Maroc: L'Espagne a du mal à refouler

La crise diplomatique maroco-espagnole y est pour beaucoup

Une donne saisie au vol par des migrants connectés

La crise diplomatique entre Rabat et Madrid a bien profité aux candidats à la migration. Selon l'AMDH Nador, cinq passages réussis ont été enregistrés en deux semaines. En effet, pas plus tard que dimanche dernier, près de 40 migrants subsahariens ont tenté de franchir la barrière séparant Mellilia du reste du Maroc à partir de Bario Chino à Nador. Sept d'entre eux y ont réussi et sont actuellement au CETI (centre d'accueil). A noter que vendredi 23 juillet, plus de 200 migrants subsahariens ont réussi à franchir la haute clôture séparant Mellilia du reste du Maroc et à pénétrer dans cette ville, dans l'une des opérations les plus massives de ces dernières années. « Aujourd'hui, Sebta et Mellilia sont plus accessibles via les barrières. Nous sommes retournés à la période de "migration gratuite".

Les candidats à la migration n'ont plus besoin des passeurs et de débourser 3.000 euros ou plus pour rejoindre l'Espagne. Mais, cela n'empêche pas qu'il y a encore des convois de migrants via la mer, mais leur nombre s'est réduit drastiquement. Ces convois sont plus convoités par les femmes et les enfants qui n'arrivent pas à escalader les barrières », nous a indiqué Omar Naji, militant des droits de l'Homme. Et de poursuivre : « Ceci d'autant plus que ces candidats profitent des relations tendues entre le Maroc et l'Espagne pour éviter le refoulement à chaud puisque le Maroc n'accepte plus l'accueil des migrants refoulés et a coupé tout contact avec l'Espagne. Ces migrants sont également bien informés sur la situation des CETI dans ces deux villes.

En effet, depuis le début de la crise avec le Maroc, ces établissements sont presque vides puisque leurs occupants ont été transférés vers l'Espagne ». Notre interlocuteur a également constaté la multiplication du nombre des nationalités tentant de franchir les barrières séparant les présides occupés du reste du Maroc. Selon lui, on est passé d'un nombre limité à un large éventail de nationalités. « Mêmes au niveau des pays subsahariens, il y a des nouveaux venus (Ghana, Centrafrique... ). Mais, cela n'empêche pas la prédominance des nationalités qui se trouvaient de par le passé au Maroc (Maliens, Guinéens, Burkinabés, Ivoiriens... ) », nous a-t-il expliqué. Et d'ajouter : « Nous avons constaté qu'il y a de plus en plus de Soudanais et de Tchadiens. Un phénomène palpable depuis six ou sept mois. Une grande partie d'entre eux entrent au Maroc via les frontières avec l'Algérie et se considèrent comme des « réfugiés » puisqu'ils fuient la guerre dans leur pays ».

Selon notre source, ces Soudanais et Tchadiens n'arrivent pas à bénéficier de la protection internationale au Maroc puisque le HCR ne dispose pas de siège à Oujda et redoutent un voyage long et risqué vers Rabat pour déposer une demande d'asile. « Et c'est pourquoi ils préfèrent rester au Nord pour demander l'asile auprès des autorités espagnoles à Sebta ou Mellilia », a-t-elle précisé. Et de poursuivre : « Ces migrants profitent également du fait que les campagnes d'arrestation, de ratissage et d'éloignement effectuées par les autorités marocaines sont en stand-by. Il faut souligner, cependant, que le nombre des candidats à la migration est en chute libre. Mais, aujourd'hui, on assiste à un retour de ces derniers». Cette trêve à l'égard des migrants vat-elle durer ? « Probablement pas », nous a répondu Omar Naji. Et d'expliquer : « Il y a renforcement sur le terrain de la présence des agents chargés du contrôle. Il y a même l'envoi d'un contingent de l'armée espagnole sur place.

L'Espagne compte également procéder au renforcement de la clôture séparant le Maroc de ses présides occupés». Une information que confirme la presse espagnole qui a rapporté, selon le ministre de l'Intérieur, que le renforcement de ladite clôture sera bientôt réalisé tout en précisant que "d'importants travaux de réparation et de restructuration ont été effectués, au cours des deux dernières années au niveau des clôtures tant à Sebta qu'à Mellilia, pour un montant supérieur à 12 millions d'euros. Concernant la question des migrants irréguliers, le ministre de l'Intérieur n'a pas pipé mot à ce sujet.

A l'inverse, il a évoqué l'immigration irrégulière qui concerne les Iles Canaries, et a assuré disposer de moyens suffisants pour y faire face. Selon lui, le nombre élevé d'immigrés arrivés dans l'archipel l'an dernier a été motivé par la pandémie. "C'était une crise migratoire exceptionnelle et extraordinaire, conséquence de la pandémie, qui a modifié le mouvement migratoire et l'immigration irrégulière, et cela s'est accru de manière décisive", a déclaré le ministre.

Concernant le retour des immigrés dans leurs pays d'origine et leur transfert des Iles Canaries vers d'autres communautés autonomes, il a déclaré que le gouvernement a une politique dans laquelle une réponse est donnée "dans son ensemble", avec des politiques de retour vers les pays d'origine des personnes qui n'ont pas le droit d'asile et des exceptions sont faites dans le cas des immigrés en situation de vulnérabilité.

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