Mali: Appel au respect des délais de la transition - Le combat avant-gardiste de l'opposition malienne

28 Juillet 2021
analyse

Au Mali, l'Opposition exige des autorités de la Transition, le respect des échéances électorales et la publication d'un chronogramme détaillé des tâches devant conduire aux élections. Elle l'a fait savoir à travers une déclaration rendue publique le 27 juillet dernier. Morceau choisi : « Nous affirmons, sans ambigüité, notre attachement au respect scrupuleux de la période de la transition et donc de la date retenue pour les prochaines élections générales, présidentielle et législatives, à savoir le 27 février 2022. Nous demandons aux autorités de la transition de confirmer leur engagement à respecter ces échéances ».

Le moins que l'on puisse dire, c'est que la confiance ne semble pas la chose la mieux partagée au Mali où l'Opposition semble nourrir des appréhensions au point de vouloir mettre la pression sur les autorités de la Transition. Comment peut-il en être autrement quand, à sept mois de la fin de la transition, on ne sent véritablement pas les lignes bouger dans le sens d'un retour imminent du pays à l'ordre constitutionnel normal ?

L'Opposition malienne semble lire dans le jeu de Assimi Goïta et ses camarades

Au contraire, tout porte à croire que les militaires de Kati sont dans une logique de prolongation de la transition, si l'on se fie, sans pouvoir dire si elles ont été suscitées ou pas, aux voix qui commencent à s'élever de toutes parts pour en demander une prorogation des délais. Si l'on ajoute à cela les appels itératifs à la candidature du colonel-président en des termes aussi sibyllins qu'aux allures de ballon de sonde, au moment où la participation des membres de la Transition à la prochaine compétition électorale est sujette à caution, il y a des raisons de croire que les inquiétudes de l'Opposition malienne sont largement fondées.

Une Opposition visiblement aux aguets, qui a donc décidé d'interpeller vivement les autorités de la transition, sur leur engagement. Et si ce n'est pas un coup de semonce, c'est un combat avant-gardiste qui a tout son sens. D'autant que jusque-là, les autorités de la Transition ne donnent pas une bonne lisibilité de leur action dans le sens de la fin prochaine de leur mission: pas de calendrier d'enrôlement, pas de révision des listes électorales qui donnent généralement le ton de l'organisation des scrutins à venir.

En lieu et place, on a plutôt l'impression de nager en pleine « complotite » contre une Transition qui a du mal à garder son équilibre, entre le coup d'Etat dans le coup d'Etat du colonel Assimi Goïta contre l'intérimaire Bah N'Daw et son Premier ministre Moctar Ouane, et l'agression manquée au couteau contre le récidiviste putschiste de Kati qui s'est royalement installé à la tête de la Transition. De quoi se demander si tout cela n'est pas finalement de la diversion pour faire traîner la transition en longueur, dans l'intérêt bien entendu des tenants actuels du pouvoir. C'est dire si l'Opposition malienne semble lire dans le jeu de Assimi Goïta et ses camarades qu'elle voit venir.

Il appartient aux instances sous-régionales, notamment la CEDEAO, de jouer aussi leur partition

Ceci étant, l'on est curieux de savoir si ces derniers vont coopérer et surtout quelle suite ils donneront à cette requête de publication d'un chronogramme détaillé de l'Opposition, qui les met pratiquement dos au mur. Le fait est que s'ils ne sont pas animés de sincérité, l'on peut s'attendre à les voir ruser pour essayer de gagner du temps. Sachant qu'étant au pouvoir, ils ont, avec eux, la force, en plus d'avoir la situation en main.

Mais ils peuvent aussi surprendre agréablement les Maliens voire au delà, en mettant un point d'honneur à respecter leur engagement en tenant les délais de la transition. Et c'est plutôt sur ce terrain-là que l'on aimerait les voir briller. En tout cas, ce serait une très bonne chose qui contribuerait à renforcer leur crédibilité aux yeux non seulement de leurs compatriotes, mais aussi de la communauté internationale qui est également à l'affût, et qui serait en droit d'en attendre un effet domino au Tchad, un autre pays engagé lui aussi dans une transition aux mêmes incertitudes.

C'est pourquoi, à la suite de l'Opposition malienne, il appartient aux instances sous-régionales, notamment la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest) de jouer aussi leur partition en exerçant, s'il le faut, une pression supplémentaire « pour une transition réussie » au Mali. Et plus tôt elle le fera, mieux cela vaudra. Il y va de l'intérêt de tous.

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