Guinée Equatoriale: Confiscation biens Teodorin Obiang - Une condamnation qui ne l'empêchera pas de dormir

analyse

Il ne lui reste maintenant qu'un ultime recours: la Cour européenne des droits de l'homme.

Hier mercredi 28 juillet 2021, la Cour de cassation française a en effet rejeté le pourvoi de Teodorin Obiang dont les conseils disaient à qui voulaient bien les entendre que la justice française n'était pas habilitée à connaître des délits et crimes commis à l'étranger. Ce n'est donc pas l'avis de la plus haute juridiction de l'ordre judiciaire hexagonal qui vient de confirmer la décision rendue en appel.

Le fils du président équato-guinéen était, rappelons-le, poursuivi dans l'affaire dite des biens mal acquis.

Le 27 octobre 2017, il avait été condamné en première instance par le Tribunal correctionnel de Paris à 3 ans de prison avec sursis et à une amende de 30 millions d'euros, soit près de 20 milliards de francs CFA, pour «blanchiment d'abus de biens sociaux, détournement de fonds publics et abus de confiance» entre 1997 et 2011. Ce jugement avait été confirmé en appel le 10 février 2020.

L'héritier présomptif du trône de Malabo paie ainsi cash pour ses dépenses somptuaires et son train de vie digne des Mille et Une Nuits. Son patrimoine personnel, estimé à quelque 150 millions d'euros, soit près de 99 milliards de FCFA, rien qu'en France, comprend notamment un parc automobile impressionnant où on retrouve Bentley, Ferrari, Bugatti, Lamborghini et autres voitures de luxe, sans oublier un yacht et des montres d'exception. Et surtout un immeuble de 4000 m2 sur la prestigieuse avenue Foch à Paris, estimé à 107 millions d'euros et qui contient notamment des objets d'art, un hammam, des robinets en or, un salon de coiffure et une discothèque. Un pactole à donner le tournis et qui a amené les ONG Sherpa et Transparency International à porter plainte contre celui qui est depuis 2016 le vice-président de son père, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, qui règne sur la Guinée équatoriale depuis 1979. Avec ses 42 ans de règne sans discontinuer, le monarque de ce petit Etat pétrolier d'Afrique centrale tient d'ailleurs le record mondial de longévité au pouvoir. Un exercice solitaire et clanique du pouvoir qui rime forcément avec prédation comme c'est souvent le cas en pareilles circonstances. Plus on dure aux affaires, plus on finit par confondre les deniers publics à son propre compte bancaire, et l'Etat à son patrimoine personnel.

Le petit Obiang doit sans douter se demander dans son for intérieur pourquoi on lui cherche noise pour des biens qui sont après tout ceux de sa famille et qui ne sauraient être en aucun cas mal acquis.

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard, si à côté de la caverne d'Ali Baba des Obiang, «les sous de Sassou et les gombos de Bongo», Tiken Jah Fakoly dixit, sont également dans la ligne de mire des croisés contre l'enrichissement illicite et la mal-gouvernance.

Mais dans son malheur, Obiang fils peut être heureux puisqu'il fait pour ainsi dire entrer son pays dans l'histoire.

Pas plus tard que la semaine dernière, les députés français ont en effet voté un nouveau mécanisme de restitution des avoirs des biens mal acquis. La Guinée équatoriale pourrait bien devenir le premier Etat à bénéficier de ce dispositif.

Les biens du condamné seront ainsi vendus aux enchères et le «pognon de dingue», comme dirait Emmanuel Macron, qui en résulterait serait dédié à des actions de développement dans ce pays où plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. C'est là une manière de remettre aux Équato-Guinéens ce qui leur est dû. Mais on en est pas encore là. De toute façon, ce n'est pas ça qui va empêcher Teodorin Obiang de dormir et de continuer à rouler carrosse.

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