Tunisie: Kais Saied maintient le suspense jusqu'au bout - Les Tunisiens retiennent leur souffle !

29 Juillet 2021

Plus de 48 heures après avoir annoncé la suspension du parlement et le limogeage de Hichem Mechichi et jusqu'à la rédaction de ces lignes, le Chef de l'Etat Kaïs Saïed n'a pas donné suite à sa décision. Outre une série de limogeages, notamment à la Kasbah, la décision de suspendre l'activité de l'administration pour deux jours et des rencontres avec les organisations nationales, le Président de la République, fidèle à lui-même, maintient le suspense jusqu'au bout.

Tous les Tunisiens se posent la même question : que va-t-il se passer maintenant ? Où va le pays ? Si le Chef de l'Etat et son entourage ont opté pour le silence, les appels à agir et à dresser une feuille de route pour la prochaine étape se multiplient.

En tout cas, les scénarios envisagés sont multiples mais vont tous dans le même sens, celui du palais de Carthage. Alors que les esprits se sont calmés, le Président de la République ne peut pas faire marche arrière d'autant plus qu'il jouit d'un soutien populaire mais aussi de la part des forces étrangères. Que va faire maintenant le Président de la République ?

Kaïs Saïed devra désigner incessamment un nouveau chef du gouvernement d'autant plus que nous sommes actuellement dans un vide de pouvoir, la décision de limoger Hichem Mechichi est déjà parue au Jort. Ensuite, le président de la République doit impérativement présenter une feuille de route claire, applicable et surtout délimitée dans le temps pour mettre fin à cette période d'instabilité.

Une feuille de route à laquelle ont appelé tous les protagonistes politiques, dont notamment l'Ugtt et les différentes organisations nationales qui ont soutenu la démarche de Kaïs Saïed. D'ailleurs, Sami Tahri, secrétaire général adjoint de la Centrale Syndicale, avait appelé à ce que ces dispositions exceptionnelles ne dépassent pas la période d'un mois.

Sauf que pour certains observateurs, une période de trente jours ne sera pas suffisante pour opérer les réformes politiques nécessaires à un retour normal au fonctionnement de l'Etat Kaïs Saïed devrait donc prolonger la durée de ces dispositions.

Parmi les scénarios envisagés, l'organisation d'un dialogue national qui mènerait à la mise en place d'un nouveau gouvernement consensuel qui sera chargé de diriger le pays en attendant la tenue d'élections législatives anticipées. Une alternative à laquelle pousse le parti Ennahdha pour sortir de sa position hautement fragilisée par les annonces présidentielles.

Mais une telle décision est perçue par ceux qui soutiennent la manœuvre de Kaïs Saïed comme un pas en arrière.

Opération mains propres ?

En tout cas, en marge de ces décisions présidentielles, la journée d'hier, mercredi a été marquée par de nombreuses décisions de justice ciblant les soupçons de corruption et de financement illicite de certains partis.

Le porte-parole du Tribunal de première instance de Tunis, Mohsen Daly, a indiqué que le Pôle judiciaire économique et financier a décidé de diligenter une enquête sur des financements étrangers et non identifiés d'Ennahdha, de Qalb Tounès et de 3ich Tounsi. Cette décision, a-t-il ajouté, a été prise suite à une plainte déposée par le Courant démocratique il y a plusieurs mois pour financement étranger des campagnes électorales desdits partis.

Mohsen Daly a également annoncé qu'une enquête ciblé l'Instance nationale de lutte contre la corruption pour soupçons de corruption. Il a expliqué que «cette enquête a été ouverte entre les 10 et 12 juillet sur fond de dépassements relatifs aux recrutements et à la gestion des ressources de l'Instance».

En outre, il a annoncé également qu'une enquête a été entamée contre l'Instance vérité et dignité (IVD) pour soupçons de corruption dans le cadre de l'affaire de la Banque franco-tunisienne.

Dans cette affaire, l'IVD et notamment sa présidente Sihem Ben Sedrine sont accusés de falsification du rapport final de l'Instance vérité et dignité (IVD), notamment les passages relatifs à l'affaire de la BFT.

Série de limogeages

Le Chef de l'Etat avait procédé à un nombre de licenciements notamment à la Kasbah.

En effet, des décrets présidentiels mettant fin aux fonctions de certains responsables, conseillers et chargés de mission à la présidence du gouvernement ont été publiés, mardi soir, au Journal officiel de la République Tunisienne. Le premier concerne la fin de mission du général de brigade Taoufik Al-Ayouni dans les fonctions de procureur général de l'Etat, directeur de la justice militaire. Le second décret met fin aux fonctions du secrétaire général du gouvernement, Walid Dhahbi, alors que le troisième met fin aux fonctions du directeur de cabinet du chef du gouvernement, Al Moez Lidin Allah Al Moqaddam.

Quant au quatrième décret, il concerne la révocation du président de l'Instance générale des martyrs et des blessés de la révolution et des opérations terroristes, Abderrazek Kilani. Les cinquième et sixième décrets concernent la fin de mission de huit conseillers auprès du chef du gouvernement, et de neuf chargés de mission.

Aujourd'hui, tous les yeux se tournent vers le Palais de Carthage, où le Chef de l'Etat ne cesse de multiplier les réunions, notamment avec de hauts responsables militaires et sécuritaires, pour donner les couleurs de la prochaine étape. Les Tunisiens retiennent leur souffle.

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