Tunisie: Lutte contre les différentes formes de violence à l'encontre des femmes - Poursuivre le combat

29 Juillet 2021

Le problème de la violence à l'égard des femmes se pose avec acuité en Tunisie. De plus en plus de femmes sont exposées à différentes formes d'agressions, allant du harcèlement à l'abus sexuel, en passant par les agressions physiques de toutes sortes

La question de la violence s'aggrave de jour en jour. Dans ce contexte, plusieurs cas de viol ont été enregistrés. Mme Essia Belhassen, co-fondatrice de l'Association Tunisienne des Femmes Démocrates et co-fondatrice du Centre d'écoute Tunis; écoutante solidaire des femmes victimes de violences, a mentionné que la violence physique est un préjudice causé par la force : il peut s'agir, à titre d'exemple, d'une agression physique pouvant conduire à l'homicide. Tout acte de violence sexuelle accomplie sur une personne sans son consentement inclut le viol, l'exploitation sexuelle, le trafic sexuel... La violence psychologique comprend aussi un large éventail de comportements dominateurs et toxiques qui inclut la violence verbale, les humiliations quotidiennes, les menaces à l'encontre du conjoint... Il existe également d'autres formes de violence: la violence économique, institutionnelle et la violence contre les femmes dans la sphère politique .

Maître Jazzar Hayet, avocate à la Cour de cassation et militante féministe à l'Association Tunisienne des Femmes Démocrates (Atfd) et à la Ligue tunisienne des droits de l'homme Ltdh, a précisé que l'Atfd œuvre pour l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'encontre des femmes. «Depuis les années 90 nous avons travaillé sur les Violences Basées sur le Genre (VBG) , et ce, depuis la campagne de sensibilisation menée dans les lieux publics en 1991 , suite à laquelle il y a eu la création du centre de prise en charge des Femmes Victimes de Violences (FVV) de l'Atfd. Notre rôle en tant qu'association est de militer pour l'élimination des violences à l'égard des femmes, avec une approche fondée sur le respect des droits humains». Maître Jazzar a mentionné également que l'Atfd a mené un âpre combat depuis les années 90 pour alerter sur les différentes violences subies par les femmes dans la sphère privée.

«L'adoption de la loi organique 58/17 du 11 août 2017 a permis d'attribuer le statut de victime à la femme violentée. Les violences à l'encontre des femmes sont désormais considérées comme une violation de leurs droits fondamentaux dans tous les domaines : politique , économique , social ,civique et culturel. L'Etat, après l'adoption de l'article 46 de la constitution de 2014 , l'adoption de la loi organique 58/17 du 11 août 2017 et la levée de toutes les réserves sur la Cedaw en 2011 , s'est engagé sur le plan international , régional et national , à lutter contre les violences faites au femmes car elle constitue une menace pour la paix et la sécurité . Il faut également veiller à la bonne application de la loi 58/17 par tous les intervenants en matière de violences basées sur le genre et essayer de mettre fin à l'impunité des auteurs de violences. Il faut également soutenir et protéger les victimes de violence».

Différentes actions doivent être menées pour prévenir les comportements violents dans l'espace public et l'espace privé, comme éduquer les enfants à la culture de la non violence à travers des programmes éducatifs , scolaires et médiatiques, informer les femmes sur la loi organique 58/17 auprès des femmes afin qu'elles puissent connaître leurs droits, en connaissant notamment la procédure à suivre pour porter plainte si elles sont victimes de violence. « La sensibilisation de tous les intervenants obéit à un objectif essentiel, celui de changer la mentalité patriarcale , qui banalise et justifie les violences à l'égard des femmes».

Pour lutter contre ce phénomène de la violence à l'encontre des femmes, l'article 46 de la constitution de 2014 oblige l'Etat à lutter contre ce phénomène et en faire sa priorité. Ce qui veut dire que l'Etat a la responsabilité de mener une stratégie nationale pour prévenir , protéger , prendre en charge les victimes et pénaliser les auteurs de l'agression.

«C'est la loi des 4 P : prévention, protection, pénalisation et prise en charge. Cette loi est entrée en vigueur depuis février 2018, mais nous avons remarqué, en tant que militantes féministes et militantes des droits humains , que le changement de la mentalité patriarcale ne se fait pas par « la force des lois seulement», mais aussi par une volonté politique et citoyenne ; de travailler davantage sur le changement de la mentalité patriarcale et misogyne à l'égard des femmes ,en éduquant les citoyens et citoyennes à la culture de l'égalité entre les hommes et les femmes».

Mme Jazzar a, par ailleurs, souligné que très peu de femmes portent plainte , vu le sentiment de culpabilité et de stigmatisation qu'elles portent. Très peu d'affaires en justice aboutissent à une condamnation et réparation équitable entre l'auteur et la victime, ce qui consacre le principe de l'impunité. La plupart des magistrats résistent encore à la bonne application de la loi 58/17, ce qui contribue à la recrudescence des violences à l'égard des femmes , surtout pendant les périodes de relâchement de la justice, à l'instar de la période de confinement de 2020/2021 .

Selon le ministère de la Femme, de la Famille et des Personnes Âgées,les violences subies par les femmes ; pendant la période de confinement, ont été multipliées par sept. Quand l'impunité des agresseurs devient la règle , le taux des violence conjugales augmente. Certains juristes estiment, par ailleurs, que la violence conjugale est un délit privé qui peut être résolu par le couple en se basant sur le pardon de la femme , ce qui a pour conséquence de discréditer la victime.

Malgré l'adoption de la loi 58/17 , qui est révolutionnaire en matière d'élimination des violences à l'égard des femmes , les enquêtes nationales et les statistiques des cinq centres de prise en charge des femmes victimes de violences (FVV) de l'Atfd révèlent une hausse des violences conjugales et sexuelles depuis 2011 .

Maître Hayet recommande qu' il y ait une volonté politique réelle de la part des gouvernants et parlementaires pour éliminer les articles discriminatoires à l'encontre des femmes.» Le code du statut personnel qui était révolutionnaire en 1956 ne l'est plus aujourd'hui , car, malgré les avancées considérables sur le plan de l'égalité et de la parité entre les hommes et les femmes, le mari est encore le chef de famille , la femme hérite la moitié de la part de l'homme et le contrat de mariage civil entre les époux exige le paiement par le mari d'une somme d'argent même modique comme une condition formelle du contrat de mariage. Tout ceci nous renvoit à une mentalité patriarcale qui prouve que la femme s'achète par le mari par l'intermédiaire du Mahr».

Essia Belhassen estime, de son côté, qu' «il faut poursuivre le combat pour briser le silence sur les violences à l'égard des femmes et des filles. Plus de deux décennies consacrées à l'écoute des femmes victimes de violence à leurs prises en charge par des militantes professionnelles (Centre Régional Sfax, Sousse, Kairouan, Bizerte). Il s'agit là une expérience pilote colossale. La violence à l'égard des femmes et des filles est un fléau universel, auquel il est urgent de mettre fin.

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