Madagascar: Projet d'attentat - Trois généraux en activité mis en cause

La tentative d'assassinat du président de la République éclabousse les Forces armées. Trois officiers généraux toujours en activité sont, notamment, happés par cette affaire.

Laissons l'enquête suivre son cours. Ce sont les mots du général Richard Ravalomanana, secrétaire d'État a la gendarmerie nationale, pour expliquer pourquoi il a signé les autorisations de poursuite des gendarmes happés par les investigations sur la tentative d'assassinat du président de la République.

L'information a été donnée par le général Ravalomanana durant un entretien, en marge d'une dotation d'équipements aux bérets noirs, dans le cadre de la coopération avec leurs homologues français. Le membre du gouvernement confirme l'information selon laquelle onze gendarmes sont mis en cause dans l'enquête de tentative d'assassinat. Quatre d'entre eux sont des hommes du Groupe de sécurité et d'intervention spéciale (GSIS), dont un officier.

Des sources proches du dossier confient, du reste, que trois officiers généraux sont toujours en activité. Deux seraient issus des rangs de la gendarmerie nationale et le dernier de l'armée. À l'instar des onze bérets noirs, les autorisations de poursuite pour les deux officiers généraux de la gendarmerie auraient, également, été signées.

Les enquêteurs seraient toujours en attente de l'autorisation de poursuite du général de l'armée afin qu'il puisse être auditionné. Il aurait déjà été responsable des armements au sein du Corps du personnel et des services administratifs et techniques (CAPSAT). À entendre les explications du général Ravalomanana, les militaires éclaboussés par l'enquête sur la tentative d'assassinat du chef de l'État auraient été en relation avec les présumés cerveaux de l'affaire.

Paul Rafanoharana, de nationalité franco-malgache, un ancien officier de la gendarmerie française et Philippe Marc François, un colonel retraité de l'armée française, sont les deux présumés instigateurs de l'attentat déjoué le 20 juillet. La mission aurait été baptisée Apollo 21. La raison est que les opérations ciblant des personnalités étatiques, notamment, le Président devaient être déclenchées le 21 juillet.

Deux enquêtes parallèles

Les quatre gendarmes d'élite du GSIS sont, notamment, mis en cause pour leur relation avec Philippe Marc François. Le général Ravalomanana y a fait référence, à demi-mot, hier. À s'en tenir à ses propos, l'un des éléments du GSIS aurait joué le chauffeur du présumé cerveau de la tentative d'assassinat du président de la République. C'est à l'enquête de déterminer s'il n'a réellement été que le chauffeur de cette personne, ou que cette dernière voulait utiliser ses compétences à d'autres fins, déclare-t-il.

Le secrétaire d'État à la gendarmerie nationale ajoute, en tout cas, le GSIS est une unité d'élite. S'il voulait un chauffeur, il aurait pu chercher ailleurs. Retraité de l'armée française, Philippe Marc Francois est arrivé à Madagascar avec une casquette d'opérateur économique. Les indiscrétions chuchotent que depuis plusieurs mois, il avait à sa disposition trois éléments du GSIS. Tous les trois ont été auditionnés dans le cadre de l'enquête. Le quatrième qui est un officier est leur supérieur hiérarchique.

Le général Ravalomanana réaffirme que des preuves matérielles, comme des relevés téléphoniques, des groupe de discussions par le biais d'une application cryptée, ou encore, des échanges de mails confortent les soupçons d'une tentative d'assassinat du chef de l'État. Ces éléments nous ont permis de savoir ce qu'ils voulaient faire et comment comptaient-ils procéder, soutient le membre du gouvernement.

Tous ceux qui ont eu un lien, ou ceux qui sont cités dans cette affaire seront enquêtés. Cela ne veut pas dire qu'ils soient coupables, pour autant, ajoute le secrétaire d'État à la gendarmerie nationale. Par ailleurs, il y a deux enquêtes parallèles. D'un côté, il y a celle conduite par la brigade criminelle de la gendarmerie nationale. De l'autre, celle menée par la gendarmerie nationale, en raison de la mise en cause d'officiers généraux et officiers.

Du fait de son statut de colonel retraité, Philippe Marc François est auditionné par des officiers de la gendarmerie. Il serait gardé à vue au camp Ratsimandrava. Pour sa part, Paul Rafanoharana aurait été renvoyé de la gendarmerie française et aurait donc un statut de civil. Son cas est entre les mains des enquêteurs de la brigade criminelle.

Yvon William Randriazanakolona interpellé

Une surprise. Personne n'a vu venir le scénario, hier. Tôt le matin, des éléments de la police nationale ont procédé à une perquisition au domicile de Yvon William Randriazanakolona, dit Sareraka. Ils ont, également, procédé à son interpellation. Il a, ensuite, été conduit au camp de l'École nationale supérieure de police (ENSP), Ivato, pour être auditionné.

«Le nom de Sareraka a été cité par l'une des personnes concernées dans le cadre de l'enquête relative à l'attentat contre le président de la République, explique une source proche de l'enquête», rapporte la Dépêche informative Taratra. L'agence de presse étatique ajoute, toutefois, « cela ne veut pourtant pas dire qu'il est coupable ou non. (... ) Seule l'enquête déterminera son implication ou non dans le cadre de cette enquête».

La Dépêche informative Taratra ajoute, « des sources concordantes confirment que Sareraka a toujours été proche de Madagascar Oil». C'est à la maison mère de cette entreprise d'exploitation d'huile lourde que Paul Rafanoharana, un des présumés cerveaux de la tentative d'assassinat du chef de l'État, s'est adressé pour demander un financement de son plan délétère.

Sareraka est un des militants des premières heures qui ont porté le président Andry Rajoelina au pouvoir durant la révolution Orange, en 2009. Il est, actuellement, chargé de mission auprès de la présidence de la République. «Ce n'est pas parce qu'il discute avec Madagascar Oil qu'il a l'intention d'assassiner le Président», réagit le député Paul Bert Rahasimanana, dit Rossy, défendant Sareraka sur sa page Facebook.

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