Tchad: Les nouvelles autorités conditionnent la tenue des prochains scrutins au retour de la concorde nationale

Les dirigeants de ce pays confronté à diverses rébellions ne semblent pas vouloir organiser les élections dans les délais prévus, alors qu'elles avaient promis qu'elles seraient « libres et transparentes », à l'issue d'une transition de 18 mois, renouvelable. S'exprimant sur le sujet, le président tchadien, Mahamat Déby, a indiqué que le « CMT (Conseil militaire de transition) n'a pas vocation à confisquer le pouvoir », mais il n'exclut pas une prolongation de celui-ci si les conditions de l'unité nationale ne sont pas réunies.

« La première condition est que nous, Tchadiens, soyons capables de nous entendre et la seconde est que nos partenaires nous aident à financer le dialogue et les élections », a-t-il confié récemment à la presse. Ces propos ne surprennent guère puisque sur le plan de la politique intérieure, les préparatifs du dialogue national inclusif qui doit déboucher sur l'organisation des prochaines élections, ne font pas l'unanimité entre pouvoir et opposition.

En effet, ces pourparlers promis après l'assassinat d'Idriss Déby, censés inclure l'opposition, se font toujours attendre, malgré la nomination, début mai, d'un gouvernement dirigé par Albert Pahimi Padacké. En plus, le Conseil national de transition (CNT) de 93 membres, qui devaient être mis en place rapidement selon le CMT pour assumer le pouvoir législatif et rédiger une nouvelle Constitution, n'a pas été installé. Ce qui fait que Mahamat Déby et les 14 autres généraux continuent d'exercer l'essentiel des pouvoirs.

Sur le plan militaire, en dépit du calme précaire qui règne au Tchad, Mahamat Déby accuse les rebelles d'être des mercenaires « entraînés par des forces étrangères ». « Je voudrais noter que les ennemis du Tchad ne l'ont pas encore désarmé. Ils s'activent au quotidien pour déstabiliser nos institutions et retarder notre marche vers le progrès et l'émergence », a-t-il assuré la semaine dernière devant des leaders religieux à l'occasion de la fête de l'Aïd, ajoutant : « C'est tous ensemble que nous devons montrer aux ennemis de la patrie que nous sommes jaloux de l'indépendance et de la souveraineté de notre pays ».

Dans le souci de voir le Tchad renouer avec une paix durable, le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, en tête de l'Union africaine, estime qu'une « reprise en main musclée » était nécessaire après la mort brutale du président Idriss Déby en avril.

Il faut que le pouvoir actuel fasse régner l'ordre

« Heureusement que la reprise en main a été rapide. Dans une situation pareille de désordre, il vaut mieux une reprise en main musclée, c'est ce qui s'est passé », déclarait-il en mai dernier à l'issue d'un sommet à Paris sur les économies africaines.

Abondant sur le sujet, le président de la RDC rappelait : « Il ne faut pas oublier que le Tchad est menacé par des hordes de rebelles et par des terroristes. Le décès brutal du président Déby aurait pu donner l'occasion à ces individus de chercher à déstabiliser le pays ». « Il fallait une réponse militaire, elle a été donnée ». « Il faut absolument que le pouvoir actuel fasse régner l'ordre mais également continue à faire respecter les droits et les libertés », martelait-il, précisant que cette façon de voir les choses « ne veut pas dire que le CMT a un blanc-seing de l'UA et de la communauté internationale ».

En juin dernier, le Togo a tenté une médiation entre N'Djamena et différents groupes rebelles, en vain jusqu'à présent. Selon des sources sûres, la position des groupes rebelles est inconciliable avec celle des autorités tchadiennes : non seulement ils réclament une amnistie générale, la libération des prisonniers de guerre et des prisonniers politiques, mais ils refusent de reconnaître le CMT.

Malgré cela, et dans la perspective des futures élections, le financement du processus de transition s'avère nécessaire. C'est pour cela que le président français, Emmanuel Macron, venait de « réitérer son soutien à la transition » et a promis « une nouvelle aide budgétaire » à N'Djamena, lors du récent séjour de Mahamat Déby en France. Une éventuelle aide qui n'est pas bien perçue par ceux qui « ne cautionnent pas la confiscation du pouvoir » par les militaires.

« Le Tchad a vraiment besoin d'argent, et sur le modèle d'Idriss Déby, le CMT sait utiliser le fait que le pays déploie des forces à l'étranger pour faire du chantage à la France », estime, par exemple, Jérôme Tubiana, chercheur français spécialiste du Tchad, qui pointe aussi la responsabilité de l'Union africaine. « L'UA aurait pu être un moyen de pression sur les nouvelles autorités, mais elle a décidé de fermer les yeux », regrette-t-il.

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