses fonctions le Premier ministre et suspendu le Parlement, le président Kaïs Saïed a limogé, le 26 juillet, le ministre de la Défense. Une démarche soutenue dans la classe politique.

Le lundi, de nombreux poids lourds de la politique tunisienne ont apporté leur soutien à la démarche présidentielle. En dépit de cet appui dans la classe politique, Ennahdha -le parti majoritaire au Parlement- dénonce toujours, de son côté, « un coup d'État » et la communauté internationale s'inquiète d'une possible dérive autoritaire.

Dans la soirée, le désormais ex-Premier ministre, Hichem Mechichi, soutenu par Ennahdha, a déclaré : « Je m'engage à assurer la passation pacifique de pouvoir comme l'exigent les coutumes de la vie politique en Tunisie. »

Mais aujourd'hui, après avoir limogé trois ministres (Intérieur, Justice et Défense), Kaïs Saïed doit faire face aux interrogations sur la légitimité constitutionnelle de ses décisions, même s'il a déclaré ne pas être un putschiste et que le dialogue continue après avoir rencontré des partenaires sociaux et la société civile. Il doit de plus nommer un successeur à Hichem Mechichi et assurer aussi que le pays ne s'embrase pas face à ce changement de pouvoir et les mesures d'exception qu'il doit promulguer.

L'article 80 de la Constitution ne dit rien sur la limite de ces mesures, mais il stipule que le président aurait dû consulter avec le chef du Parlement, Rached Ghannouchi, et celui du gouvernement. Le premier, également leader du parti islamo-conservateur Ennahdha, conteste avoir été averti et tenait encore jusqu'à mardi soir, à tenir séance comme d'habitude.

Le principal syndicat du pays, l'Union générale des travailleurs tunisiens, a de son côté appuyé ces mesures tout en demandant à Kaïs Saïed des garanties constitutionnelles.

L'un des partis de la coalition majoritaire au Parlement, pourtant opposé au président en exercice, Tahya Tounes, a déclaré se ranger aux côtés des revendications du peuple tunisien, en appelant au respect des acquis démocratiques.

Une situation inquiétante

Les réactions internationales se sont multipliées dans la journée. Anthony Blinken, le secrétaire d'État américain a appelé Kaïs Saïed pour « l'exhorter à respecter la démocratie ». Le chef de la diplomatie l'a incité à « maintenir un dialogue ouvert avec tous les acteurs politiques et le peuple tunisien ». Antony Blinken a également promis le soutien américain à l'économie tunisienne et à la lutte contre la Covid-19, un élément clé dans les manifestations qui ont éclaté dans le pays et conduit le chef de l'État à suspendre les travaux du Parlement.

Plus tôt, Washington avait appelé « toutes les parties » impliquées dans la crise politique en Tunisie à « éviter toute action qui pourrait (...) mener à la violence », pour ne pas « dilapider » les fragiles progrès de la toute jeune démocratie, selon un communiqué du département d'État.

En France, la porte-parole des Affaires étrangères a appelé « l'ensemble des forces politiques à éviter toute forme de violence et à préserver les acquis démocratiques ». La France « souhaite le respect de l'État de droit et le retour, dans les meilleurs délais, à un fonctionnement normal des institutions, qui doivent pouvoir se concentrer sur la réponse à la crise sanitaire, économique et sociale ».

L'Union européenne a, quant à elle, appelé au « respect de la Constitution, des institutions et de l'État de droit » et à « éviter le recours à la violence ».

En Allemagne, le ministère des Affaires étrangères s'est déclaré « très inquiet ». « Il est maintenant important de revenir à l'ordre constitutionnel le plus rapidement possible. » Les événements « constituent un grand défi pour la Tunisie » et démontrent « l'urgence de s'attaquer maintenant aux réformes politiques et économiques ».

En Russie, le porte-parole du Kremlin a espéré que « rien ne menacera la stabilité et la sécurité des citoyens ». Toujours dans le même registre, l'ONU a recommandé à toutes les parties en Tunisie à faire preuve de retenue, à s'abstenir de toute violence et à garantir le calme.

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