Madagascar: Politique et religion - L'éternelle immixtion de l'Église dans les affaires de l'État

L'État et l'Église sont inséparables dans l'histoire de l'humanité. Le projet d'attentat de Paul Rafanoharana implique encore l'Église.

L'État est laïc selon la Constitution. L'État chez lui, l'Église chez elle selon les principes de la laïcité. C'est loin d'être le cas dans la réalité.

Depuis la nuit des temps, la politique et la religion, l'État et l'Église ont fait route ensemble. L'histoire des églises le prouve, les écritures bibliques l'attestent. L'Église a toujours eu des influences sur l'État et les dirigeants ici comme ailleurs.

À Madagascar, le projet d'attentat contre le président de la République met en cause l'archevêque d'Antananarivo. Le concepteur du projet Paul Rafanoharana se dit conseiller de cet homme d'Église. Vrai ou faux, le moins que l'on puisse dire c'est que l'Église en général et l'archevêque en particulier a joué un rôle prépondérant dans la vie politique ces dernières années. En 2009, il était à la tête du FFKM et avait mené les médiations entre les protagonistes de la crise.

Il avait passé un quart d'heure chaud comme le pasteur Lala Rasendrahasina à l'épiscopat d'Antanimena lors d'une réunion où la directoire militaire allait reprendre le pouvoir remis par l'ancien président Marc Ravalomanana, démissionnaire. On lui reprochait sa partialité et certains observateurs avancent même que cela lui a coûté sa promotion au rang de cardinal qui lui était logiquement promis.

Le Vatican a dû attendre dix ans pour nommer un nouveau cardinal après la disparition en janvier 2010 de Gaëtan Razafindratandra, fervent supporter de Ravalomanana. Ce dernier était vice président de l'église FJKM, qu'il soutenait à fonds et qui lui donnait une bonne partie de sa réserve électorale.

Fossoyeur de régime

Il faut dire que les deux églises FJKM et Ecar exercent une forte influence dans les élections grâce au nombre de leurs pratiquants qui reste important même si les églises sectes commencent à grignoter dans leur effectif.

L'Église et l'État font bras dessous bras dessus depuis la colonisation. La Bible a été l'arme puissante utilisée par les Français pour conquérir le pays. La Reine Ranavalona I l'avait prédit que Madagascar allait perdre sa souveraineté avec l'introduction du christianisme. Elle avait vu juste. Depuis rien ne se fait sans l'acquiescement de l'Église. Le règlement des crises politiques successives ont vu la participation active de l'Église.

On peut même dire que l'Église a été le fossoyeur de beaucoup de régime. Le FFKM avait secoué en premier le régime Ratsiraka à travers ses prises de position sur les affaires nationales dans tous les domaines. Pour l'opinion et l'opposition, le FFKM constituait un dernier rempart de la démocratie, un justicier, un dernier juge dont la sentence est irrévocable.

La conférence des évêques joue également le même rôle. Ses avis sont très attendus par l'opinion. Souvent c'est une mise en garde contre les dérives du pouvoir. Le Vatican, un État puissant, veille également au grain.

Hier à Iavoloha lors de son entretien avec le président de la République, le bureau de la conférence épiscopale a encore parlé de la situation sociale, politique et économique et a demandé au chef de l'État de voir de près la hausse de prix des produits de première nécessité.

D'une façon générale, l'Église joue le rôle de gardien de la conscience et de balise contre les éventuelles tentations aux dérives de l'État. Dans les années 90, l'Église a été à la fois le déclencheur de la crise politique dans plusieurs pays d'Afrique et le médiateur principal. Et depuis, quand les politiciens ne peuvent plus s'entendre, on fait appel à l'Église pour arbitrer.

La caution de l'Église est également recherchée de façon systématique par les candidats aux élections. Tout le monde se dit être le candidat des catholiques ou des protestants. Une audience accordée par le cardinal ou l'archevêque et immédiatement interprétée comme un soutien inconditionnel que l'on va claironner sous tous les toits.

Il est vrai qu'être le candidat des cathos ou des protestants équivaut à une masse électorale de cinq à six millions de voix. Ce qui est nettement suffisant pour devenir président. Ce n'est pas par hasard si Paul Rafano- harana se dit être le premier ministre des catholiques. Une telle caution lui ouvre toutes les portes y compris celles de la prison.

Mais il n'y a pas que les deux plus grandes églises qui maîtrisent la vie politique. D'autres nouvelles religions émergent et s'immiscent dans la mêlée à l'image du pasteur Mailhol de l'Église Apokalypsy, candidat malheureux à la présidentielle de 2018 alors qu'il avait prédit sa victoire. Il n'a pas vu venir cet attentat.

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